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L’inspiration artistique s’explore au Centre Pompidou Metz

L’inspiration artistique s’explore au Centre Pompidou Metz

21 juillet 2020 | PAR Laetitia Larralde

Pour fêter ses dix ans, le Centre Pompidou Metz s’envole vers l’infini du ciel avec Yves Klein et ses contemporains et l’installation de Susanna Fritscher, avec un détour du côté folklorique de l’art.

L’exposition Le Ciel comme atelier replace le travail d’Yves Klein dans un double contexte : son rapport à l’Histoire d’une part, et ses liens avec toute une communauté artistique de son temps d’autre part. De l’après-guerre aux années 1960, le portrait d’une génération d’artistes se dessine.

La seconde guerre mondiale a fait naître chez les artistes un besoin de réinventer le rapport de l’homme au monde. Que reconstruire sur toutes ces ruines et ces atrocités ? Le mouvement Gutai au Japon a cherché à couper le contact avec le sol contaminé, quand la vision de l’empreinte des corps à Hiroshima a profondément marqué Klein. La bombe atomique et sa menace persistante pendant les années de guerre froide fait prendre conscience que tout ce qui est matériel peut disparaître en un instant, tant les hommes que la nature ou tout objet ou bâtiment.

Les artistes se tournent donc vers l’immatériel. Si le matériel est éphémère, ce qui n’a pas de définition physique ne peut pas s’évanouir. Comment laisser une trace de son passage, une empreinte de son corps qui perdurera ? L’art embrasse la performance, le geste comme essence de l’œuvre. Mais l’on se trouve ici face à une contradiction : pour survivre dans les esprits, la performance, l’immatériel, a besoin d’être documentée, d’avoir des témoins, et donc de prendre une existence matérielle. Le geste se fige, l’histoire s’écrit, et par là même risque la destruction.

On se détache donc de la terre pour rêver face au ciel. Cet infini que les artistes peuplent de leurs utopies et de cette envie éternelle de voler se pare de couleurs, jusqu’à soudain devenir encore plus vaste avec la course à l’espace. Le cosmos offre désormais une toile sans fin pour ceux qui comme Lucio Fontana n’ont eu de cesse de vouloir lui trouver une nouvelle dimension.

L’exposition montre que ces années ont vu une communauté d’artistes se former en France, en Allemagne, en Italie, au Japon et aux Pays-Bas, partageant les mêmes idées et idéaux. Mais si les concepts sont les mêmes, la mise en œuvre reste personnelle à chacun. La salle consacrée aux monochromes blancs le prouve bien : entre Piero Manzoni, Yayoi Kusama ou Otto Piene, la pensée est commune mais le geste diffère.

Pour Klein et ses contemporains, l’Histoire les a poussés vers l’utopie, vers un art qui est avant tout une idée. Ceci peut rendre l’exposition délicate à comprendre pleinement, mais dans ce cas, n’hésitez pas à prendre de la hauteur dans le mirador qui surplombe l’espace pour quitter le sol et changer de point de vue.

Et pour continuer l’ascension vers le ciel, rendez-vous au troisième étage avec l’installation Frémissements de Susanna Fritscher. Dans ce plateau sans cloisons de 1000 m² se déploient 60 000 fils de silicone suspendus au plafond. A chaque extrémité de l’espace les baies vitrées font entrer la lumière qui vient jouer sur ce support mouvant, perturbé par un système branché sur la ventilation du bâtiment. Une mélodie aléatoire se dégage de ces tubes, ajoutant à l’impression irréelle de flotter dans l’espace, suspendus au-dessus de la ville.

Et enfin, en contrepoint à ces artistes penseurs du céleste, revenez plus près de la terre avec Folklore. En partenariat avec le Mucem, cette exposition foisonnante et réjouissante explore les liens entre art et traditions folkloriques. Elle se concentre sur l’Europe et commence au début du XXème siècle, quand les artistes ont ressenti le besoin de retrouver un passé où « tout était plus simple », moins prisonnier des conventions modernes.

Entre naissance de l’ethnographie, dérives idéologiques et source d’inspiration inépuisable pour les artistes, l’idée de folklore soulève beaucoup de questions. Mais surtout, il ne faudrait pas croire que le folklore n’appartient qu’au passé : aujourd’hui encore nous construisons des habitudes et des traditions qui seront demain sous l’œil des ethnologues.

De la terre au ciel, préparez-vous à un grand voyage au Centre Pompidou Metz.

Le ciel comme atelier, Yves Klein et ses contemporains
Du 18 juillet 2020 au 1er février 2021
Susanna Fritscher, Frémissements
Du 12 juin au 14 septembre 2020
Folklore
Du 21 mars au 4 octobre 2020
Centre Pompidou Metz

Visuels : 1- Yves Klein, Grande Anthropophagie bleue, Hommage à Tennessee Williams, (ANT 76), 1960 – Pigment pur et résine synthétique sur papier marouflé sur toile, 407 x 275 cm – Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne © Succession Yves Klein c/o Adagp, Paris, 2020 © Philippe Migeat – Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP /2– Susanna Fritscher, Frémissements, 2020 – Centre Pompidou-Metz, Galerie 3 © Susanna Fritscher / 3- Sadamasa Motonaga, Work (Water) [Œuvre (Eau)], 1956/2020 – Installation : eau, plastique, pigment, dimensions variables – Courtesy The Estate of Sadamasa Motonaga © Motonaga Archive Research Institution – Photo : © Moderna Museet Stockholm / Åsa Lundén / 4- Otto Piene, Lichtraum mit Mönchengladbach Wand [Pièce lumineuse avec mur de Mönchengladbach], 1963-2013 – Otto Piene Estate. Courtesy Spru?th Magers, Berlin © ADAGP, Paris, 2020 © Sprueth Magers (Gallery) / Estate Otto Piene / 5- Yves Klein travaillant aux Peintures de Feu à la Plaine Saint Denis – Paris, Centre Pompidou-MNAM/CCI-Bibliothèque Kandinsky – Fonds Harry Shunk et Shunk-Kender © Janos Kender © Shunk Harry – Photo : © Centre Pompidou, MNAM-CCI Bibliothèque Kandinsky, Dist. RMN-Grand Palais / Fonds Shunk et Kender

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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