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La narration féminine de Jérôme Zonder et Roberta Marrero au Transpalette de Bourges

La narration féminine de Jérôme Zonder et Roberta Marrero au Transpalette de Bourges

26 juillet 2018 | PAR Solene Paillot

Toujours aussi rebelle, le Transpalette, la friche d’art contemporain de Bourges, a élaboré deux expositions très ambitieuses qui mettent le féminisme à l’honneur.

 

Quand Jérôme Zonder investi les murs du Transpalette il ne fait pas semblant et, impose son art du sol au plafond. Avec son exposition « Garance, un portrait de jeune fille » installée sur les trois étages du centre d’art, l’artiste nous livre le portrait pluriel d’une jeune fille, Garance, de l’enfant à la femme. Son personnage, qui se réfère à Arletty dans le film de Marcel Carné : Les Enfants du Paradis, est entouré d’extraits de l’essai pamphlétaire Une chambre à soi, de Virginia Woolf (1929) icône de l’histoire du féminisme. De ses traits et ses empreintes de doigts qui composent ses œuvres, Zonder vient nous interroger sur la place et la représentation des femmes dans la société. Quels droits ? Quelle liberté ? Garance est l’allégorie du « Deuxième Sexe » écrasé par le sexisme et la violence de nos sociétés. Engagé, l’artiste découvert à la Maison Rouge, vient abattre l’image de l’esclave sexuelle dominée grâce à cette figure de jeune fille du 21ème siècle et avec celles que l’on considère comme des symboles de Frida Kahlo à Virginie Despentes. Il montre que celles que l’on a étouffé implosent et viennent déconstruire le quadrillage social et politique imposé depuis toujours.

« Du noir et blanc de Zonder au violet et couleurs criardes de Roberta Marrero »

 

Roberta Marrero
Roberta Marrero

Ici au Transpalette de Bourges, Jérôme Zonder, qui est l’un des plus virtuoses de sa génération, côtoie une autre artiste, Roberta Marrero, dont le travail est aussi une empreinte de la cause féministe. En une fraction de seconde le Transpalette vous fait passer du noir et blanc de Zonder au violet et couleurs criardes de Roberta Marrero qui s’accordent parfaitement avec le titre de son exposition : « Legendary Bitches ». L’artiste et écrivain madrilène a choisi le violet «  parce que c’est une couleur non genrée, un mélange entre le rose et le bleu qui me représente » et représente ses « Salopes légendaires » qui sont de tout sexe et de tout genre. On passe d’Hitler à Bowie, de Britney Spears à Picasso, de Barbie à Klaus Barbie, et quand on lui demande ou est passé le président Américain Donald Trump elle nous répond sans vergogne « Lui, il est juste idiot, Melania par contre est une vraie Salope, une salope intelligente. » La, le ton est donné.

 

Roberta Marrero
Roberta Marrero

Sur les murs, Roberta nous offre un pléthore de dessins, de collages et d’écritures et attaque notre société clivante et dégradante envers les femmes. Elle s’en prend aussi aux dictateurs, aux extrémistes, aux fascistes, à Hollywood, à Disney, à l’industrie de la mode…  en somme, à tous ceux qui créent une fracture. Dans sa compilation de 200 œuvres réalisés depuis 2009, Roberta Marrero porte aussi un regard sur elle-même et sur sa transsexualité. Ainsi, dans tous ses dessins, la « Salope » n’est pas genrée et montre par exemple un Warhol en drag-Queen ou Bowie vêtu d’un t-shirt tagué d’un « My pussy my power ». L’artiste sabote et déconstruit les vieilles idées bien ancrées en détournant la publicité et les œuvres d’art. Elle fait se mélanger sur un seul tableau Hello Kitty et La Joconde, le pop art avec la figure d’Adolf Hitler. Marrero maltraite la société misogyne et patriarcale et vient fouetter avec brutalité les icônes féminines qui se confortent aux rôles qu’on leur impose très souvent : nue et hyper sexualisée. Cette œuvre est aussi l’œuvre d’une vie, une compilation autobiographique marquée par l’année 1972, année de sa naissance, qui vient lui rappeler ses débuts dans un corps qui lui était étranger, la violence de la société envers les différences… finalement toutes ses mémoires nous sont offertes mais de manière détournée, parfois hilarante mais toujours avec une grande conviction. Avec ces deux expositions mises en parallèle, les deux artistes nous ont offert une sublime narration féministe au Transpalette de Bourges et ça fait du bien.

Informations pratiques : Ouvert du mercredi au samedi de 14h à 19h  Visite guidée tous les premiers samedis du mois à 15h L’exposition ROBERTA MARRERO – JÉRÔME ZONDER est à voir jusqu’au 16 septembre

Crédits photos : ©Solène Paillot

 

 

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