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Masayuki Harada nous parle de l’exposition Jômon à la Maison de la Culture du Japon à Paris.

Masayuki Harada nous parle de l’exposition Jômon à la Maison de la Culture du Japon à Paris.

18 octobre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Masayuki Harada est commissaire de l’exposition Jômon, qui se tient jusqu’au 8 décembre à la Maison de la Culture du Japon à Paris. Il est directeur de recherche spécialisé en archéologie de la section I du patrimoine culturel de l’Agence pour les affaires culturelles du Japon, et il accepté de répondre à nos questions

Jômon est donc une période de l’histoire, mais en quoi est-elle intéressante du point de vue de l’histoire de l’art ?
C’est l’apparition de la poterie qui marque l’entrée dans la période Jômon, il y a environ 13 000 ans. Ces poteries comptent parmi les plus anciennes au monde. Les décors à empreinte de cordes qui ont donné leur nom à cette période sont caractéristiques du Jômon initial. Mais les types de pièces, leurs formes et leurs motifs varient fortement d’une phase et d’une région à l’autre. Toutefois, la prévalence de l’aspect décoratif est typique des poteries Jômon. L’attachement à la forme et aux motifs prend ainsi parfois le pas sur le côté pratique. Les exemples les plus représentatifs sont les jarres en forme de flamme dont la lèvre est ornée d’imposantes saillies en crêtes de coq. Il existe également de nombreuses céramiques aux anses purement décoratives.
Les figurines en terre cuite dogû ont été fabriquées en grand nombre tout au long de la période Jômon. La forme de ces représentations anthropomorphes, essentiellement féminines, a elle aussi sensiblement évolué durant ces 10 000 ans. Ces figurines avaient sans doute diverses fonctions rituelles : protéger les femmes en couches, s’assurer de bonnes récoltes ou des chasses fructueuses, etc. Elles sont donc particulièrement importantes car elles témoignent de la sensibilité plastique et de la vie intérieure des sociétés de chasseurs-cueilleurs du Jômon.

D’où proviennent les collections ?

Les pièces présentées proviennent toutes de musées et institutions du Japon, parmi lesquels le Musée national de Tokyo, mais aussi de nombreux musées archéologiques de différents départements. Si les objets de la période Jômon du Musée national de Tokyo ne constituent qu’une partie de ses immenses collections, c’est souvent suite à la découverte de pièces Jômon sur leurs terres que des collectivités locales ont créé des musées archéologiques.
La majorité des objets réunit pour cette exposition ont été mis au jour sur des sites de l’est du Japon, où vivaient une grande partie des populations du Jômon.

Y verra–t-on des œuvres jamais ou peu montrées en France?

Hormis quelques pièces remarquables qui avaient déjà été présentées à l’exposition Jômon – L’art du Japon des origines organisée à la Maison de la culture du Japon à Paris en 1998, cette exposition réunit un grand nombre d’objets qui ont été découverts depuis et qui n’ont jamais été montrés en France.
Le plus représentatif est sans doute la figurine dite « Déesse masquée » mise au jour sur le site de Nakkapara, dans le département de Nagano. C’est cette statuette en terre cuite qui a été choisie pour l’affiche de l’exposition.
Les parures d’oreilles du site de Kuwano, dans le département de Fukui, sont elles aussi particulièrement intéressantes. Ces 39 anneaux sont faits à partir de roche tendre telle que la stéatite. Ils rivalisent par la beauté de leur éclat et de leurs coloris qui vont du blanc laiteux au brun. Elles datent du Jômon archaïque (7000 à 4000 avant notre ère), mais leurs formes parfaitement circulaires témoignent d’une grande maîtrise technique.
Beaucoup d’autres pièces sont exposées pour la première fois en France : plusieurs figurines dogû anthropomorphes et zoomorphes, des bijoux et des haches en jade vert poli, parmi les plus vieilles du monde.

A qui s’adresse cette exposition ?

Cette exposition s’adresse à un très large public : les passionnés d’histoire et d’archéologie, bien sûr, mais aussi les amateurs d’art, tous ceux que le Japon intéresse… Sans oublier le jeune public qui sera sans doute fasciné par les figurines de personnages et d’animaux. Ceux et celles qui avaient vu l’exposition de 1998 pourront constater que dans cette nouvelle exposition, le nombre de pièces classées « Trésor national » et « Bien culturel important » est plus important – respectivement 6 et 33, et que l’accent est davantage mis sur les objets liés à la vie quotidienne : vannerie, ustensiles pour la chasse et la pêche, récipients laqués…

Quel est son parcours ?

L’exposition réunit un grand nombre de poteries et de figurines dogû, mais aussi d’outils du quotidien et d’éléments de parure.
La première section de l’exposition présente l’évolution de la beauté plastique des poteries de la période Jômon. Les dix millénaires de cette évolution esthétique sont retracés à l’aide de pièces emblématiques. D’abord les pièces aux décors obtenus par impression de cordelette (qui ont donné son nom à la période Jômon), ou ornées d’empreintes d’ongles ou bien de sillons tracés avec des coquillages ; puis les poteries aux décors en relief exubérants, à commencer par les célèbres jarres « en forme de flamme » ; enfin les poteries recouvertes de compositions d’entrelacs.
La seconde section est consacrée aux objets liés aux croyances et au domaine spirituel. En premier lieu, les figurines en argile qui, tout au long de Jômon, représentent des femmes et auraient eu des fonctions rituelles liées à la grossesse ou aux récoltes. D’autres figurines et masques en terre nous renseignent sur les relations des hommes de Jômon avec l’au-delà, tandis que des représentations d’animaux et de scènes de chasse semblent elles aussi en rapport avec des croyances.
Enfin, la troisième section présente des bijoux et des outils évoquant la vie quotidienne des populations du Jômon : ustensiles de cuisine, hameçons, harpons, haches… Ces objets qui ont une véritable beauté fonctionnelle nous permettent de mieux comprendre les modes de vies de ces sociétés de chasseurs-cueilleurs de cette période.

Allez-vous utiliser l’art numérique au sein du parcours ?

Un audioguide permet de mieux apprécier quelques œuvres que j’ai choisies avec d’autres organisateurs de l’exposition.
Une vidéo a été spécialement réalisée pour cette exposition. Elle présente notamment l’environnement dans lequel les poteries Jômon ont été fabriquées. On y voit par exemple des images du grand site archéologique de Sannai Maruyama, dans le département d’Aomori, qui regroupait de nombreuses habitations semi-enterrées.
Dans l’Espace tactile situé à la fin de l’exposition, il est possible de toucher des répliques de deux figurines dogû et d’une célèbre poterie en forme de flamme, et donc de mieux prendre conscience de leurs volumes, de leurs décors en relief, de leur poids.

Visuel: Affiche

Informations pratiques

Exposition JÔMON du 17 oct au 8 décembre à la Maison de la Culture du Japon à Paris

Tout le programme ici.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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