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« L’Allemagne romantique » au Petit Palais se focalise en couleurs sur l’Allemagne

« L’Allemagne romantique » au Petit Palais se focalise en couleurs sur l’Allemagne

25 mai 2019 | PAR Yuliya Tsutserova

Des profondeurs du Petit Palais jaillit la source irrépressible des eaux vives romantiques : l’imagination plastique et poétique de l’Allemagne, préservée par Goethe sousforme d’une collection des dessins destinée au Grand-Duc de Saxe-Weimar-Eisenach. Grâce à la collaboration de Hermann MILDENBERGER, Professeur et conservateur au Klassik Stiftung Weimar, avec Gaëlle RIO, directrice du Musée de la vie romantique, et Christophe LERIBAULT, directeur du Petit Palais, cette merveille de la créativité et du jugement ésthéthique est présentée au public parisien pour la première fois.

 

À ne pas manquer : la conférence du Prof. Dr. Mildenberger intitulée « Goethe – le poète comme conservateur et dessinateur. La collection des dessins à Weimar » le 3 juillet au Petit Palais.

Une scénographie inspirée des « Conversations de Goethe avec Eckermann » réalise une vision d’une série des salons s’ouvrant l’un sur l’autre : des cellules intimes et mystérieuses de réflexion, mais aussi des maillons chronologiques et stylistiques. Et juste au seuil, la première révélation : toute une sélection des dessins du « Suisse sauvage » Johann Heinrich FÜSSLI, auteur de l’inoubliable Cauchemar (1781). Ses Avant-bras croisés (1779-1779) est un modèle d’hachure immaculée, avec une géométrie des volumes de précision quasi-scientifique à laquelle se joint la grâce, la sensualité, et la fragilité maniéristes. Raphaél dessinant les projets de ses fresques du Vatican, sa bien-aimée endormie à l’arriére-plan (1778) et Hagen tue le passeur (1805) sont des études de modélisation en champs d’encre grise, dont la première rappelle la formation italienne de Füssli et sa fascination avec les sculptures antiques et l’œuvre athlétique du Michel-Ange, pendant que la deuxième évoque le drame de la lumière de Milton. Quelques portraits, parmi lesquels celui de Martha Hess (1778-1779) témoignent d’un intérêt discret à la vie intellectuelle et émotionnelle dissimulée, les sujets en profil aux yeux légèrement détournés et abaissées.

Les esquisses de Philipp Otto RUNGE pour les Heures du jour sont très importantes pour reconstituer cette œuvre majeure dans l’histoire de la réflexion sur la symbolique des couleurs et la métaphysique de la lumière. Deux dessins de Caspar David FRIEDRICH ont également une place de choix dans l’exposition, mais ne sont pas en soi extraordinairement marquants pour les connaisseurs de son œuvre. En paysage, c’est les bleus-verts printaniers de Franz HORNY (1798-1824), Friedrich Philipp REINHOLD (1779-1840) et Friedrich PRELLER L’ANCIEN (1804-1878) qui captent toute la spontanéité et l’imprévisibilité de l’anomalie de forme naturelle végétale, la vérité romantique par excellence.

Reste à mentionner les Cinq cerfs avec couronnes de feuilles (1818) du « nazaréen » Julius Schnorr VON CAROLSFELD, qui évoquent toute le symbolisme apocalyptique animal d’Albrecht Dürer : parmi les cinq, certains sont aveugles, d’autres tirent la langue comme des cadavres de pendus, la peau d’autres rappelle les métamorphoses nordiques. Pour terminer, un Portrait d’un jeune homme (1817) par le même von Carolsfeld, exécuté en sfumato vaporeux, évoque les dessins inégalés de Clouet.

Visuels : © Yuliya Tsutserova

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