Expos
Les images de l’enfance japonaise à l’ère Meiji

Les images de l’enfance japonaise à l’ère Meiji

05 avril 2022 | PAR Laetitia Larralde

La Maison de la culture du Japon nous présente une fois de plus une exposition d’estampes japonaises magnifiques, sur un thème original : l’enfance à l’ère Meiji. Promenade au paradis des enfants.

Au Japon, l’ère Meiji (1868-1912) est une période de transformations intenses dans de nombreux domaines. Avec la réouverture du pays, la mise en place de nouvelles routes commerciales avec l’étranger et la fin du système shogunal, le Japon tout entier travaille à sa modernisation, sur le modèle occidental. Impulsées par l’empereur Meiji et les élites dirigeantes, ces mutations touchent la politique, l’industrie, la société, la mode, la culture… le tout à grande vitesse, pour arriver rapidement au niveau des grandes puissances occidentales et pouvoir traiter d’égal à égal.

L’exposition se divise en deux grandes sections : les estampes destinées aux enfants et celles ayant l’enfance pour sujet. En guise de prologue, une série d’estampes pose le contexte. Toutes font l’apologie de la modernité : l’arrivée du chemin de fer, l’architecture en brique ou en pierre, la promulgation de la Constitution ou encore les vêtements à l’occidentale. Elles présentent un monde idéalisé dont la figure de proue est l’empereur Meiji. Car toutes ces transformations ne se sont pas faites du jour au lendemain. Elles ont commencé dans les sphères dirigeantes pour ensuite se diffuser dans toute la société, créant ainsi une cohabitation entre la tradition et la modernité.

L’éducation est une question primordiale dans la modernisation du pays, afin de former les jeunes générations à ce mode de vie si différent de celui de leurs parents. Le système scolaire, jusque-là constitué de cours individuels orientés selon la profession visée pour l’enfant, est réformé. L’école devient obligatoire pour tous, filles et garçons, les cours sont collectifs, et de nouvelles matières telles que l’anglais apparaissent dans un programme défini. Les estampes sont utilisées comme supports d’apprentissage, tant sous forme de planches murales pour l’école qu’en petits formats vendus en boutique. Ces zukushi-e (estampes regroupant sur une même feuille des plantes, animaux, vocabulaire anglais ou tout sujet d’une même nature) étaient diffusés à très grande échelle et n’excluaient pas une touche de fantaisie, comme cette sirène sur la planche regroupant des poissons.

Mais les enfants préféraient sûrement acheter en même temps que quelques bonbons les images-jouets. On note ici une similitude avec les estampes d’Epinal : à plusieurs milliers de kilomètres se développaient à peu près en même temps des images populaires en couleurs gravées sur bois et diffusées largement à destination des enfants, pour leur éducation morale et sociale, ou leur amusement. On s’amuse devant des poupées à découper et à habiller, des contes, des jeux de plateau ou des objets à construire. Pour enseigner le savoir-vivre, on retrouve fréquemment des chats et des souris, comme par exemple sur les estampes qui montrent comment se comporter au bain public.

Les estampes sur le thème de l’enfance (kodomo-e) regroupent le travail de quatre maîtres de l’époque Meiji : Yôshû Chikanobu, Ogata Gekkô, Miyagawa Shuntei et Yamamoto Shôun. Cet ensemble d’estampes à la technique exceptionnelle montre jusqu’à quel niveau de raffinement les artistes pouvaient arriver. Les traits sont le la finesse d’un cil, le relief du visage ou des pages d’un livre sont marqué par un gaufrage du papier, les aplats en dégradé donnent de la profondeur au paysage : l’art de l’estampe est ici impeccablement maîtrisé. Notons que la qualité n’est pas la même pour les images à large diffusion, mais que dans les deux, de nouvelles couleurs apparaissent. En effet, si le bleu indigo était la marque de l’époque d’Hokusai, à l’ère Meiji c’est le rouge qui tient une place de choix dans la composition des images.

Les quelques 140 pièces exposées ici, en grande partie inédites en France, proviennent du Machida City Museum of Graphic Arts et du Kumon Institute of Education, deux importantes collections japonaises. Et par elles, nous découvrons Georges Bigot, artiste français arrivé en 1882 au Japon et qui y vécut 17 ans. Avec une quinzaine d’eaux-fortes, il apporte un regard extérieur sur la transformation du Japon, entre nostalgie de l’époque Edo et fascination pour son sujet.

Pour compléter votre visite, la MCJP propose des conférences et des ateliers pour les enfants tels que la fabrication de cerf-volant, du kamishibai (théâtre de papier) ou une initiation à l’estampe. De plus, vous pourrez approfondir le sujet avec le livre Sur les routes d’un Japon rêvé qui compile et analyse les récits de voyage au Japon des premiers français à y être allés dès 1858. En se glissant dans leurs pas, nous découvrons leurs impressions, de la déception à l’émerveillement, et remarquons que 150 ans plus tard, nous n’avons pas beaucoup changé.

Les enfants de l’ère Meiji – A l’école de la modernité
Du 30 mars au 21 mai 2022
Maison de la culture du Japon à Paris

Visuels : 1- affiche de l’exposition / 2- Nouveauté : Insectes et autres petites bêtes (détail), Anonyme, 1894, Collection du Kumon Institute of Education / 3- Apprendre à lire l’anglais, Shôsai Ikkei, 1872, Collection du Kumon Institute of Education / 4- Poupées en papier avec leurs vêtements, Anonyme, Ère Meiji (?), Collection du Kumon Institute of Education / 5- Nouveauté : Kinoe-ne Onsen ou le Bain des souris, Utagawa Kunimasa IV, 1882, Collection du Kumon Institute of Education / 6- Vraies beautés, n° 20 : L’écriture, Yôshû Chikanobu, 1897 © Machida City Museum of Graphic Arts

Paramount et Gaumont ensemble pour produire des séries
Agenda cinéma de la semaine du 6 avril
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture