Expos

Bruxelles : BD américaine & super-héros au Musée Juif de Belgique

Bruxelles : BD américaine & super-héros au Musée Juif de Belgique

29 janvier 2020 | PAR Katia Bayer

Proche du quartier du Sablon à Bruxelles, voisin de nombreux magasins d’antiquités et d’un chouette « Café Capitale », le Musée Juif de Belgique, cible d’un attentat ayant coûté la vie à 4 personnes en 2014, accueille de novembre 2019 à avril 2020 une exposition consacrée aux super-héros et à la BD américaine. Séquences choisies.

Lire notre interview du commissaire de l’exposition.

Sur plusieurs étages et dans de nombreuses pièces, l’exposition réalisée avec le concours du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme de Paris et du Joods Historisch Museum d’Amsterdam propose aux visiteurs de découvrir trois générations d’auteurs juifs américains qui se sont emparés de la BD comme moyen d’expression, planches originales, fac-similé, albums ou affiches à l’appui.

Dans les années 20, les immigrés juifs installés depuis peu aux Etats-Unis ont commencé à proposer des strips soit quelques cases dans lesquels ils parlaient avec humour et lucidité de leurs difficultés d’intégration. Ces cases étaient publiées dans des journaux yiddish pour la plupart.

Dans les années 30, alors que la guerre se précise en Europe, un tournant s’opère : plusieurs auteurs et scénaristes juifs créent les personnages de super-héros (qui deviendront mondialement connus) que sont Superman, Batman, Spiderman et Captain America. Au vu du contexte ambiant, leurs créateurs dissimulent leurs identités et revêtent des noms d’emprunt, gommant ainsi leurs origines étrangères. Les personnages qu’ils inventent se veulent forts, rassurants, protecteurs. Chose intéressante : ces héros ont tous une double identité et luttent contre le mal, y compris contre le nazisme menaçant, imminent. Une planche de l’exposition montre à cet égard un Superman défier courageusement la croix gammée d’Hitler, ce qui provoquera les foudres des sympathisants pro-nazis, très nombreux en Amérique.

La relève arrive rapidement, avec talent : Art Spiegelman parle de la déportation de son père dans son éblouissant Maus (le livre remporte le Prix Pulitzer en 1992, il s’agit d’une première pour une BD) et le génial Will Eisner ouvre la voie au roman graphique avec ses portraits autobiographiques d’anti-héros, immigrés juifs, rencontrant le racisme, la promiscuité et les difficultés d’intégration dans l’Amérique de l’époque.

Entre deux étages, sur un palier, on découvre avec étonnement la revue Mad, dont chaque numéro affiche les traits d’un gamin souriant, une dent en moins, les taches de rousseur en plus, nommé Alfred E. Neuman, qui – on l’apprend – avait servi, avant sa publication, les nazis dans leur propagande anti-juive.

L’exposition se termine par des planches de Crumb et de son épouse, mais aussi par la toute nouvelle génération d’auteurs qui s’interroge sur des sujets aussi divers que l’homosexualité, le terrorisme ou encore la liberté de la femme. Avec le constat suivant : nos sociétés en crise ont toujours eu besoin de figures héroïques pour se rassurer. Ces personnages nous ont fait du bien, mais nous ont aussi servi de modèles. Autant poursuivre alors dans cette voie, au vu du pessimisme ambiant et des déchirements sociaux, avec la relève et ses super-héros.à venir.

En décembre 2014, plusieurs mois après l’attentat qui l’a durement et injustement frappé, le Musée Juif de Belgique a accueilli l’exposition consacrée au regretté et chouette Gotlib, après son décrochage au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme de Paris. Elle planche – sans jeu de mots – désormais sur une exposition dédiée à Kichka, un dessinateur et caricaturiste belge vivant en Israël. L’idée de faire entrer des couleurs et de la BD au musée est salutaire (nouveaux publics, diversification de l’offre culturelle, message positif) d’autant plus que l’institution a enfin prévu de faire peau neuve en 2020 et que sa superficie énorme pourra enfin être correctement exploitée pour accueillir une cafétaria et des expositions plus interactives tout en préservant sa mission de valoriser le patrimoine et les traditions juives On vous conseille d’ailleurs la très belle salle consacrée aux peintres juifs belges du 2ème étage, ancienne salle des fêtes de l’école allemande installée dans le bâtiment jusqu’en 1918.

visuel : affiche de l’exposition

Infos pratiques

Réservez vos places pour la reprise des idoles de Christophe Honoré
Interview de Karim Tall, commissaire de l’exposition « Superheroes never die » au Musée Juif de Belgique
Katia Bayer

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *