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Cet été aux Abattoirs de Toulouse

Cet été aux Abattoirs de Toulouse

29 juillet 2020 | PAR Laetitia Larralde

Le 21 juin, les Abattoirs auraient dû célébrer leurs vingt ans en grande pompe. En attendant l’année prochaine et la fête des 20+1 ans, profitez d’une programmation riche et contemporaine pendant tout l’été.

Viva Gino : histoire de l’art et collection commune

Gino di Maggio ne se considère pas comme un collectionneur. Fidèle à ses convictions communistes, il pense que l’art appartient à tous et lui n’est que le passeur des œuvres qui constituent une « collection commune ». Il se voit plutôt comme un promoteur de l’art contemporain, sans que sa collection ne soit dictée par la spéculation. En effet, celle-ci s’est constituée au hasard, au gré des affinités et des rencontres avec les artistes. Il les accompagne et les soutient, créant ainsi sa propre façon de vivre l’art. Car pour lui, l’art est une expérience, il est vivant.

A maintenant 80 ans, Gino Di Maggio est une figure importante de l’art contemporain. Longtemps resté discret sur la scène artistique, il a pourtant eu une influence internationale. A travers sa Fondation Mudima créée à Milan en 1989, il expose, publie catalogues et monographies et aide à la recherche sur l’histoire de l’art. Initiée en Italie (via la Russie), sa passion pour l’art contemporain s’est étendue à l’Europe et à l’Asie, notamment au Japon et en Corée, et aux Etats-Unis. Allant à la rencontre des artistes ou les faisant venir en Italie, l’interaction humaine et le partage sont restés au centre de son processus.

L’exposition retrace donc à la fois l’histoire de l’art contemporain et celle de la vie de Gino di Maggio. Commencée avec le futurisme, sa collection s’est étoffée avec Marcel Duchamp et le ready-made, puis les spacialistes italiens, les mouvements Gutai, Mono-ha et Fluxus. Et à ces grands marqueurs de l’art contemporain s’ajoutent des artistes moins connus de la scène italienne car occultés par l’Arte Povera : les artistes pop, les affichistes, la nouvelle figuration ou encore le mouvement cinétique.

C’est donc un parcours ouvert que les Abattoirs nous proposent, regroupant les grands noms tels que Lucio Fontana, John Cage, César, Yoko Ono, Lee Ufan ou Erró, entourés d’artistes moins connus mais tout autant intéressants. On navigue entre des œuvres iconiques comme la Fontaine de Duchamp et des (re)découvertes telles que cette toile très grand format de tous petits dessins de Gianfranco Baruchello. On oscille entre les œuvres austères du Mono-ha (les planches de bois gravées de Susumu Koshimizu de From Surface to Surface par exemple) et l’humour des pianos de Fluxus qui envahissent le grand hall. Une exposition équilibrée et variée où toutes les sensibilités pourront être contentées.

Avec une cinquantaine d’artistes montrés ici, dont une dizaine de femmes, on visite une exposition qui rend compte des multiples facettes de l’art contemporain, ainsi que de la grande ouverture d’esprit de Gino di Maggio, qui n’a pas hésité à inventer son lien à l’art, sincère et généreux.

La fosse sous-marine de Laure Prouvost

Au sous-sol, Laure Prouvost a reconstitué le Pavillon français de la biennale de Venise de 2019, l’augmentant de quelques pièces piochées dans les collections des Abattoirs. Autour d’un film retraçant le voyage de personnes aux talents multiples, allant de la région parisienne à Venise pour investir le Pavillon français, se déploie un univers marin mystérieux.

On marche sur du sable ou sur une moquette épaisse imprimée, à l’affût de tous les détails qui se cachent dans le moindre recoin. On retrouve des éléments vus dans le film, les seins ou les poissons en verre de Murano, la table du magicien, le tout recouvert des déchets portés là par la mer. Mais ne vous laissez pas tromper par les apparences : une bouteille en plastique peut être en verre soufflé, des piques, une œuvre d’art africain.

Tout est détourné, de même que les mots qu’elle utilise, en anglais ou en français, les sous-titres du film étant parfois une traduction littérale qui réinvente le langage. Et cette grande tapisserie qui reprend des scènes du film écrit la légende de cette épopée moderne, utilisant des codes médiévaux. Laure Prouvost nous invite à prendre la place des protagonistes de son film le temps de la déambulation dans l’exposition et à plonger avec eux dans les profondeurs de la mer et de notre inconscient.

Trois contrepoints : estampe, années 60 et art africain

En complément de la salle sur le groupe Gutai, deux pièces sont consacrées à Takesada Matsutani et à la donation qu’il a faite cette année à l’Institut national d’histoire de l’art (INHA). Membre du groupe Gutai et vivant en France depuis 1966, son travail s’est concentré autour des trois éléments que sont l’encre, le noir graphite et le papier. L’exposition s’intéresse aux années 1967-1977, pendant lesquelles il travailla à l’Atelier 17 comme assistant de Stanley W. Hayter.

On trouve ici différentes techniques : eau-forte, burin, sérigraphie, et photosérigraphie. Un court film où l’on voit l’artiste permet de faire le lien entre les estampes présentées et ses autres œuvres, notamment par l’idée du gonflement, de la bulle de matière. Les couleurs utilisées sont franches, et le tout conserve une très grande modernité.

Au même étage, les Abattoirs présentent une sélection de ses collections sur le thème des acquisitions et dépôts récents d’œuvres des années 1960-70. La part belle a été faite aux femmes, et à partir de décembre le public pourra choisir par vote l’accrochage de ses œuvres favorites.

Et enfin, on découvre une sélection d’œuvres d’art africain de la collection Daniel Cordier, mises en regard du documentaire Les statues meurent aussi. Historien et marchand d’art, Daniel Cordier a fait une donation exceptionnelle au Centre Pompidou qui est en grande partie en dépôt aux Abattoirs. L’installation questionne la place de l’art extra-occidental dans les musées. Pourquoi est-il considéré comme relevant de l’ethnographie et non de l’art ?

Profitez de la prolongation des expositions jusqu’à l’automne pour visiter les Abattoirs et vous plonger dans l’art contemporain comme Gino di Maggio : joyeusement et la tête la première.

 

Viva Gino ! Une vie dans l’art
Du 28 février au 15 novembre 2020
Laure Prouvost, Deep See Blue Surrounding You/Vois ce Bleu Profond Te Fondre
Du 24 janvier au 20 septembre 2020
Takesada Matsutani aux Abattoirs, la donation à l’INHA
Du 28 février au 20 septembre 2020
Les Abattoirs, Musée – FRAC Occitanie Toulouse

Visuels : 1-2-3- Vue de l’exposition « Viva Gino ! Une vie dans l’art », du 28 février au 23 août 2020 © les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse ; photo : B.Conte / 4- Vue de l’exposition aux Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse de Laure Prouvost, Deep See Blue Surrounding You / Vois ce bleu profond te fondre, du 24 janvier au 20 septembre 2020 © Galerie Nathalie Obadia, carlier | gebauer, Lisson Gallery ; photo : B.Conte / 5- Vue de l’exposition aux Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse de Laure Prouvost, Deep See Blue Surrounding You / Vois ce bleu profond te fondre, du 24 janvier au 20 septembre 2020 © Galerie Nathalie Obadia, carlier | gebauer, Lisson Gallery ; photo : B.Conte

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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