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Foujita, une âme en résonance entre France et Japon

Foujita, une âme en résonance entre France et Japon

22 janvier 2019 | PAR Laetitia Larralde

La Maison de la Culture du Japon à Paris propose une rétrospective concise de Foujita, pour l’une des dernières expositions de la saison Japonismes 2018.

Tsuguharu Léonard Foujita est essentiellement connu pour ses grands nus à la peau laiteuse des années folles et pour son attitude extravagante de l’époque. Limiter son œuvre à cette période est pourtant réducteur, car ses soixante ans de carrière et sa vie mouvementée ont vu plusieurs évolutions stylistiques notoires.
Après avoir été présentée à Tokyo et Kyoto, la grande rétrospective qui regroupait cent trente œuvres s’installe à Paris, dans des dimensions plus modestes. S’il ne reste plus que trente-six toiles, elles ont été sélectionnées avec soin, tant pour leurs qualités esthétiques et artistiques que pour leur potentiel représentatif de la carrière de Foujita, dans une présentation pensée pour le public français.

Deux grandes peintures réalisées pendant la seconde guerre mondiale, qui n’ont jamais quitté le Japon et par conséquent restent méconnues en France, sont présentées ici. Quand Foujita quitte la France au début des années 1930 et s’installe à Tokyo après deux ans de voyages, celui qui n’a pas encore fait carrière dans son pays d’origine devient peintre aux armées. Il part sur le front dès le début de la guerre contre la Chine et peint des scènes de guerre très grand format destinées à être montrées dans tout le Japon à des fins de propagande.
Les deux œuvres choisies ici, inspirées des peintures historiques telles que celles de Delacroix ou Géricault, représentent des défaites japonaises. Malgré ce point de vue ambivalent, ces peintures valurent à Foujita une accusation pour crime de guerre en 1946, dont il fut blanchi, et un ostracisme qui le poussa à repartir en France. Accrochées dans la salle adjacente à celle des grands nus, ces peintures offrent un contraste frappant. A la figure blanche et souvent seule s’oppose une accumulation de corps aux teintes sombres, peints par touches épaisses et non plus dans la délicatesse du fin trait de pinceau noir. Foujita n’est pas uniquement un peintre dandy, il prouve qu’il sait aborder avec le même sérieux une odalisque ou un bataillon en plein combat.

Hormis pour la commémoration des cinquante ans de sa mort, clore les expositions de Japonismes 2018 par Foujita est un choix symbolique : il représente l’alliance culturelle de la France et du Japon. Né au Japon et mort en France, naturalisé français et converti au catholicisme, son travail est le fruit d’une synthèse entre tradition extrême-orientale et européenne. Ses tableaux, bien que tous à l’huile, rappellent les estampes japonaises tant la matière est fine et donne une impression de transparence fragile. Ses contours fins comme des traits d’encre entourent des figures rappelant Manet ou Modigliani, créant à force d’un travail sans relâche un style très personnel fusionnant France et Japon. Le commissariat franco-japonais de l’exposition est l’ultime touche mettant en lumière l’un des résultats possible de l’alliance de ces deux cultures.

Cette rétrospective concise et précise, alliant œuvres célèbres et pièces rares, est à la fois une belle conclusion aux expositions de Japonismes 2018 et une piste de réflexion sur le futur des collaborations culturelles et artistiques entre la France et la Japon.

Foujita, œuvres d’une vie (1886-1968)
Maison de la culture du Japon à Paris
16 janvier – 16 mars 2019

Visuel : Foujita, Autoportrait, 1929, huile sur toile, 61×50.2 cm, The National Museum of Modern Art, Tokyo. © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2018

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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