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[Live-Report] Performance à la Slick – Le jour où Laurent Derobert accomplit un miracle

[Live-Report] Performance à la Slick – Le jour où Laurent Derobert accomplit un miracle

21 octobre 2015 | PAR Araso

Toute la semaine à l’occasion de la Slick 2015, des performances sont réalisées in situ par les artistes participant à la foire. Ce mercredi 21 Octobre, Laurent Derobert et son algèbre existentielle ont réinventé la grammaire de l’art.

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LES MATHEMATIQUES COMME LANGAGE UNIVERSEL
Laurent Derobert est docteur en sciences économiques et chercheur au CNRS. Il a développé les mathématiques existentielles : il interroge notre rapport au monde sous forme algébrique et se livre à un exercice de traduction à couper le souffle. Pour la Slick 2015, il a imaginé un modèle mathématique de l’improbable, une œuvre intitulée « Miracles » et réalisé une performance d’un quart d’heure durant lequel il a élaboré les notions d’algèbre existentielle, d’improbable et de miracle. Et si nous pouvions traduire nos émotions, pensées et doutes en langage mathématique, qui est universel ? C’est le pari fou relevé par Laurent Derobert, représenté par la galerie Perception Park. Avant lui, l’écrivain Milan Kundera a posé les jalons d’une nouvelle grammaire des sentiments exprimés algébriquement. Dans l’Immortalité, il écrit : « La valeur d’un hasard est égal à son degré d’improbabilité », l’improbabilité étant entendue comme l’inverse de la probabilité. Ainsi, Laurent Derobert définit-il le miracle quand « la valeur du hasard tend vers l’infini ». Et qu’est-ce que la chance, si ce n’est la joie que multiplie l’improbabilité ? Le mot « chance » ne vient-il pas de « chéance », ce qui nous tombe dessus ?

En algèbre, il y a une seule interdiction : celle de diviser par zéro. Si l’on essaie de réaliser l’opération à l’aide d’une calculatrice, celle-ci nous répondra par un message d’erreur, « ou, pour les plus sophistiquées, par errare humanum est ». Or l’erreur, rappelle Laurent Derobert, peut-être entendue en deux sens : se tromper ou aller à l’aventure -l’errance. Au cours de sa performance, il propose littéralement de franchir l’impossible.

L’ART DE TOUS LES POSSIBLES
« Si nous sommes 35 convives à cette table et décidons de trinquer, combien de tintements de verres vont-ils être entendus ? » De la même façon « en amour, quelle est la probabilité pour un individu donné de rencontrer la personne qui lui est destinée ? » Ces questions qui font froncer bien des sourcils, voire découragent totalement, il y répond avec une facilité déconcertante. « L’espérance mathématique ne porte que sur les probabilités, et donc sur l’objet. Or, ce qui m’intéresse est l’espérance métamathématique, qui ne porte que sur le sujet » afin de compléter et modeler l’improbabilité. Une sorte de lecture inversée de Saint-Thomas : « On ne croit pas ce que l’on voit en réalité on voit ce que l’on croit ». Ainsi, si le miracle relève de la foi, l’espérance est relative à la probabilité et le paradoxe de l’humanité est que bien qu’ayant toujours envie de surprises, l’être humain calcule des probabilités qui permettent de réduire l’angoisse – symbolisée en algèbre par oméga, que l’on cherche tous à minimiser.

Que fait donc un mathématicien dans une foire d’art contemporain ? Quelle est la concrétisation plastique de ce travail ? Devant un grand tableau blanc sur lequel est inscrite la formule algébrique du miracle, suivie de son appellation, que Laurent Derobert a noirci au fur et à mesure avec d’autres formules peu évocatrices, il explique que ses œuvres se collectionnent sous différentes formes. Car « si la formule est déterminée, la cristallisation est infinie ». A l’issue d’un entretien avec le collectionneur, Laurent Derobert conçoit une formule algébrique personnalisée qui sera ensuite transformée en diapositive, tatouage, body painting ou gravée dans un bijou. Ainsi, la formule de la joie évoquée plus haut a-t-elle été crée initialement pour la maison de haute joaillerie Van Cleef & Arpels qui lui avait commandé la formule de la chance.

Une performance folle, un pari réussi, un quart d’heure qui pourra changer à jamais notre rapport aux mathématiques, à l’art, à la façon dont nous pensons nos émotions.

Le travail de Laurent Derobert est à la Slick jusqu’au dimanche 25 octobre et il réalisera une autre performance au sein de sa galerie Perception Park le Jeudi 29 Octobre.

Texte et visuel : Araso

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