Danse

Evol, les idoles de Claire Croizé manquent de rythme au Théâtre de la Bastille

Evol, les idoles de Claire Croizé manquent de rythme au Théâtre de la Bastille

18 octobre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

S’attaquer à Rilke et à Bowie, cela donne un programme très alléchant. Mais la chorégraphe belge offre un travail non abouti sur l’individualité du danseur.

Tout commence très bien. Le plateau est traversé en diagonale par une barre de néon verticale et au sol des plantes vertes en pot jalonnent l’espace. La lumière est pensée par Jan Maertens, et elle est très juste. Arrivent dans le silence les danseurs qui chacun vont transmettre leur héritage corporel. La première a la rage d’Hofesh Shechter  la seconde, la hauteur de vue de Carolyn Carlson. Puis un duo de garçons, Jason Respilieux et Youness Khoukhou  nous attrape, attachés l’un à l’autre, dépendant l’un de l’autre. Au cœur de leur mouvement, l’inspiration vient d’un poème de Rainer Maria Rilke, la première des Elégies de Duino qui commence ainsi :  « Qui, si je criais, m’entendrait donc, d’entre les ordres des anges ? »

Au casting, des interprètes très différents que se soit dans la forme ou dans le fond. Les gars, tous les deux formés à P.A.R.T.S n’ont pas pris les mêmes chemins. Alors que la vivacité et les flexions de Jason Respilieux prennent de l’envol, Youness Khoukhou travaille sur l’écrasement et la lourdeur de la douleur. Du côté des filles, Emmi Väisänen offre une danse bien exécutée mais sans aucune innovation, classiquement contemporaine. Claire Godsmark cherche elle la rage.

Puis arrivent en ligne de fond, les premières chanson de Bowie. Cela pourrait être génial et pourtant, les moments « pop » tombent à plat, emplis d’effet trop vus et revus comme cette incursion dans le public si utilisée, y compris sur la scène chorégraphique française, par Boris Charmatz notamment, dans 10 000 gestes. Il n’y a pas de problème à ne pas être neuf, mais les enjeux du spectacle ne trouvent pas réponse au plateau. Claire Croizé écrit dans le programme de salle : « La musique de Bowie est très populaire-Tout le monde à des souvenirs de ces chansons. Cela permet d’aller au delà du langage individuel des danseurs, de ramener ce qu’ils disent sur un terrain commun ». Pourtant les courses semblent lentes et les mouvements peu assurés. On a la sensation d’une création in situ qui mériterait d’être resserrée et poussée dans ses retranchements. L’effet est celui d’un clip pour Bowie, plaisant mais pas percutant.

Il y a des facilités ici, une tentation parfois de danser ensemble et de faire corps avec la musique, qui irritent par trop d’évidence. Heureusement le solo de Jason Respilieux viendra mettre tout le monde d’accord. On regrette que les quatre interprètes n’aient pas eu envie de s’ouvrir plus, de quitter la représentation pour atteindre ce que la chorégraphe cherchait au commencement : « un langage individuel ».

Visuel : © Herman Sorgeloo

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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