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Les Delaperche, une découverte artistique passionnante

Les Delaperche, une découverte artistique passionnante

31 octobre 2020 | PAR Laetitia Larralde

Le musée des Beaux-Arts d’Orléans nous invite à découvrir une famille d’artistes encore inconnue il y a peu : les Delaperche. Suivez leur destinée romanesque aux prises avec les grands évènements de l’histoire, leur passion pour l’art chevillée au corps.

Le mystère d’une famille d’artistes

En 2017, un marchand propose au musée des Beaux-Arts d’Orléans un carton rempli de 91 dessins d’une qualité indéniable, dont seuls quatre étaient signés par Jean-Marie Delaperche, artiste jusqu’ici quasi inconnu. Commence alors une véritable enquête pour reconstituer l’histoire de ce peintre originaire d’Orléans au talent avéré mais à la vie insaisissable. Et ce n’est pas un artiste, mais bien trois qui ont été dévoilés par ces recherches : Thérèse Delaperche (1743-1814), la mère, Jean-Marie (1771-1843), l’aîné, et Constant (1780-1843), son jeune frère.

Mais la famille semble avoir le goût de la discrétion, et les chercheurs ne trouvent presque rien par les moyens habituels : pas de participations au Salon, des œuvres non signées, pas de ventes… Ils se tournent alors vers d’autres traces, celles que tous laissent, qui forment les grandes étapes de la vie que l’Eglise ou l’Etat enregistrent. Ce sont donc ces traces sociales, naissance, mariage, études ou décès, qui permettent de reconstituer le squelette de la vie des Delaperche, dont le nom même a évolué, et de se tourner vers les descendants actuels de la famille. Mais le mystère persiste, car leur grande majorité n’a pas connaissance de l’existence de ces aïeux artistes.

Des artistes savants

A cette trame générale vient s’ajouter l’étude des 91 dessins, qui permet de déterminer qu’ils sont tous de la même main, et réalisés sur une période courte, ce que les dates en filigrane des papiers permet d’établir. Ce filigrane indique également une origine russe ou anglaise du support, confirmé par la présence de Jean-Marie Delaperche à Moscou, où il vécut une vingtaine d’années.

Ces œuvres dénotent également des influences de l’artiste. Le lien à la gravure est très fort, notamment dans la recherche de multiplication des tonalités avec un minimum de couleurs et les contrastes marqués. Il a sans doute bénéficié, comme nombre d’artistes de l’époque, de l’accès à des gravures de maîtres comme support d’étude. Et si Jean-Marie se réclame des grands maîtres classiques tel Poussin, il se tient également au courant du travail de ses contemporains, français et anglais. En résulte un style très personnel, qui préfigure la mouvance romantique qui apparaîtra en France une quinzaine d’années plus tard.

La famille Delaperche a une destinée artistique atypique. Dans les pas de Greuze ou Vigée-Lebrun pour la mère, David pour les fils, cette famille issue d’un milieu modeste a su se placer habilement sous la protection de grandes familles telles que les Ruinart, Rohan-Chabot ou Venevitinov, ce qui leur permit d’exercer librement leur art. Leur niveau d’éducation largement supérieur à leur classe sociale leur permet de devenir précepteurs pour ces grandes familles, mais caractérise également leur pratique artistique. On peut facilement qualifier Jean-Marie Delaperche d’artiste savant tant sa maîtrise du dessin allégorique, art complexe, est grande. Ses œuvres traduisent ses réflexions sur les évènements qu’il traverse dans des scènes où les références antiques et érudites sont nombreuses, le tout porté par un trait sûr et des compositions dynamiques.

Une famille aux prises avec l’Histoire

Les premiers résultats des recherches mettent en lumière un lien indéniable de la famille Delaperche avec les grands évènements historiques, ainsi que des convictions politiques marquées. La famille, royaliste, s’installe à Paris grâce à Thérèse qui réussit à s’intégrer au cercle des artistes reconnus, jusqu’à ce que la Révolution et la Terreur jette le père en prison. Louis XVI, ainsi que de nombreuses connaissances de la famille, est décapité, et les Delaperche fuient Paris pour Reims.
Par la suite, Jean-Marie avoue une haine farouche envers Napoléon dans ses œuvres, et ce d’autant plus qu’il perd deux de ses fils dans la campagne de Russie et se retrouve dans Moscou enflammée par l’armée napoléonienne, motif récurrent dans ses dessins. On retrouve également des allusions à la chute de Napoléon, la Restauration, la Monarchie de Juillet et la chute des Bourbons, autant d’étapes d’une époque mouvementée.

Ces évènements historiques sanglants qui ont frappé la famille de plein fouet pourraient constituer une partie de l’explication de cette volonté de discrétion et de retrait par rapport à l’Etat, pour se protéger et continuer de créer librement. Car pour Jean-Marie Delaperche, la liberté et la paix sont les seules conditions de l’épanouissement des arts. Sa morale et son éthique strictes lui font juger durement les artistes contemporains et l’oriente vers des sujets vertueux et érudits.

En plus des 91 œuvres de Jean-Marie Delaperche, l’exposition regroupe des œuvres de Thérèse et de Constant, dont un de ses bas-reliefs en terre cuite, ainsi que de nombreux documents significatifs dans la recherche de l’histoire de cette famille d’artistes. La scénographie de Nathalie Crinière, reprenant les couleurs de la peinture de l’époque, est particulièrement travaillée. Les espaces sont variés et apportent une rythmique à des œuvres très uniformes dans leur format et leurs couleurs.

Pour Olivia Voisin, la commissaire de l’exposition et directrice des musées d’Orléans, cette exposition est une première étape dans l’étude de la famille Delaperche et de son travail. Au cours de ces trois années de recherches, quelques nouvelles œuvres de Jean-Marie Delaperche ont déjà été identifiées, certaines ayant été attribuées à d’autres artistes. Nul doute que d’autres viendront compléter ce corpus encore très parcellaire et apporter de nouveaux indices sur la vie de leur auteur.

Delaperche, un artiste face aux tourments de l’histoire
Du 1er février au 20 décembre 2020 – prolongation jusqu’au 24 janvier 2021
Musée des Beaux-Arts d’Orléans

Visuels : ©Orléans, musée des Beaux-Arts / photo Patrice Delatouche – 1- Jean-Marie Delaperche, L’Amour, cause des plaisirs et des peines (vers 1817) / 2- Jean-Marie Delaperche, Les artistes du temps présent (vers 1815-1817) / 3- Jean-Marie Delaperche, Les Adieux de Louis XVI à sa famille (vers 1815)/ 4- Jean-Marie Delaperche, Une lecture publique, scène nocturne (vers 1795-1800) / 5- Jean-Marie Delaperche, Le naufrage (1815)

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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