Danse
Jeunes Créateurs – Danse du Théâtre de la Ville : une grosse envie de performance

Jeunes Créateurs – Danse du Théâtre de la Ville : une grosse envie de performance

13 avril 2022 | PAR Antoine Couder

En invitant Camille Mutel et Mathilde Rance au Studio 400 de l’Espace Cardin, le Théâtre de la Ville parie sur une danse entre abstraction et performance, balayant en un peu plus d’une heure des univers presque opposés.

On a découvert Camille Mutel juste avant le Covid et on n’était pas fâché de la retrouver pour le même spectacle, avec un peu plus de bouteilles cette fois, une bien meilleure lumière et une vraie surprise : la grossesse avancée de l’artiste qui ajoute une péripétie supplémentaire à son flow de Vinyasa toujours portée par un désir chorégraphique tranché. Un poids supplémentaire dans le jeu subtil de l’équilibre. Mutel parle d’hospitalité, de cette cérémonie du thé susceptible d’être partagé et accueilli par tous ; mais le spectacle nous laisse toujours dans l’expectative et la force d’un moment suspendu, une tension durant laquelle le silence pourrait tourner au cri de rage, au coup de couteau. C’est toute la question au fond de cette performance. Camille Mutel est un peu le renard du poulailler, accueilli par on ne se sait quel réflexe de protection,  dans un univers utopique de réconciliation. Tout le monde voudrait, en effet, se retrouver, mais le doute subsiste quant à ce qui pourrait arriver, l’instant d’après.

NOT I – ITW from Compagnie Li (luo) on Vimeo.

De ce spectacle bien rodé, émergent les thèmes sur lesquels l’artiste travaille aujourd’hui et notamment cette relation de prédation de l‘homme à l’animal, de ce qui peut bien se passer dans la tête de celui qui va éliminer un être vivant pour pouvoir s’en nourrir. C’est vraiment quelque chose qui ressort déjà dans ce très explicite « Not I ». Pas moi, c’est-à-dire l’autre mise en scène et même, on a envie d’aller plus loin, l’autre en tant qu’objet d’offrande, dans une tentative de phagocyter du vivant qui ne cesse pourtant de s’incarner, dans des regards, des petites larmes, dans ce geste final de proposition au public d’un verre de vin. D’aucuns pourront imaginer que cette performance nous embarque hors du champ strict de la danse même s’il y a clairement chez Mutel cette idée brûlante de penser le mouvement en même temps qu’elle le met en scène. Si l’on voulait faire un peu de sémiologie, on pourrait dire qu’en effet ce n’est pas vraiment de la danse, mais plutôt un signe de la danse ce qui, pour le coup, ne change absolument rien pour le public venu assister à un spectacle.

Un animal qui fausse compagnie. Après une pause d’une vingtaine de minutes, notre petit groupe de cinquante personnes retrouve le Studio et Mathilde Rance, formée au CNDC d’Angers ainsi qu’au Centre national d’Art de la rue nous emmène – à son tour-  loin des formes chorégraphiques traditionnelles. Revêtue d’une panoplie qui la transforme en créature mi-Castafiore mi-Papageno, la jeune harpiste se livre à ce qui pourrait fort ressembler à ce qu’étaient les fameuses « attractions » des spectacles des années 1900. Attraction à prendre évidemment au sens noble et même littéral, l’artiste attirant à elle l’attention par divers coups de force, arrachage des plumes de son costume, chant quasiment dadaïste autour des mots valises que l’on entend sans cesse dans les médias, les universités ; jeu sexuel avec son instrument de prédilection pour quasi-achever la quatrième de ses saynètes performatives où l’on sent une vibration/impulsion irrésistible qui sort du corps. Que ce soit par la bouche, le micro qui frappe le cœur ; le contre-jour du visage derrière un tambour, « Black bird » est fait d’une « physicalité » qui vient surprendre et déjouer les ressorts d’une représentation humoristique ; construisant peu à peu une créature entre bestialité et tamagotchi, un animal qui finirait par nous fausser compagnie. Il y a beaucoup (trop ?) d’idées et un grain de folie dans cette drôle d’attraction que l’on pourra revoir au « Kilomètre de danse », organisé par le CND de Pantin le 14 mai, ainsi que le 18 juin au BAL, dans le cadre du festival June Events.

Crédit photo : Akiko Gharbi

 

 

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionné pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Ed. du Castor Astral, septembre 2022) ainsi qu'un roman musical, à paraître cet été 2022 aux éditions de l'Harmattan.

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