Livres

« La nuit du bûcher » de Sándor Márai : l’Inquisition auscultée

« La nuit du bûcher » de Sándor Márai : l’Inquisition auscultée

21 octobre 2015 | PAR Géraldine Bretault

Depuis son suicide en 1989, l’écrivain hongrois ndor Márai a retrouvé toute sa place dans la littérature contemporaine, grâce au patient travail d’exhumation mené par la traductrice Catherine Fay chez Albin Michel.

[rating=4]

9782226319289m

Parmi les longues années qu’il aura passées en exil, Sándor Márai s’est un temps établi en Italie, à Salerne, entre 1968 à 1980. C’est à cette époque qu’il rédige La nuit du bûcher, un roman historique dont l’action se situe au temps de l’Inquisition. L’auteur réussit le tour de force de nous faire vivre les enjeux de ce dispositif totalitaire depuis l’intérieur, en choisissant pour narrateur un carme venu d’Espagne en vue de mieux connaître les techniques et les ressorts permettant d’amener les condamnés au repentir ou à la conversion.

D’une plume jamais pesante, Sándor Márai nous permet d’approcher de très près ce qui se joue dans les consciences des hérétiques, alors qu’ils croupissent dans leurs cellules. Une tension qui ne fait que croître, puisque le condamné que le narrateur pourra enfin approcher de près n’est autre que Giordano Bruno, dont l’histoire nous apprend qu’il périt sur le bûcher, sans nous livrer ses états d’âme.

Dans un récit au rythme maîtrisé, Márai nous donne la position d’infiltrés dans un système régi par une logique propre, inhumaine, mais dont les rouages bien huilés assurent la domination incontestée. Abasourdi par tant de violence sourde, le lecteur ne peut qu’y lire une transposition fine de systèmes totalitaires passés, sans compter que les fondements religieux présentent des échos saisissants avec une certaine actualité contemporaine.

 

« Le temps a recouvert de poussière le souvenir de ces jeux sauvages comme la cendre et la lave ardente des volcans ont anéanti la plupart des villes antiques du Sud. Toutefois, la curiosité mauvaise brasille encore dans la conscience des Romains quand ils sont assemblés sur la place, où ce ne sont plus des païens qui assassinent les chrétiens mais des chrétiens qui assassinent des chrétiens différents d’eux. », p. 99

 

La nuit du bûcher, Sándor Márai , traduit du hongrois par Catherine Fay, Albin Michel, 272 pages, 19 euros. Sortie en novembre 2015

[Critique] « Nous trois ou rien » : Kheiron fait l’attachant portrait de ses propres parents
[Live-Report] Performance à la Slick – Le jour où Laurent Derobert accomplit un miracle
Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

One thought on “« La nuit du bûcher » de Sándor Márai : l’Inquisition auscultée”

Commentaire(s)

  • lecomte

    je viens de terminer ce livre j’en suis toute retournée tant il est en résonance avec ce que nous vivons aujourd’hui dans le monde.. mais un autre livre important pour moi est le livre de VLADIMIR BARTOL « ALAMUT » que je viens de découvrir(acheté 1E au Secours Populaire) et qui est ressorti.(2eme traduction), mais je préfère la 1ére, livre sorti en 1988, Editions PHEBUS. On pourrait le lire comme un conte, mais ce n’est plus un conte, c’est la réalité. les 2 sont à lire tellement ils parlent du présent. bonne lecture à vous

    décembre 28, 2015 at 14 h 07 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *