Danse
Klein, le rêve bleu d’Olivia Grandville à la MC93

Klein, le rêve bleu d’Olivia Grandville à la MC93

13 avril 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La MC93 consacre un focus à la chorégraphe Olivia Grandville, fraîchement nommée directrice du CCN de la Rochelle. Après Débandade et avant La Guerre des pauvres, nous avons pu voir sa pièce Klein, une heure de conférence lumineuse sur l’immatérialité de la couleur (et c’est drôle).

En 1959, Yves Klein donne une conférence sur « L’évolution de l’art vers l’immatériel » à la Sorbonne. Et c’est Olivia Grandville, en jean, bottines à petits talons, chemisier blanc et blazer noir qui campe Iris Clert, la galeriste du célèbre peintre. Elle nous le présente de façon juste un brin décalée et nous apprenons alors que Klein était fou de judo et que, surtout, il a eu mille vies avant de passer au bleu.

Lisez plutôt l’introduction de la conférence :

Yves Klein est fils de peintres. Après avoir étudié à l’École nationale de la marine marchande et à l’École nationale des langues orientales, il est successivement libraire à Nice et entraîneur de chevaux de course en Irlande. En 1949, 1950 et 1951, il voyage à travers toute l’Europe. En 1952, il s’embarque pour le Japon où il étudie les arts martiaux anciens. Il revient du Japon après avoir obtenu le grade de ceinture noire, 4e dan, du Kôdôkan de Tokyo. Il est alors nommé directeur technique de la Fédération nationale de judo d’Espagne en 1954. Ayant continué à peindre pendant tout ce temps, et déjà dans sa manière monochrome depuis 1946, il publie simultanément Les Fondements du judo, chez Bernard Grasset à Paris, et un recueil de reproductions en couleurs de ses œuvres, aux éditions Franco de Sarabia à Madrid, qui, importé à Paris, commence à attirer l’attention sur lui dès cette époque. En 1955, il décide d’abandonner toute activité judo pour la peinture et vient habiter Paris.

Disons le tout de suite, nous sommes plus face à du théâtre qu’à une pièce de danse. Dans son travail, Olivia Grandville laisse souvent une grande place aux textes, mais il est rare que le mouvement se déplace à ce point. Manuel Vallade en costume chic est Yves Klein. Benoît de Villeneuve est à la musique quand il ne joue pas l’architecte Werner Ruhnau, avec qui le roi du bleu a pensé de façon assumée faire des bâtiments avec du vent. La critique du capitalisme est au cœur de ce récit, entre foutage de gueule et vraie pensée sur l’art.

Emmanuel Gourmelin et Dominique Dijol (judokas tous les deux ceinture noire) sont prêts à combattre. À la lumière, pour une fois, ce n’est pas Yves Godin (un autre Yves génie de la couleur, tiens !), mais Fabrice Le Fur qui s’occupe de plonger le plateau dans un halo bleu, de plus en plus bleu.

Le spectacle est la conférence performée. Ce long texte a été découpé, inversé parfois pour en donner une saveur encore plus « à côté ». Emmanuel Vallade campe un Klein démagogique, habité, voix aussi pointue que l’original, joignant le geste à la parole. Il danse presque ses mots. En 1959, Klein rompt (un temps) avec la peinture, donc, et avec le bleu. Cela a commencé, nous raconte Iris, en 1957 lors d’un vernissage cocasse où des cocktails au bleu de méthylène ont été servis, et où, surtout, une sculpture faite de ballons bleus s’est envolée, comme un judoka avant la chute.

Le combat se déroule justement essentiellement au ralenti. Et comme la voix du comédien, les gestes des athlètes deviennent un autre mouvement, ultra codifié par les règles de cet art martial. La façon qu’ont les deux sportifs de s’emmêler devient un pas de deux à la fois massif et léger.

Au fur et à mesure que la conférence se déroule, on comprend qu’Olivia Grandville se questionne sur l’immatérialité de la danse. Ce qui est sûr, c’est que cette pièce, comme les précédentes, allie humour, élégance et intelligence.

Avec les trois éléments classiques feu, air et eau, la ville de demain sera construite ; elle sera enfin flexible, spirituelle et immatérielle. L’idée, dans l’espace, de se servir de l’énergie pure pour construire pour les hommes ne semble plus être absurde dans cet ordre d’idées là. Dans une telle conception de l’architecture, il semble aisé de comprendre que la disparition du pittoresque et de la rêverie peinte est inévitable, et heureusement car c’est le pittoresque qui a tué tous les pouvoirs réels dans l’homme.

Klein est soutenu par la Fondation d’entreprise Hermès dans le cadre de son programme New Settings.

Klein, jusqu’au 17 avril et La Guerre des pauvres, du vendredi 15 au dimanche 17 avril, à la MC93. Il est possible de voir les deux spectacles le même soir.

Visuel : ©La spirale de Caroline

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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