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« Né à Jérusalem (et toujours vivant) » : un premier long-métrage entre amours et attentats

« Né à Jérusalem (et toujours vivant) » : un premier long-métrage entre amours et attentats

22 juillet 2020 | PAR Julia Wahl

Le premier long-métrage de Yossi Atia, co-réalisé avec David Ofek, nous plonge dans les obsessions de Ronen, qui propose aux touristes de Jérusalem une visite de la rue Jaffa à travers le prisme des attentats.

La monétisation de l’Histoire

« Né à Jérusalem et toujours vivant » : ce sont les inscriptions que Simon, le colocataire de Ronen, a fait imprimer sur des T-shirts qu’il pense vendre aux visiteurs de son ami. Bien entendu, Ronen refuse : il serait à ses yeux inconvenant et de fort mauvais goût que de gagner de l’argent sur la mémoire des morts. D’ailleurs, ses visites sont gratuites. Il suffit pourtant qu’il tombe malade pour que Simon le remplace et accepte avec empressement les propositions de rémunération de ses visiteurs.

Aussi Né à Jérusalem (et toujours vivant) joue-t-il de cette inéluctable monétisation du patrimoine historique d’une ville touristique, fût-il sanglant. En prenant pour titre le slogan accrocheur – pour ne pas dire racoleur – des T-shirts de Simon, il se place d’ailleurs lui-même dans un entre-deux inconfortable, simultanément coupable et contempteur de cette marchandisation du malheur.

Entre identité et imposture

En outre, tout, a priori, semble opposer la gravité de Ronen à la grâce primesautière de Simon, incarnée avec justesse par Itamar Rose. Pourtant, en nous présentant un Simon qui se fond, lors de cette visite, à merveille dans les pas de Ronen, le film nous conduit à nous interroger sur la question du double et de l’identité. A nouveau, le film tout entier joue sur l’indistinction entre le vrai et le faux : Yossi Atia, qui joue Ronen, a  lui-même organisé, en 2012, une visite guidée sur les traces des attentats dans le cadre de la saison culturelle de Jérusalem. Aussi devient-il difficile pour le spectateur de distinguer ce qui relève du réel et ce qui appartient au domaine de la fiction.

Amours et obsessions

Enfin, on l’a compris, le personnage de Ronen apparaît comme un personnage obsédé par les attentats, au point d’y subordonner tous ses actes. La répétition de gestes qui trahissent son angoisse – comme le fait de vérifier à plusieurs reprises qu’il a bien fermé la porte de chez lui – souligne avec humour cette obsession. Surtout, ses difficultés à vivre son histoire d’amour avec l’éclatante Asia (Lihi Kornowski) met en évidence cet enfermement.

Né à Jérusalem (et toujours vivant) nous plonge avec justesse dans les obsessions et les angoisses de Ronen. Peut-être aurait-il pu gagner en émotions avec un tempo un peu plus soutenu.

En salles le 22 juillet.

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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