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Céline Condorelli explore les collections des Frac du Grand Est à Metz

Céline Condorelli explore les collections des Frac du Grand Est à Metz

28 juillet 2020 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Pour sa première exposition personnelle en France, Céline Condorelli élabore une réflexion sur l’articulation entre le temps de loisir et le temps de travail, en présentant ses œuvres aux côtés de celles et ceux qui l’ont influencé. C’est « Deux ans de vacances » à voir jusqu’au 24 janvier 2021 au Fond régional d’art contemporain (FRAC) Lorraine à Metz. 

« Seul, on ne peut pas faire grand chose », c’est partant de ce constat que Céline Condorelli a construit son exposition, en partageant l’affiche avec de nombreux artistes, sélectionnés sur le volet parmi les collections du Frac Alsace, du Frac Champagne-Ardenne et du Frac Lorraine. Pas si personnelle donc, mais là n’est pas la question. L’idée était d’interroger sa place face cette immensité d’œuvres et d’approcher l’exposition sur la question des affinités. Nil Yalter, Brognon Rollin, Judy Chicago, Michael Snow… Elle a ainsi distingué 23 artistes qui lui sont proches, des amis, des références, des figures clé de son développement artistique, pour se joindre à ses créations. Une rotation des œuvres aura lieu fin octobre pour passer l’exposition en « version hiver » et faire durer celle-ci plus longtemps. 

L’artiste, formée initialement en architecture, réfléchit depuis plusieurs années à la notion de « structure de support » qui mêle le sens propre : la façon de présenter des œuvres dans l’espace public et le sens figuré : le soutien moral et affectif. Il était donc naturel ici de revisiter le lieu d’exposition classique et aseptisé, et de construire la présentation des collections comme une expérience physique. Malheureusement, des changements ont du être opérés pour respecter les mesures sanitaires et tout ce qui avait été prévu dans cet objectif ne pourra avoir lieu. L’exposition n’en reste pas moins haute en couleurs et en réflexions. 

Le temps des loisirs face au temps de travail 

Céline Condorelli appréhende l’architecture comme la construction de l’espace dans lequel on évolue ensemble. Ainsi, pour étudier le temps de loisir, elle choisit de se pencher sur le jeu et le sport collectif, qui sont à la fois régis par des règles et synonymes de liberté d’action. L’artiste pose alors la question de leur participation à l’évolution du collectif, alors même que l’on peut tout autant faire valoir des pratiques inutiles, comme le montre les photographies de performances de Judy Chicago s’essayant à la pyrotechnie. Ainsi, chacun apporte sa propre dynamique à l’espace public par son utilisation et son interprétation du lieu, les différentes formes de loisir permettent alors de re-questionner les rapports aux autres dans un environnement défini. 

Toujours dans l’idée de s’interroger sur sa propre place, Céline Condorelli a voulu montrer la limite entre les temps de loisir et de travail après avoir constaté que le travail de l’artiste est découvert et utile seulement en temps de loisir. Elle remarque ainsi l’importance du cadrage, comme dans les photographies de Lynne Cohen qui capture des lieux publics vides en suggérant seulement la présence humaine. Élargir le regard, observer le rôle du corps au-delà de sa présence dans un lieu, l’espace public est aussi fait des restrictions, visibles dans la place des femmes au travail mais aussi dans les loisirs. Céline Condorelli répond ainsi naturellement à l’engagement du Frac Lorraine en exposant les limites physiques et institutionnelles du jeu avec une installation présentant les dates des autorisations pour les femmes de jouer aux sports les plus communs. 

Si le loisir est ainsi vu comme le temps libéré du travail et donc non productif, le temps travaillé est lui défini comme moment de création matérielle avec une réalité physique certaine. Elle détruit ainsi le mythe de la vie d’artiste fantasque et replace le travail artistique dans un rapport au terrain et à la condition humaine, s’inscrivant dans le mouvement de remise en valeur du care dans l’espace public de ces derniers mois de pandémie. Elle s’intéresse aussi à la conscience du travailleur en production. Elle s’est rendue pour cela dans une usine Pirelli en Italie étudier leurs archives et faire ainsi émerger par des clichés en noir et blanc sur fond rouge la perception des ouvriers d’une chaine de production sur leur propre travail.

Et aussi au Frac Lorraine…  

Dans l’espace Degré Est, qui vise à partager la vision d’un artiste sur le Grand Est, vous pouvez découvrir le travail de Thomas Schmahl, jeune artiste Haut-savoyard qui s’éloigne des cimes alpines pour exposer sa vision des aires d’autoroute. Il a donc dessiné et conçu « L’aire Mirabelle », structure dans laquelle on peut circuler et qui appelle à se questionner sur ce lieu de passage et de partage souvent dénigré. 

Après l’exposition, aventurez vous aussi dans le jardin du musée, tendre petit coin de verdure où l’artiste-botaniste Liliana Motta a voulu sublimer les « mauvaises herbes », vous ne serez pas déçus par la douce atmosphère qui y règne ! 

Céline Condorelli : Deux ans de vacances ; Du 23 juillet 2020 au 24 janvier 2021. 

49 Nord 6 Est – Frac Lorraine, 1 bis rue des Trinitaires, 57 000 Metz ; Entrée gratuite ; Ouvert les jeudis et vendredi de 14h à 16 et les samedis et dimanches de 11h à 17h. Toutes les informations sur le site

 

Visuel : Céline Condorelli, Tools for Imagination (détail) 2019 © Frac Lorraine

 

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Alice Martinot-Lagarde

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