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« L’eau dessinée », des bulles d’encre dans l’eau

« L’eau dessinée », des bulles d’encre dans l’eau

03 février 2020 | PAR Laetitia Larralde

Comme une préface à l’année de la bande dessinée, la Fondation François Schneider de Wattwiller met le 9ème art à l’honneur avec une exposition questionnant le rapport de l’eau et de la bande dessinée. Embarquez pour une croisière entre piscines et fonds marins.

Le Centre d’Art Contemporain de la Fondation François Schneider, situé dans le parc naturel des Ballons des Vosges, est entièrement tourné vers le thème de l’eau. Installé dans l’ancien atelier d’embouteillage de l’eau de Wattwiller depuis 2013, il explore ce sujet aux ramifications infinies et invite les artistes contemporains à faire de même. En collaboration avec la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême, l’exposition L’eau dessinée observe la bande dessinée et l’illustration via le prisme de l’eau.

Dès la première salle, une grande vague de papier nous entraîne. Conçue par l’Atelier Lucie Lom, la scénographie de l’exposition nous fait descendre dans les profondeurs de l’eau. Une fente dans la première cloison nous laisse apercevoir la vague du dessus avant de passer sous la surface et de suivre le courant tourbillonnant jusqu’au sous-sol. Là, de grandes voiles ondulent dans une atmosphère rappelant à la fois celle des termes et ce que l’on pourrait imaginer d’une grotte protégeant la source d’une rivière. Plus on plonge et plus la lumière diminue, et plus le rapport entre l’homme et l’eau devient intime.

Tantôt protagoniste à part entière comme dans In waves de AJ Dungo, tantôt élément du décor, l’eau est une matière changeante, à la fois source de vie et de destruction. Domestiquée dans la piscine de Lucas Hariri ou déchaînée dans les océans de Jens Harder, l’eau n’a jamais la même forme, le même aspect. Sa fluidité et son mouvement, sa transparence et sa couleur changeante, palpable mais fuyante, sa nature même en fait un défi de représentation de l’envergure de celui de représenter la lumière. Chaque artiste a ici sa propre façon de retranscrire sa vision de l’eau et de symboliser son mouvement, avec une variété de techniques qui rappellent que l’eau est également un outil de création artistique.

L’exposition se découpe en quatre chapitres, dans lesquels le thème principal est abordé sous différents angles. En plus de la technique de représentation elle-même, on parle environnement et écologie, aventures de marins, de pirates et d’îles fantastiques, légendes de la littérature et lien de l’homme à l’eau, entre drame et intimité.
Outre le fond, c’est aussi la forme de la bande dessinée qui est mise en lumière. Chaque salle a ses planches où l’on peut voir les différents états de fabrication d’un album, comme ce grand pêle-mêle autour de la bande dessinée documentaire Les Algues vertes qui juxtapose recherches graphiques, esquisses au crayon, mises en couleur, story-board et scénario. Le visiteur appréhende en un coup d’œil la somme de travail nécessaire à la production d’un album.

L’eau dessinée ne se cantonne pas aux murs du Centre d’Art : elle déborde dans la région et s’installe avec des expositions monographiques dans les médiathèques, s’allie au festival Bédéciné, et offre un de ses murs aux étudiants de la HEAR (Haute Ecole des Arts du Rhin) et des écrans aux étudiants de l’EMCA d’Angoulême. Cette jeune génération dialogue avec un siècle de création de bande dessinée, majoritairement européenne, des premiers illustrés aux récents romans graphiques.

Avec plus de deux cents documents présentés, dont certains de grands noms comme Schuiten, Pratt, Moebius ou encore Bourgeon, L’eau dessinée offre un panorama très large de la question de l’eau et la bande dessinée. Si on pressent que chacun des thèmes abordés pourrait faire l’objet d’une exposition à lui seul tant le sujet est riche, l’exposition ravira connaisseurs et néophytes de tous âges. Car après tout, quoi de plus naturel que de voir des bulles dans l’eau ?

L’eau dessinée
Du 26 octobre 2019 au 29 mars 2020
Fondation François Schneider – Wattwiller

Visuels : 1- Fondation François Schneider, vue de l’exposition L’eau dessinée. Scénographie Lucie Lom_panorama © Steeve Constanty / 2- Lucas Harari, L’aimant, Sérigraphie 50 x 50 cm © Lucas Harari, édition Sarbacane / 3- Marine Rivoal, A moi !, © Marine Rivoal, éditions Rouergue / 4- Marine Blandin, Fables Nautiques (p66) © Marine Blandin, éditions Delcourt / 5- Isaac Wens et Sylvain Venayre, A la recherche de Moby Dick (T1, p186) © Isaac Wens et Sylvain Venayre, édition Futuropolis

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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