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La forêt escargot : une immersion dans un univers singulier dédié au Street Art

La forêt escargot : une immersion dans un univers singulier dédié au Street Art

04 juin 2019 | PAR Magali Sautreuil

Une forêt d’installations artistiques à l’intérieur d’un escargot ?! Une idée à la fois étrange et séduisante, imaginée par l’association Inzouk et, derrière elle, Hadrien Bernard, alias Anis, artiste et créateur d’événements d’art urbain. Intrigués par ce projet, nous sommes allés à la rencontre d’Hadrien et de sa collaboratrice Marie Ségura et le moins que l’on puisse dire, c’est que nous n’avons été déçus du voyage.

Visuel provisoire.

Toute la Culture : « Comment vous est venue l’idée de la forêt escargot ? »

Marie Ségura : « L’idée remonte à la Réserve Malakoff, une exposition d’art urbain organisée en 2016 par Hadrien, accueillie très favorablement à la fois par la presse et par le public (Plus de 50000 visiteurs ont pu la découvrir). Dès cette époque, Hadrien a commencé à réfléchir à un nouveau concept d’exposition. Plutôt que de déambuler dans une galerie où chacun exposerait son travail individuel, il souhaitait que les artistes travaillent ensemble, que les œuvres soient mélangées… Il a alors songé assez rapidement à un escargot, sans savoir comment le réaliser techniquement. Il a ensuite échangé avec les artistes, afin de savoir si l’idée leur plaisait et s’ils aimeraient bosser en synergie. Au fil des rencontres, le projet a maturé… »

Hadrien Bernard : « La forêt escargot s’inscrit dans la continuité de la Réserve Malakoff. Je voulais donner une forme globale au lieu d’exposition, fruit d’un travail commun. Je souhaitais magnifier le caractère collectif. L’art est pour moi un éternel recommencement. D’ailleurs, sur la coquille de l’escargot, figure le signe de l’infini. »

Toute la Culture : « Le choix du nom du projet n’est pas anodin et traduit une certaine sensibilité environnementale. En quoi s’inscrit-il dans une démarche écoresponsable ? »

Marie Ségura : « On se connaît depuis très longtemps avec Hadrien. Jusqu’en 2018, j’étais cheffe de projet développement durable pour le BHV Marais. C’est pourquoi j’ai souhaité que le projet s’intègre dans une démarche écoresponsable. L’escargot est alors devenu la forêt escargot, une forêt d’installations artistiques à l’intérieur d’un escargot. À l’instar de cet animal qui vit en osmose avec la forêt, le projet a été pensé dans le respect de l’environnement. Les artistes se sont tous pliés à l’exercice en utilisant des matériaux issus du recyclage et de la récupération pour réaliser leurs œuvres. Toutes les chutes des matériaux sont regroupées pour potentiellement être réutilisées par d’autres artistes. Grâce à nos partenariats avec la déchetterie de Veolia et CoRecyclage, premier service de recyclage collaboratif, nous avons pu récupérer près de sept tonnes de bois, des plaques d’alu Dibond, des phares de voiture, des jouets, du polystyrène… Nous recyclons même les billes et poudre de polystyrène, qui nous servent à rembourrer l’énorme fauteuil panda de Doudou. Les matériaux que nous avons récupérés nous ont également permis d’équiper nos bureaux. »

Découpe de l’araignée en polystyrène (© Chloé Coislier).

Toute la Culture : « De l’extérieur, à quoi va ressembler l’escargot ? »

Hadrien Bernard : « Il s’agit d’un escargot géant de 350 m2, 35 mètres de long, 18 mètres de large et 9 mètres de haut, qui sera composé de 23 installations au total, dont certaines seront à l’extérieur. Côté rue, l’escargot sera orné d’une couronne dorée réalisée par Hakic, la tête décorée par Snez, la queue habillée par Évazésir et la coquille peinte par Michael Beerens, surmontée par une sculpture de Jibé. Le public rentrera par la tête et sortira par la queue de l’escargot. »

Marie Ségura : « La coquille sera constituée d’un dôme géodésique et le ventre de l’escargot sera bardé de bois. »

Toute la Culture : « Comment avez-vous conçu la forêt que l’escargot abrite ? »

Marie Ségura : « Sur le pourtour de l’escargot, nous avons déterminé un espace galerie pour que les artistes puissent exposer leurs œuvres. L’accrochage sera renouvelé régulièrement pendant toute la durée de l’exposition et il y aura des vernissages réguliers à Malakoff. Le dôme sera recouvert d’une bâche, à laquelle seront suspendus des animaux… Des panneaux directionnels et des éléments naturels (arbres, souches…) donneront l’impression d’une promenade en forêt qui, au détour d’un sentier, permettra au public de découvrir les installations, les artistes et des choses plus mystiques, comme le totem aux allures animales de Nosbé. Il est constitué de plusieurs éléments détournés, qui ne seront pas forcément identifiables, mais le public peut s’amuser à essayer de les reconnaître. »

Hadrien Bernard : « Afin de renforcer l’aspect naturel de la forêt, des feuilles mortes, de la terre, de la végétation… seront placées autour des installations. Des araignées géantes de 4 mètres, réalisées par Swar, seront suspendues au dôme. Le public aura la possibilité de rentrer dans une souche d’arbre. Wayne en a réalisée une avec un intérieur sphérique. Il y a également de nombreuses œuvres interactives. »

Marie Ségura : En effet, par exemple, au niveau de la tête, Snez, un des artistes, est en train de fabriquer un cockpit. Le visiteur aura ainsi le sentiment de pouvoir piloter l’escargot. Chaque œuvre reflète la personnalité de l’artiste. Certaines sont poétiques, d’autres plus engagées. »  

Croquis, dont le cockpit (© Magali Sautreuil).

Hadrien Bernard : « Vinie a réalisé une femme à la chevelure composée de feuillage, qui représente la nature, tandis que Sly2 a créé une magnifique souche d’arbre, surmontée d’une flamme et d’une tête de mort, pour symboliser la destruction de la forêt. »

Tête de mort (© Magali Sautreuil).

Marie Ségura : « Le public déambule ainsi dans une forêt, tout en se questionnant sur notre environnement et le devenir de nos déchets, ainsi que de nos objets en fin de vie… L’engagement des artistes est total, malgré les contraintes. Certains avaient déjà travaillé sur des œuvres en volume et d’autres non. Difficulté supplémentaire, il fallait que leurs œuvres soient entièrement modulables, afin de pouvoir être démontées, remontées et transportées, sans oublier qu’elles devaient intégrer des matériaux recyclés. Et tout ça, en conservant leur style. Bojan, dont l’univers est très proche de celui de Basquiat, s’est ainsi frotté pour la première fois à la soudure et au travail du métal, afin de restituer (avec succès) ses personnages en 3D. »

Toute la Culture : « L’entrée sera-t-elle payante ? Avez-vous prévu des animations ? »

Marie Ségura : « Le projet étant autofinancé, l’entrée sera payante, mais restera abordable (5 euros pour les adultes, 3 euros pour les moins de 12 ans et gratuit pour les scolaires). Ceux qui le souhaitent pourront repartir avec le livre d’exposition dédicacé par les artistes. La privatisation de l’escargot pourrait être envisageable, sur demande. »

Hadrien Bernard : « Toute la base de l’escargot sera bardée de bois et fera office de mur d’expression libre. Des ateliers et des visites guidées tout public seront organisés, ainsi que des événements artistiques. »

Toute la Culture : « La forêt escargot est une exposition itinérante. Connaissez-vous déjà les villes qui l’accueilleront ? »

Hadrien Bernard : « La première aura lieu cet été à Paris, place de la Bataille de Stalingrad, puis à Malakoff, sur la place du 11 Novembre, fin janvier 2020. Dans l’idéal, nous aimerions ensuite voyager avec l’escargot jusqu’au 1erjanvier 2021, dans toute la France. »

Marie Ségura : « Nous souhaiterions travailler avec les artistes locaux, les faire intervenir dans l’escargot, lors de performances…, mais tout ceci reste encore à définir avec les villes d’accueil. »

La forêt escargot, ouvert de 13h à 20h, sept jours sur sept, à Paris, sur la place de la Bataille de Stalingrad, du 12 juillet au 10 septembre 2019, puis à Malakoff, place du 11 novembre, du 18 janvier au 30 avril 2020.

22 artistes à voir et à découvrir : Anis (Facebook/Instagram), Michael Beerens (Site Internet/Facebook/Instagram), Bojan (Galerie virtuelle/Facebook/Instagram), Djalouz (Facebook/Instagram), Doudou’Style (Facebook/Instagram), Évazésir (Site Internet/Facebook/Instagram), FKDL (Site Internet/Facebook/Instagram), Hakic (Instagram), Iza Zaro (Site Internet/Facebook/Instagram), Jibé (Facebook/Instagram), Mademoiselle Maurice (Site Internet/Facebook/Instagram), Mosko (Site Internet/Facebook/Instagram), Nosbé (Site Internet/Facebook/Instagram), Photograffee (Site Internet/Instagram), Réaone (Site Internet/Facebook/Instagram), Shaka (Site Internet/Facebook/Instagram), Sly2 (Site Internet/Facebook/Instagram), Snez (Instagram), Stoul (Site Internet/Facebook/Instagram), Swar (Site Internet/Instagram), Vinie (Site Internet/Facebook/Instagram) et Wayne (Instagram).?

Suivez l’aventure de La forêt escargot sur Internet (ici), Facebook (ici) et Instagram (ici).

Visuels : Chloé Coislier / Magali Sautreuil

 

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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