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Martine Franck inaugure la nouvelle Fondation Henri Cartier-Bresson

Martine Franck inaugure la nouvelle Fondation Henri Cartier-Bresson

12 novembre 2018 | PAR Laetitia Larralde

Pour étrenner ses nouveaux locaux dans le Marais, la Fondation Henri Cartier-Bresson retrace le parcours photographique de l’une de ses fondatrices, Martine Franck.

Bien que pleins de charme, les locaux de Montparnasse avaient atteint leurs limites. Afin de pouvoir faire évoluer la Fondation, un nouveau lieu était nécessaire, et c’est un ancien garage du Marais qui a été choisi pour accueillir le projet. Maintenant située au cœur de Paris, entourée de galeries d’art, proche de la Maison de la Photographie, la Fondation Henri Cartier-Bresson se veut un nouveau pôle dédié à la photographie. Pensé par l’agence NOVO dans un esprit de transparence et de communication, le lieu regroupe plusieurs espaces jusqu’alors dispersés. Autour d’une cour intérieure retrouvée après la destruction de la rampe d’accès du garage se répartissent une salle d’exposition deux fois plus grande que la précédente, les archives de la Fondation, un centre de recherches, un espace pédagogique et une librairie spécialisée. Le programme des expositions à venir est déjà bien rempli : Guy Tillim, photographe sud-africain lauréat du prix HCB en 2017, Wright Morris, écrivain et photographe américain, et à l’automne 2019 la Chine vue par Cartier-Bresson. Chacune des expositions temporaires sera accompagnée d’une sélection thématique des œuvres de la collection permanente.

L’idée d’une exposition rétrospective de l’œuvre de Martine Franck est née il y a plusieurs années, impulsée par Martine Franck elle-même et Agnès Sire, la directrice artistique et co-fondatrice de la Fondation. Penser une exposition sur un artiste vivant ne représente pas le même travail qu’après sa mort. Dans un cas, l’artiste peut orienter la façon de présenter son travail et les œuvres se lisent comme une étape d’une recherche créative entre ce qui a été produit et ce qui le sera, dans l’autre les œuvres forment un tout fini sur lequel on peut alors appliquer une pensée synthétique et analytique.

L’exposition s’ouvre sur une projection de portraits croisés entre Martine Franck et Henri Cartier-Bresson, comme une introduction à tous les portraits qui nous attendent. Anonymes, célébrités et artistes se côtoient, mettant en exergue le sujet de prédilection de Martine Franck : les êtres humains. Photographe engagée, elle revendiquait la célébration de la vie, l’émerveillement devant les gens passionnés et faisait preuve d’une grande empathie pour ses modèles, qui en contrepartie se laissaient saisir dans leurs moments d’abandon confiant.

Ses sujets de prédilection se retrouvent tout au long de sa carrière : féminisme, vieillesse, bouddhisme, paysage britannique… tous ont bénéficié d’une réflexion, d’une recherche sur le long terme. Dans un noir et blanc intemporel, les époques se fondent pour ne laisser place qu’au sujet, à la constante recherche de Martine Franck sur le sens de la réalité. Sans vouloir raconter une histoire par ses clichés, elle préfère suggérer des situations, des gens, laissant sa perception de côté pour ne montrer que ce qui est. Celle qui a dit : « une photographie n’est pas un mensonge, mais ce n’est pas la vérité non plus » était consciente qu’une photographie peut autant raconter le photographe que son sujet. Le choix du cadrage, de l’objet ou encore la composition de l’image parlent des conceptions du photographe, de ses convictions, consciemment ou non. Si la photographie nous semble n’être que vecteur de vérité, retranscrire les faits tels quels, elle reste une vision partielle de cette vérité brute, résultant des choix du photographe ainsi que des éditeurs. La photographie est un langage, et les photographes en sont les orateurs.
Les paysages de Martine Franck parlent eux aussi de l’humain. Des silhouettes ici, des constructions là-bas, le rapport de la nature à l’homme est bien présent. Même ses compositions quasiment abstraites gardent une trace du passage de l’homme, dans le creux d’une marche, la statue dans la mousse, une ombre lointaine.
L’œuvre de Martine Franck concilie intimité et distance avec son sujet, entre instantané et réflexion sur le sujet, pour une photographie tenant autant du militantisme que de la maïeutique. Avec sobriété et bienveillance, Martine Franck a atteint l’équilibre entre beauté et vérité.

Martine Franck
Du 6 novembre 2018 au 10 février 2019
Fondation Henri Cartier Bresson
79 rue des archives – 75003 Paris

visuels : 1 et 2- © Fondation Henri Cartier-Bresson / 3-Jardin du temple Sanzen-in, Ohara, Kyôto, Japon, 2008 © Martine Franck / Magnum Photos / 4-Étienne Martin dans son atelier, rue du Pot-de-Fer, Paris, 1967 © Martine Franck / Magnum Photos / 5- Piscine conçue par Alain Capeillères, Le Brusc, été 1976 © Martine Franck / Magnum Photos / 6- Martine Franck photographiée par Henri Cartier-Bresson,Venise, Italie, 1972 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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