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« Fatum » : le monde cruel de Jérôme Zonder à la Maison Rouge

« Fatum » : le monde cruel de Jérôme Zonder à la Maison Rouge

08 mars 2015 | PAR Yaël Hirsch

A quarante ans à peine, le dessinateur Jerôme Zonder présente une rétrospective grinçante, troublante et impressionnante à la Maison Rouge. Cette exposition fleuve, qui revient sur le travail de l’atiste depuis sa sortie des Beaux-Arts en 2001 est une comédie inhumaine de papier terminée avec le bout des doigts. « Fatum » est une toute grande exposition d’un tout grand artiste.
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En mine  grise et minutieuse la cour de Maison Rouge devient le jardin hivernal de l’antre de Jérôme Zonder. Par un grand mur d’arbres dessinés, il nous invite chez lui. Avec, accrochés aux arbres, une galeries de portraits de petits formats, nombreux, à hauteur d’enfants, de trait expressionnistes et représentant des personnalités en souffrance ou des criminels.

Sur le perron, la tension redescend et le dessin s’agrandit pour nous laisser entrer dans le monde « normal » et contemporain de l’artiste où fauteuil club et doutes sur sa capacité à créer sont au rendez-vous. Le papier caractérise tout son univers,y compris comme matière en 3, et sur les murs de cette maison très personnelle, il colle tous les petits papiers blancs ou colorés de son atelier.

On entre alors dans une des questions au cœur du dessin de Jérôme Zonder avec la série « Les enfants du Paradis »(2011) qui met en scène des jeux cruels puis interdits d’enfants masqués ou grimaçants s’adonnant à une violence gratuite et de plus en plus insupportable. Ces « Funny games » choquants d’enfants pointant un flingue, portant la croix gammée ou s’acharnant sur d’autres enfants à la batte de base-ball, interrogent la nature de l’homme, sa cruauté et sa capacité naturelle de destruction.

Poursuivant le parcours on semble plongé dans les conséquences directes de cette nature humaine avec la série « Zone grise » accrochée en silence au fond de l’exposition où Zonder a retravaillé et agrandi avec le bout des doigts comme crayon le réalisme intolérable de photos qui représentent le pire de ce que le 20ème siècle a pu révéler sur l’homme. Un pire qui hante Jerôme Zonder, notamment à travers le travail des 4 seules photos prises par des juifs de Zonderkommandos (chargés de porter et trier les cadavres des déportés à sortir de la chambre à gaz) à Auschwitz. C’est encore sonné par ce fleuve de gris qu’on se heurte à une sculpture (toujours en papier) d’inspiration « arts premiers » mais faisant penser aux cranes des victimes des Khmers rouges. Puis, c’est le noir, le vrai, un abîme qui marque, un corridor sans aucune lumière pour contrebalancer le vertige.

La dernière partie de l’exposition revient à la vie par ce qui la constitue et fascine Jérôme Zonder : les « matières narratives » d’une biologie qu’il dessine avec minutie et les morceaux des corps adultes survivants au 20ème siècle et pourtant encore présents, vivant, respirant.

Le « fatum » (destin en latin) humain tel que le perçoit Jérôme Zonder est marqué à la mine de plomb par la barbarie et les atrocités du siècle dernier. Mais par-delà la fugue de mort, un mystère reste, dans toute cette matière grise : celle du souffle qui continue, envers et contre tout, à animer cette matière et qui propulse le papier et le crayon dans un au-delà de la mémoire et du deuil.

Fatum est à voir absolument, tant pour la maîtrise éblouissante de l’art du dessin, que pour le message essentiel que Jérôme Zonder essaie de transmettre quand il nous parle de lui et de nos fantômes assassinés.

Visuels
Les fruits de McCarthy #2, 2013, mine de plomb et fusain sur papier, 24x32cm. Collection privée, France. © Galerie Eva Hober

Jeu d’enfants #4 – 2011 – mine de plomb et fusain sur papier – 200 x 150 cm © Galerie Eva Hober, Paris

L’artiste au coeur de l’exo sur le fil twitter de la Maison Rouge.

Infos pratiques

Le Générateur
Musée du Cinquantenaire
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

One thought on “« Fatum » : le monde cruel de Jérôme Zonder à la Maison Rouge”

Commentaire(s)

  • valhomalice

    Maison Rouge ! Fathum ! A moi !

    mars 10, 2015 at 14 h 28 min

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