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Les colosses Olmèques investissent le Musée du Quai Branly

Les colosses Olmèques investissent le Musée du Quai Branly

13 octobre 2020 | PAR Laetitia Larralde

Le Musée du Quai Branly – Jacques Chirac propose, jusqu’à l’été prochain, une exposition inédite en Europe sur une civilisation encore méconnue : les Olmèques.

Il est important de souligner le caractère exceptionnel de cette exposition. En ces temps de pandémie où tout est plus compliqué, réussir à rassembler des œuvres disséminées dans dix états mexicains et une vingtaine de collections privées et les transporter jusqu’à Paris relève de l’exploit, et ce, d’autant plus que ces œuvres de pierre pèsent plusieurs tonnes. De surcroit, c’est la première fois que la grande majorité de ces trois cents œuvres est présentée en Europe. Au final, les efforts combinés mexicains et français auront donné naissance à une exposition fascinante.

Des sculptures  modernes et puissantes

Ce qui marque de prime abord, c’est la présence de ces géants de basalte, et leur indéniable modernité. La tête colossale qui nous accueille dans le hall du musée concentre toutes les caractéristiques de la sculpture olmèque : les traits distinctifs, la symétrie, la taille imposante (celle-ci, avec son 1m80, étant la plus petite de l’ensemble des têtes colossales retrouvées), le basalte. Le reste de l’exposition est à l’avenant. On retrouve ce style d’une épure certaine, où les formes sont géométrisées, mais pourtant très expressives, et regorgeantes de détails. On pense à la statuaire africaine ; on pense au cubisme ; mais on est surtout saisis par cette relation familière qui s’installe rapidement, cette sensation d’être face à des créations de notre temps.

Une civilisation à découvrir

La civilisation Olmèque est bien moins connue que certaines autres d’Amérique centrale telles que les Aztèques ou les Mayas. Un temps considérée comme étant à l’origine des cultures mésoaméricaines, on se rend compte que la culture olmèque a été d’une influence majeure dans une région bien plus large, et ce pendant encore des centaines d’années après sa disparition. En effet, leur position géographique et les ressources naturelles ont fait du golfe du Mexique une plaque tournante pour les échanges culturels et commerciaux.

Les stèles nous montrent que les Olmèques avaient un système calendaire double et une forme d’écriture arrivée plus tardivement, mais l’on sait également que leurs villes, alimentées en eau par des canaux en pierre, étaient ordonnées selon des systèmes hiérarchiques complexes et un plan ordonnancé. La civilisation Olmèque semble avoir été très structurée, et leur statuaire à la symbolique complexe encore mystérieuse faisait office de communication visuelle auprès de la population locale ou étrangère.

À partir de ces sculptures, les chercheurs tentent de comprendre ce que voulaient transmettre les Olmèques. On retrouve des symboles tels que la croix qui fait référence aux quatre points de l’univers, les oiseaux qui permettent aux sacrifiés de s’envoler ou le jaguar, symbole important de la nuit et de la guerre, des positions corporelles qui signifient la transformation, ou encore la fertilité. Toutes les sculptures racontent une histoire, et certaines plus que d’autres, par exemple cette stèle de Huilocintla, montrant un dirigeant se perforant la langue et dont le sang est récupéré par une créature surnaturelle. Cela rappelle les sacrifices faits par les dieux lors de la création du monde, mais aussi celui du dirigeant pour son peuple, le plaçant ainsi dans une position presque divine.

Esthétique et sacrifice

La beauté des sculptures et objets nous ferait presque oublier le fait que ces civilisations pratiquaient le sacrifice humain. Et pourtant, le bas-relief qui accompagne la femme scarifiée, sculpture brisée en offrande et jetée dans une source, montre bien deux femmes à la tête coupée de chaque côté de la figure centrale, et les rayons de sang qui s’écoulent d’elles. Elles témoignent également des croyances de cette civilisation, où hommes et dieux sont présents et parfois se mêlent en créatures surnaturelles. Nombre des objets retrouvés sont, en effet, des offrandes faites aux forces surnaturelles liées à l’eau et à la montagne, certains très bien conservées, comme des haches de pierre, des balles de caoutchouc, des céramiques ou des statues, le tout mêlé à des restes d’enfants humains.

Cette exposition nous rappelle que nous avons encore énormément à découvrir sur les civilisations qui nous ont précédées. Même si les chercheurs possèdent des clés pour interpréter leurs trouvailles, le mystère reste encore épais, et une petite découverte pourrait aussi bien remettre en question tout ce que nous pensions savoir. En attendant, nous ne pouvons que profiter de la beauté des indices qui nous sont laissés, et c’est déjà beaucoup.

Les Olmèques et les cultures du golfe du Mexique
Du 9 octobre 2020 au 25 juillet 2021
Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, Paris

Visuels : 1-affiche de l’exposition / 2- Cabeza Colosal Monumento 4 – Origine : San Lorenzo Tenochtitlan, Texistepec, Veracruz – Museo de Antropología de Xalapa – Universidad Veracruzana,
Xalapa, État du Veracruz, Mexique © Catálogo Digital Museo de Antropología de Xalapa. Universidad Veracruzana, D.R. Secretaría de Cultura-INAH / 3- Lápida con bajorelieve – Huilocintla, Veracruz © D.R. Secretaría de Cultura-INAH / Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología-INAH-CANON / 4- Escultura en bulto de una mujer arrodillada – Tuxpan, Veracruz © D.R. Secretaría de Cultura-INAH / Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología- INAH-CANON / 5- Escultura femenina – Tamtoc, San Luis Potosí © D.R. Secretaría de Cultura-INAH / Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología INAH-CANON / Colección Zona Arqueológica de Tamtoc
Reproduction autorisée par Instituto Nacional de Antropología e Historia, México – Photographe : Sergio A. Ortiz Suarez

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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