Danse
Festival Excentriques : Argentique et Coaching, deux explorations du mouvement réussies et maîtrisées

Festival Excentriques : Argentique et Coaching, deux explorations du mouvement réussies et maîtrisées

26 septembre 2022 | PAR Adam Defalvard

En clôture du festival Excentriques à la Briqueterie, Argentique et Coaching se sont révélés deux spectacles particulièrement intelligents. Deux quêtes de mouvement passionnantes qui emportent le public avec elles. 

Argentique de Olivia Grandville

La directrice du Centre chorégraphique de la Rochelle  a fait la connaissance lors d’un voyage de l’artiste québécoise Françoise Sullivan. La danseuse, peintre et chorégraphe faisait partie du mouvement d’avant-garde des Automatistes à la fin des années 40. Olivia Grandville a l’habitude du travail nourri par les archives et le passé,  cette fois-ci elle fait renaître sur scène la parole de Françoise Sullivan, à partir du témoignage qu’elle a enregistré elle-même. Elle déambule parmi le public, disposé sur des chaises dans toute la salle. Avec un DJ qui accompagne sa parole de musique ambiante, la danseuse nous raconte le passé en le mêlant à ses grands mouvements, d’une amplitude et d’une lenteur d’une grande beauté.

Françoise Sullivan avait pour projet de réaliser quatre films pour quatre saisons, quatre souvenirs filmés de chorégraphies. Elle n’en a au final réalisé qu’un seul, Été, et ce dernier est désormais perdu. Son deuxième projet, Danse dans la neige, il n’en reste que 17 photos. Le mouvement accompagne le passé et le fait apparaître à travers une danse fantôme. Lorsque la voix enregistrée de Françoise Sullivan se fait entendre à la fin du spectacle, reprenant la dernière phrase d’Olivia Grandville, une impression de flottement s’empare de la salle. Un beau spectacle, à la fois mémoire d’une danse et danse de la mémoire. 

Coaching de Valeria Giuga et Anne-James Chaton

Quatre interprètes se placent sur la scène, dans un cercle blanc. Tous ont des tenues colorées qui évoquent à la fois l’esthétique du sport mais aussi celle des tenues de cirque. La chorégraphie de Valeria Giuga s’inspire du coaching sportif et de la gymnastique, mêlant parfaitement deux aspects, à priori contraires, de la performance sportive. D’un côté, cette danse a un côté ridicule, les sons qui sortent des danseurs ont une connotation sexuelle évidente et cela donne à toute la performance un aspect clownesque. De l’autre côté, la grande coordination des interprètes, qui ne font jamais le même mouvement, est impressionnante et réellement hypnotisante. Les textes de Anne-James Chaton, qu’on peut entendre à deux reprises, sont des écrits à la fois philosophiques et drôles. Ils font appel aux codes du développement personnel en les détournant pour leur donner un côté presque effrayant. Tout le spectacle danse sur ce fil, entre le comique et la beauté hypnotisante du sport. 

On sent d’ailleurs tout le côté narcissique qui se trame derrière la performance sportive. Lors d’un final magnifique, les danseurs se mettent à répéter des syllabes en boucle et dans un ordre qui varie : « mes mots à moi », « moi et mes mots », « et mes moi » (aimez-moi, bien sûr). Ce chant s’élève dans la salle et on ne peut détacher le regard de ces quatre corps, perdus dans une quête de bien-être et de perfection. 

Visuel : Giuga-Chaton, Coaching, ©Frederic Iovino et Olivia Grandville, Argentique, ©Plateforme 10. 

L’agenda classique et lyrique de la semaine du 27 septembre
Dans la mesure de l’impossible de Tiago Rodrigues
Adam Defalvard

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture
Registration