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Cao Fei mêle art contemporain et archives au Centre Pompidou

Cao Fei mêle art contemporain et archives au Centre Pompidou

06 juin 2019 | PAR Juliette Mariani

Cao Fei tient une place prépondérante au sein de la « nouvelle génération » des artistes chinois et jouit d’une renommée internationale qui l’a amenée à exposer dans le monde entier, notamment au MoMa en 2016. HX est sa première exposition personnelle en France. Dans des œuvres qui s’approprient de multiples formats (vidéo, photo, installation…) et recourent à l’esthétique des jeux vidéos et des cosplays, Cao Fei explore les méandres de l’urbanisation et de la pop culture.

A la galerie 4 du Centre Pompidou, deux grandes salles sont consacrées à l’exposition de Cao Fei, intitulée HX, en référence à Hong Xia, un quartier de l’est de Pékin. La première salle retrace l’histoire scientifique, politique et culturelle de cette ancienne périphérie industrielle, sous forme de pièces d’archives : articles de journaux, livres, pochettes de CD… Autant de fragments d’histoire qui pour certains sont exposés de manière muséale, sous des vitrines en verre, mais qui pour d’autres participent à des œuvres d’art à part entière, comme cette malle de voyage pleine de romans de science-fiction, intitulée The Never-Ending Electric Wawe. Même détournement du support pour ces secrétaires à tiroirs et ces rideaux qui servent d’écran à la projection de vieux documentaires. Dans le cadre d’un long projet de recherche, Cao Fei a patiemment collecté ces objets, témoins des changements qui ont affecté Hong Xia. Périphérie rurale de Pékin au début du XXe siècle, le quartier connaît à partir des années 50 une industrialisation éclair sous l’égide de l’aide technique apportée par l’Union soviétique. L’exposition retrace ce parcours et questionne l’impact sur les structures urbaines et culturelles de ces changements brutaux : architecture soviétique, usines, électronique, gloire industrielle… la forme d’une ville change plus vite que le cœur d’un mortel !

Le chemin tracé ne se contente pas d’inventorier et de classer des documents d’archive, mais se propose de ré-imaginer cette histoire : de quoi avons-nous hérité ? où nous mènera la technologie ? Il interroge également les relations de pouvoir entre l’URSS et la Chine : l’installation Amitié éternelle superpose deux matelas où sont éparpillées des publications des années 60, dont des revues qui enseignaient aux chinois tous les aspects du mode de vie soviétique. C’est le lit d’union de la Chine et de l’URSS, allégorie du Pacte d’amitié et d’alliance sino-soviétique du 14 février 1950. 

Malgré ces pistes intéressante qu’elle déploie, cette salle reste d’un intérêt limité pour le non-connaisseur, un peu perdu entre les pièces d’archives. La galerie adjacente, accessible avec le même billet, propose une exposition beaucoup plus accessible et didactique du peintre abstrait Bernard Frize.

Dans une deuxième salle, transformée en salle de cinéma inspirée par l’ancien cinéma communautaire de Hong Xia, le long-métrage Nova réinvente un quartier chinois science-fictionnel qui puise dans les inspirations rétro du Pékin des années 60. Une histoire de scientifiques en tenue de cosmonaute, sur une planète post-apocalyptique, avec des images très esthétiques dominées par une étonnante bichromie rose/bleu. Attention, le film dure deux heures et il faut avoir la chance d’arriver au bon moment pour le visionner depuis le début…

Visuels : © affiche du film Nova, œuvres de Cao Fei 

Infos pratiques

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