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« L’Âge d’or de la peinture danoise » au Petit Palais : un panorama complet

« L’Âge d’or de la peinture danoise » au Petit Palais : un panorama complet

21 septembre 2020 | PAR Géraldine Bretault

L’exposition du Petit Palais faisait partie des orphelines du confinement, dont les portes n’avaient pu ouvrir au public au printemps dernier. Dans une vidéo diffusée en avril dernier, le directeur du lieu Christophe Leribault faisait part de sa frustration, alors que le musée avait déjà reçu toutes les caisses contenant les œuvres de prêteurs. Les portes ouvrent enfin, et cette fois, L’Âge d’or de la peinture danoise (1801-1864) n’attend plus que vous.

Trente cinq ans. C’est le temps qui s’est écoulé depuis la dernière rétrospective sur ce sujet, de l’autre côté de l’Avenue Winston Churchill, au Grand Palais, en 1984. Depuis, les tableaux ont pris de la valeur, les historiens de l’art ont multiplié les travaux et cette période est désormais mieux connue et documentée. Un collectionneur avait montré ses possessions au MuMA du Havre et à la Piscine de Roubaix en 2014, mais sa collection a été dispersée depuis. Le Petit Palais s’est quant à lui choisi des partenaires d’envergure : le Statens Museum for Kunst de Copenhague et le Nationalmuseum de Stockholm

Bien souvent, c’est le recul du temps qui permet d’affirmer qu’une période révolue fut un Âge d’or. L’histoire nous apprend que ces épisodes florissants sur le plan artistique et scientifique ne coïncident pas nécessairement avec une période d’apogée politique et économique. En effet, le Danemark connaît une histoire agitée au début du 19e siècle. Copenhague est bombardée par les Anglais en 1807, le pays est même déclaré en faillite en 1813, et se voit mutilé des deux duchés du Schleswig et du Holstein suite à sa défaite face à la Prusse en 1864.

Pourtant, les prémices d’un renouveau artistique s’annoncent en la figure de Christoffer Eckersberg. Un séjour à Paris dans l’atelier de Jacques-Louis David lui fera découvrir l’attrait du modèle vivant, de sorte que, devenu professeur à l’Académie royale des beaux-arts du Danemark, il y mènera une importante réforme de l’enseignement. Les pochades qu’il rapporte de son séjour en Italie sont autant de modèles pour ses élèves qui s’initie aux rudiments de la peinture de plein air, alors en essor dans toute l’Europe. 

La fraternité de cette génération d’artistes est très bien racontée à travers le parcours cohérent de l’exposition, entre influences mutuelles, rapports entre peintres et sculpteurs, émulation et travail sur le même motif. On comprend également que la bourgeoisie qui achète ces oeuvres y voit des oeuvres décoratifs à son image, ce qui explique les formats plutôt modestes, par comparaison avec les grands formats religieux ou mythologiques d’ordinaire mis en avant par les Académies.

Comme toujours au Petit Palais, la scénographie est soignée, bien que les mesures sanitaires aient imposé la suppression des dispositifs interactifs dont le musée est d’ordinaire coutumier. Une ou deux animations illustrent les choix des artistes en matière de cadrage. Enfin, un atelier reconstitué permet aux visiteurs, au mitan du parcours, de s’initier au dessin avec une fenêtre à perspective. Le catalogue contient par ailleurs de nombreux essais éclairés abordant des questions pratiques et historiques.

Il est à souligner que la figure internationalement reconnue de Wilhelm Hammershøi, célébrée l’an passé au Musée Jacquemart-André, est postérieure à la période retenue et ne figure pas dans l’exposition.

Peut-on en fin de compte bel et bien parler d’un Âge d’or de la peinture danoise ? Disons que l’exposition présente le grand intérêt de reconstituer une scène artistique éloignée du système académique français, et de permettre des comparaisons fructueuses, à l’instar de l’exposition récente au Musée du Luxembourg sur l‘Âge d’or de la peinture anglaise. Par ailleurs, la vision idyllique que proposent les artistes de Copenhague, des territoires du Jutland et de l’île de Fionie, ainsi que de quelques paysages de Scandinavie signent l’éveil d’un nationalisme au diapason avec le romantisme national qui embrase l’Europe. Néanmoins, sur le plan pictural, force est de constater que derrière la personnalité écrasante de Eckersberg, ses contemporains peinent à se démarquer, par manque de souffle dans leur travail. On retiendra plutôt une peinture appliquée, minutieuse, somme toute pompière.

 

Visuels

Constantin Hansen, Petite fille, Elise Købke, avec une tasse, 1850. Huile sur toile. Copenhague, Statens Museum for Kunst© SMK Photo/Jakob Skou-Hansen

Christoffer Wilhelm Eckersberg, Vue a? travers trois arches du troi- sie?me e?tage du Colise?e, 1815. Copenhague, Statens Museum for Kunst © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen

Signe et Henriette Hansen, sœurs de l’artiste, 1826, Huile sur toile, 65,5 TM 56 [email protected], Statens Museum for Kunst.

Peter Christian Skovgaard, Champ d’avoine a? Vejby, 1843. Huile sur toile. Copenhague, Statens Museum for Kunst © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen

Christen Købke (1810-1848), Vue de Dosseringen, 1838. Huile sur toile, 53 x 71,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen

Infos pratiques

Musée national Fernand Léger de Biot
Musée d’Ethnographie de Bordeaux 2
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