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Jômon, à la source de l’art japonais

Jômon, à la source de l’art japonais

24 octobre 2018 | PAR Laetitia Larralde

La Maison de la Culture du Japon à Paris expose, dans le cadre de Japonismes 2018, les trésors de l’art préhistorique du Japon. Partez à la découverte des origines de l’esthétique japonaise.

L’exposition est relativement courte, mais recèle des chefs d’œuvre. Sur les soixante-quatre pièces exposées, six sont Trésors nationaux, soit la totalité des Trésors nationaux de la période Jômon, et trente-trois Biens culturels importants. Nous sommes donc en présence d’une sélection des plus belles pièces représentatives de la production de cette longue période.
L’époque Jômon a duré environ 10 000 ans, commençant en -13 000 avant notre ère, ce qui correspond au Néolithique dans la chronologie mondiale. Cette période, marquée par un réchauffement climatique, a permis le développement et la sédentarisation des populations, vivant essentiellement de la chasse et de la cueillette. C’est une période sans trace de conflits qui semble avoir facilité une vie sereine en lien avec la nature, et ainsi le développement de la poterie.

L’époque Jômon est trop ancienne et trop peu documentée pour que l’on puisse connaître avec exactitude le mode de vie, les croyances ou le quotidien des hommes de l’époque. Les objets retrouvés permettent des extrapolations, des hypothèses, mais force est de constater que le mystère est à peine écorné par les découvertes actuelles. De nombreuses statuettes anthropomorphes en argile, les dogû, viennent nous éclairer sur les croyances et rites Jômon. La plupart du temps féminines, les dogû devaient être des symboles de fertilité tant au niveau humain que pour la nourriture. Les silhouettes oscillent entre rondeur opulente et angles plus aigus, certaines portant des masques, d’autres des motifs géométriques pouvant indiquer une tradition de tatouages. Toutes sont une matérialisation de la conscience et de la sensibilité des artistes de l’époque, et leur lecture, leur approche, est étonnement facile. En effet, bien que ces statuettes proviennent d’une civilisation très éloignée de la nôtre, les formes, les motifs et les sujets font appel à des éléments tellement primitifs qu’elles en deviennent universelles. Par exemple, la figurine dite « à lunettes de neige » tire son nom de la forme de ses yeux, très grands et globuleux rappelant les lunettes Inuits pour se protéger de la réverbération de la neige, la « figurine creuse » porte des motifs faisant penser aux tatouages maoris, et les Vénus aux fessiers opulents ont un lien fort avec celles trouvées en Europe. De même pour les parures d’oreille en terre cuite qui étonnent tant l’objet est universel et se retrouve sur tous les continents, montrant une communauté de pratique et de création alors qu’il n’y avait pas de communication entre les différents peuples.

La particularité des poteries Jômon réside dans ses motifs très travaillés. Au début créés par des traces d’ongles, de coquillage, ou l’application de cordes, ils ont évolué avec la technique de l’application d’argile, pour arriver au motif de flammes ou crêtes de coq de jarres aux dimensions et à la qualité impressionnantes. Il semblerait que la prévalence de l’aspect décoratif sur la fonction de l’objet soit également une caractéristique de ce type de poterie. Les formes sont épurées et frisent l’abstraction. Pourrait-on penser que les artisans Jômon avaient la même pratique d’observation poussée du sujet des artistes d’ukiyo-e qui permettait de saisir l’essence du modèle ?
On peut noter que les objets du quotidien ont eux aussi droit à une attention esthétique marquée. Tout d’abord utilisées uniquement pour la cuisson des aliments, les poteries sont ensuite devenues des objets cérémoniels, les motifs des uns se retrouvant sur les autres et chacun profitant des nouvelles techniques décoratives comme la laque par exemple. La beauté se retrouve du quotidien au sacré, dans le sens du détail, du motif, de la matière.

L’esthétique Jômon est surprenante de modernité, tant dans ses motifs que dans ses volumes. Certains créateurs contemporains s’en inspirent, comme le designer Anrealage qui a repris les motifs de corde pour en faire des robes. N’est-ce pas le signe que la simplicité, l’épure, la forme essentielle, transcendent les modes et les époques, offrant un vocabulaire esthétique de base commun à tous ?
Jômon ne traite pas uniquement de la naissance de l’esthétique japonaise, elle évoque le creuset artistique universel de l’humanité.

Jômon – naissance de l’art dans le Japon préhistorique
Du 17 octobre au 8 décembre 2018
Maison de la culture du Japon à Paris

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Visuels : 1- affiche de l’exposition / 2- Figurine à « lunettes de neige », photo Yusuke Fujise / 3- Poterie en forme de flamme, photo Yusuke Fujise / 4-Figurine dite « Vénus Jômon » / 5- Figurine de sanglier, photo Tadahiro Ogawa

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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