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Deux peintres discrets et proches de la nature à la Fondation Custodia

Deux peintres discrets et proches de la nature à la Fondation Custodia

10 décembre 2019 | PAR Bénédicte Gattère

Les expositions de la fondation de la rue de Lille sont toujours un vrai plaisir pour l’amateur, le curieux, le flâneur, l’amoureux des belles choses. Invariablement soignées dans leur scénographie, elles permettent souvent de véritables découvertes, comme c’est le cas des expositions actuelles.

Willem Bastiaan Tholen, impressionniste néerlandais

L’hôtel particulier qui abrite la collection Frits Lugt offre à chaque volet d’expositions  une déambulation en deux temps des plus agréables. Pour cette saison, la Fondation Custodia a choisi de mettre un coup de projecteur sur le peintre Willem Bastiaan Tholen, impressionniste néerlandais. Cette rétrospective donne à voir l’étendue de son talent, du portrait à la gravure en passant bien sûr par la peinture de plein air qui constitue la partie la plus conséquente de son œuvre. Peu connu par rapport à ses contemporains, Tholen ferait presque figure de peintre oublié. Pourtant ses marines et ses paysages, en nombre dans l’exposition, ont fait son succès. Le spectateur découvre avec étonnement tel ou tel cadrage, par exemple d’un embarcadère, audacieux pour l’époque. Les scènes de rue ou de la vie de campagne, pleines de vivacité, de lumière, invitent quant à elles à un agréable dépaysement. À l’œil, tout est neuf, car même pour un public averti, Tholen restait – jusqu’ici ! – méconnu en France. 

 « Servir l’histoire de l’art », voilà comment Ger Luijten définit la mission de la fondation qu’il dirige depuis 2010. Avec cette première exposition pensée en partenariat avec le Dordrechts Museum, elle remplit pleinement cet objectif en permettant la redécouverte de Tholen en France. Carnets de croquis et eaux-fortes offrent en outre l’opportunité de saisir la mesure de son talent de dessinateur et son sens du trait et de la composition.

Palézieux, graveur et dessinateur suisse

Parallèlement, le sous-sol de l’hôtel Lévis-Mirepoix met en lumière l’œuvre d’un graveur, remarquable par sa discrétion. Gérard de Palézieux, vivant retiré dans le Valais suisse, dans une petite maison entourée de vignes, s’est consacré à son art jusqu’à la fin de sa vie. Après sa rencontre avec Ger Luijten, il décide de faire don d’une partie de ses œuvres à sa fondation. Le but étant de constituer un fonds représentatif de ses gravures à Paris, la promesse de don s’était soldée par l’idée du montage d’une exposition. La disparition de l’artiste en 2012 ne lui permettra pas de voir sa réalisation. Néanmoins, l’exposition actuelle est nourrie de ses remarques et indications. Les liens particuliers tissés entre l’artiste et la Fondation Custodia font de cette exposition personnelle une exposition rare et précieuse, surtout lorsque l’on sait que Palézieux n’a fait l’objet d’expositions monographiques que deux fois de son vivant (à Vevey et à Amsterdam).

Le spectateur peut admirer ses aquarelles (portraits, paysages, natures mortes minimalistes…) aussi bien que ses fameuses eaux-fortes et lithographies dont les jeux de contrastes et les délicates nuances de gris, ressortissant d’un subtil jeu d’ombre et de lumière, forcent l’admiration. Invitant à la méditation, les sujets de Palézieux sont tirés du quotidien. D’une confondante sobriété, ils nous amènent à considérer notre environnement proche d’un œil neuf. Que ce soit une simple figue, une cruche, ou bien une haute montagne, Palézieux nous entraîne à les regarder non pas en tant qu’ascète mais plutôt en tant qu’amateur éclairé, susceptible de goûter à la profonde poésie des choses immuables. Avec lui, l’inanimé parle, ou plutôt murmure, car – on le sent bien – chez Palézieux, rien ne doit venir troubler la paix profonde qui règne autour de lui, loin des tumultes du monde. Pour ainsi dire jamais encore montré en France, son œuvre gravé impressionne. L’exposition qui lui est consacrée représente une prise de risque pour la Fondation Custodia qui, de fait, reste fidèle à son entreprise de redécouverte de corpus d’œuvres, – graphiques en particuliers –, peu ou mal connus. Les peintres, graveurs ou dessinateurs mis à l’écart des grands circuits de l’art y retrouvent ainsi une juste place. À noter que Palézieux (1919-2012). Œuvres sur papier a fait l’objet d’une édition spéciale de la part la Fondation Custodia : un beau coffret avec quatre livrets que l’on peut consulter séparément intitulés « Estampes », « Dessins », « Lavis et aquarelles » et « Essais et témoignages », une idée pour vos cadeaux de Noël !

L’exposition Willem Bastiaan Tholen (1860-1931). Un impressionniste néerlandais est visible à Paris jusqu’au 15 décembre 2019, elle sera ensuite présentée au Dordrechts Museum (Pays-Bas) du 9 février au 31 mai 2020.

Palézieux (1919-2012). Œuvres sur papier sera également montrée du 7 février au 10 mai 2020 au Musée Jenisch Vevey (Suisse).

Visuels : Willem Bastiaan Tholen, Autoportrait dans un paysage boisé, 1895, huile sur toile, 64 × 89 cm, Dordrechts Museum, Dordrecht, don de la Société des Amis du musée (Bedrijfsvrienden), 2019, inv. DM/019/1300 ; Willem Bastiaan Tholen, Les Soeurs Arntzenius, 1895, huile sur toile, 38,3 × 58,8 cm, Museum Gouda, Gouda, inv. 55498 © Photo Tom Haartsen ; Willem Bastiaan Tholen, Embarcadère d’Enkhuizen, 1918, huile sur toile marouflée sur panneau, 30,5 × 40,5 cm, collection particulière, Pays-Bas © Photo P. den Ouden, Van den Dool Sliedrecht ; Willem Bastiaan Tholen, Potager à Ewijkshoeve, 1885, eau-forte et pointe sèche, 17,5 × 25,5 cm (impression de la plaque), collection particulière, Dordrecht © Photo P. den Ouden, Van den Dool Sliedrecht ; Gérard de Palézieux, Nature morte, pot, vase et corbeille, craie lithographique sur papier vergé ancien, 24,6 × 36,8 cm, Fondation William Cuendet & Atelier de Saint-Prex, Vevey ; Gérard de Palézieux, Deux figues, aquarelle sur papier vergé beige, 10,5 × 15,6 cm, Fondation William Cuendet & Atelier de Saint-Prex, Vevey.

 

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Bénédicte Gattère
Étudiante en histoire de l'art et en études de genre, j'ai pu rencontrer l'équipe de Toute la culture à la faveur d'un stage. L'esprit d'ouverture et la transdisciplinarité revendiquée de la ligne éditoriale ont fait que depuis, j'ai continué à écrire avec joie et enthousiasme dans les domaines variés de la danse, de la performance, du théâtre (des arts vivants en général) et des arts visuels (expositions ...) aussi bien que dans celui de la musique classique (musique baroque en particulier), bref tout ce qui me passionne !

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