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Erwin Wurm investit l’espace de la MEP, Gangao Lang celui du Studio

Erwin Wurm investit l’espace de la MEP, Gangao Lang celui du Studio

03 mars 2020 | PAR Zoé David Rigot

La première saison de l’année 2020 de la Maison Européenne de la Photographie ouvre ce mardi 4 mars avec la première exposition en France et dans le monde des oeuvres photographiques de l’artiste autrichien Erwin Wurm. Dans le Studio, espace réservé aux artistes émergents, c’est la lauréate du prix Dior pour la Photographie pour Jeunes Talents qui orne les murs de ses tirages grands formats.

Erwin Wurm, l’objet et le corps en sculpture

Erwin Wurm, artiste de renommée internationale, est né en Autriche au moment où les actionnistes viennois occupent majoritairement la scène artistique : on se souvient de leurs oeuvres performatives très provocantes, où le sang et la nudité giclent aux yeux du spectateur. Erwin Wurm, cependant, se démarque en ne gardant que des affinités avec la performance : en s’inspirant des traditions de l’art conceptuel, il associe la performance à l’art minimal en assemblant les corps et les objets quotidien, de manière à exploiter l’espace et les formes.

Cela faisait environ quinze ans que l’artiste n’avait pas travaillé la photographie. Intéressé par la performance depuis ses débuts artistiques, il possède beaucoup de traces photographiques et vidéos de ses expériences, performances et mises en scène. C’est à partir d’elles qu’il constitue et organise cette première rétrospective, qui présente ainsi un très large panel de son travail. On peut voir des photographies tirées de ses premières ‘mises en scène’ d’objet chez lui, qu’il a découpé et dont il a fait des collages, écrivant, dessinant, et peignant sur les tirages. On peut aussi le voir se filmer lui-même devenant la sculpture dans une des ses premières expériences conceptuelle, puis plus loin on peut observer la vidéo du projet Fabio Gets Dressed (1992), dans laquelle son ami enfile tous ses vêtements les uns sur les autres. Cela le mène à se poser quelques questions : quand je change de poids, je change de forme, est-ce que grossir est un acte sculptural ? Cela rappelle de Fat House, dont on peut aussi voir une vidéo dans l’exposition. Cette idée mène l’artiste à faire une série de photographies, 59 Positions, où ses amis investissent un vêtement en prenant des positions inattendues à l’intérieur du tissus. L’imaginaire de l’habit lui-même se trouve alors exploité : un buste se trouve dans une jambe de pantalon, les deux jambes humaines sortent de la manche opposée, sur une autre l’élastique des hanches révèle un dos…les formes changent, les volumes évoluent et jouent avec l’espace, la performance est une trame de sculptures, devenue myriade de photographies. Finalement, on devient soi-même une sculpture avec l’objet du quotidien qui nous accompagne. D’ailleurs, l’artiste et l’équipe de la MEP ont posé trois socles sur lesquels le visiteur peut devenir lui-même une sculpture, à l’image des oeuvres One Minute Sculptures qu’Erwin Wurm initie dans les années 1990. La relation à l’objet et au concept d’être soi-même sculpture est alors d’autant plus clair et mis à l’épreuve. L’objet devient le sujet de la photographie, l’humain en devient son socle.

L’humour et l’absurde aux questionnements des plus sérieux sont donc au devant de la scène avec cette nouvelle exposition, qui engage d’autant plus le spectateur dans son engagement dans le quotidien, dans sa relation aux objets ordinaires. Lorsqu’on entre dans le jardin de la MEP, on échange d’ailleurs quelques regards intrigués avec les abstracts sculptures (2018), créées d’après une oeuvre de 1994, Jakob/Jakob Fat.

Son questionnement profond, qui frôle la dérision avec un grand sérieux pourtant, peut rappeler l’humour de William Wegman avec, par exemple, la performance Stomach Song. 

 

Certains, et sans doute les plus jeunes, penseront peut-être aussi à Claude Ponti, qui détournent les objets du quotidien en s’amusant avec les échelles dans ses albums. En effet, cette exposition est très divertissante et stimulante, se révélant idéale pour tous les publics. Dans la Petite Galerie, le visiteurs peut en effet découvrir le livre de la femme d’Erwin Wurm, l’illustratrice et graphiste Élise Mougin-Wurm qui a décidé d’écrire sur la vie artistique de son mari avec Erwin Wurm, l’artiste qui ne voulait pas faire de sculpture. Il voulait être peintre, mais est devenu sculpteur ! Comment cela se fait-il ? Avec délicatesse et malice, elle explique avec de très belles illustrations les concepts qui ont mené Erwin à faire de telles expériences. C’est drôle et d’autant plus accessible, rendant aux objets les plus communs toutes leurs capacités créatives.

Après avoir descendu les marches du très lumineux escaliers en colimaçon de la MEP, on entre dans le Studio, qui comme souvent contient plus d’obscurité, un peu de mystère, en repli dans la petite salle très précieuse, émergent des couloirs. Là, on peut découvrir les lumières douces et secrètes d’une jeune artiste…

Gangao Lang, la beauté rouge du clair-obsur

Gangao Lang est une jeune artiste de 22 ans qui est née dans la province de Henan, en Chine. Elle étudie en ce moment au Shanghai Institute of Visual Arts, et participe l’année dernière à une exposition collective au Slime Engine Contemporary Art Space dans cette même ville. Comme chaque année, Dior récompense un jeune talent en partenariat avec l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, après avoir donné un thème. Lors du dernier prix en juillet 2019, les jeunes talents devaient répondre au thème Woman-Women faces, en ayant pour mots clés les mots beauté, féminité et couleur. Ce sont donc les photographies de la jeune chinoise gagnante que les visiteurs peuvent découvrir. Gangao Lang propose une série de portraits et de mises en scène de son amie Li Wanyue, qu’elle a retravaillé numériquement de manière à mettre en valeur les traits de sa sensibilité, soulignant ses émotions, imperceptibles dans une photographie objective. Avec une grande délicatesse, de la tendresse et un regard sensoriel pénétrable, elle ajoute des formes, des traits de lumières ou des couleurs translucides sur ses photographies. Parfois, ces formes sont de réelles sculptures de l’espace dans le lieu où pose son amie – un fil jaune cousu de part et d’autre -, tantôt les matières s’ajoutent à la chair, d’autre fois ce sont des figures digitales qui accompagnent les volumes et les lumières, jouant avec les couleurs.

Les photographies de cette jeune artiste sont très picturales, elles sont subtiles et ouatées de lumières, jouant avec des clairs-obscurs colorés et incarnent le titre de l’exposition qui lui est consacrée, Second-Self Introduction.

 

 

Plus d’infos ici.

Image d’en-tête : EW11 Outdoor Sculpture (Appenzell), 1998, C-print © Erwin Wurm.

Visuel Gangao Lang :

1. GL02 Sans titre, 2019 – Papier mat contrecollé sur Dibond © Gangao Lang for the Dior Photography Award for Young Talents.

2. GL03 Sans titre, 2019 – Papier mat contrecollé sur Dibond © Gangao Lang for the Dior Photography Award for Young Talents.

 

 

 

 

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