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« Architectures réemployées réinventées » à la galerie Au Médicis : Le fond fait forme

« Architectures réemployées réinventées » à la galerie Au Médicis : Le fond fait forme

14 septembre 2018 | PAR Elie Petit

Du 11 au 18 septembre, pour une semaine donc et seulement, c’est à la galerie Au Médicis que l’on découvre une exposition collective, construite, pensée autour des liens qui peuvent unir l’art et l’architecture. Des artistes, des architectes déploient, s’y réemploient, sous le commissariat de l’artiste Célia Coëtte.

 

A l’origine, une invitation, de la galeriste Pauline Guyau à l’artiste Célia Coëtte : à elle d’occuper cet espace, de penser son occupation. En parallèle, ses rencontres, avec Renaud Haerlingen de ROTOR et FREAKS FreeArchitects. Le collectif d’architectes bruxellois et l’agence parisienne ont en commun de s’intéresser, pour le premier, au réemploi des matériaux des bâtiments voués à la destruction, le second d’en faire, parfois même, des gestes artistiques, comme ce fut le cas, en 2015, dans le cadre de Do Disturb, par exemple. En référence, les démonstrations du centre d’art Lafayettes Anticipations (Lutz Bacher, Rem Khoolas…). Sans un clou, en deux semaines, un projet est échafaudé. Et pour une semaine, à chaque coup d’œil, c’est une nouvelle version, un nouvel emploi du ré-emploi qui s’énonce.

Julia Gault, diplômée des Arts Décoratifs de Paris en 2006 propose une tour de métal et de terre. On y lit la puissance face à la gravité, l’apparence de l’inerte face à une structure en fait vivante, l’humain face à la nature, l’humain dans la nature. La nature de l’humain. Une sorte de Babel déjà à moitié évanouie, une Twin Tower esseulée, presque déjà effondrée. Comme les constructions qui jaillissent de terre, mises à nu, plus nues que la nudité. La culture du plus haut qui dévoile la terre non cultivée, qui se cultive seule. Des vers peut-être, une fourmi, des herbes apparaissent. La terre recouvre le sol. Pour l’instant, trois jours après le vernissage, cela tient. Jusqu’au collapse attendu. Selon les volontés de l’artiste, la terre sera plus tard ré-enterrée.

Caisa Sandgren, elle, diplômée des Beaux Arts de paris en 2018, présente Toile de Souvenir, une sculpture de mémoire, cadavérique. Blanches comme de fins os, les branches, accrochées les unes aux autres constituent un assemblage de formes-souvenirs, ceux des appartements habités par l’artiste. La maison d’une grand-mère en Suède, des logements parisiens. Sous des abords volatiles, légers, fragiles, on y voit un regard déterminé à ne pas oublier, à forcer l’existence voulue intemporelle de ces corps autrefois habités. Ces corps qui comme des fantômes, résident dans des compartiments de l’esprit. Des cases pour rejouer les espaces dans lesquels la vie s’est jouée. Il en manque, les intérieurs sont vides, sans présence, d’autres y vivent désormais. Les dessins préparatoires, de tête, méritent aussi l’exposition. Re-loger. Re-caser. Se remémorer.

Simon Gérard, non-artiste, non-architecte, circule entre eux. Il a conçu, pour décharger une obsession, dont on ne sait encore si elle est passagère, une amulette et une assiette. Où un buste de l’architecte Rem Khoolas fixe le passant, l’hypnotise. Rem comme REM, un Khoolas comme un Michael Stipe, les paroles de l’un attribué à l’autre. L’amulette, portée par un fil, pend à l’entrée de la Galerie. « Never Forget » dit-elle, interpellant le visiteur dès son arrivée.  Le starchitecte est porté au rang d’icône. Une star ré-starifiée.

Raphael Maman, formé au design graphique aux Arts Déco (2018 lui aussi), a arraché un mur de Paris. Celui-ci est maintenant disponible sous toutes ses coutures, exhibé sous tous ses collages. La structure de la communication sauvage est déshabillée pour faire apparaître une infinité d’affiches collées, sur-collées, décollées. L’arête du mur, Paris a inscrit son empreinte. Le mur colle aux affiches, vêtu des strates du temps, des campagne publicitaires. Où l’on entend que re-cycler, c’est aussi apprécier les cycles.

Audrey Matt-Auber, diplômée des Beaux Arts de Paris en 2015, peint les formes des immeubles du XXème arrondissement de Paris, dont la Cité Curial. Explorant les motifs des grands ensembles, elle transforme les balcons, les étages en serpentins, en fils. Du plus concret à l’abstrait, au rêve.

Freaks, agence sus-nommée, fondée par Yves Pasquet, Cyril Gauthier, Guillaume Aubry a profité de cette invitation pour réaliser un projet qui n’avait pas vu le jour : imprimer en 3D les premiers chantiers des « starchitectes » Le Corbusier et Mies van der Rohe. Dans ces premiers traits, où est le talent, où est le génie? Il se niche bien quelque part, dans ces formes plutôt basiques. On reconnait le Corbusier, peut-être. Revenir aux débuts.

Sans Ombrages est un totem. Sans Ombrages est une ombrelle. Sans Ombrages est une tige de plusieurs tiges tenue par un socle en béton. Sans Ombrages est un corps, avec une petite tête ou un simple cerveau, et des tresses. Sans Ombrages est ludique, drôle, intrigant comme le sont souvent les sculptures de Célia Coëtte. Travail pré-existant à ses éponges, il est un membre logique de cette exposition sur l’art, l’architecture et le ré-emploi. Sous cette ombrelle, s’il faut choisir, on cherche l’ombre. On imagine donc un soleil, des vacances. On y éprouve la difficulté et le jeu. Le fer a ployé sans casser. Le matériau ré-utilisé découvre un droit à la continuité. Les attributs du chantier, ré-enchantés.

Là-haut, près d’un pilier, près de la baie vitrée de la galerie, sous un spot, à la lumière du jour, en utilisant tous les éléments à sa disposition, dans le lieu qui lui a sûrement semblé le plus adéquat, une araignée a tissé une toile, irrégulière et cohérente. Comme une performance de la nature, en forme de clin d’oeil. Une performance, presque architecturale, presque artistique, comme un fil de sens aussi improbable qu’obvieux.

À la galerie Au Médicis, c’est en partage que se pose la question des liens entre art et architecture, entre les artistes et les architectes. Sans la départager, Célia Coëtte, se réemployant elle-même en commissaire, à travers ces matériaux, ces formes usagées trouvant un à-nouveau, nous permet de nous y employer. Quand le fond fait forme, c’est une réussite.

Exposition collective ARCHITECTURES REEMPLOYEES REINVENTEES du 11 au 18 septembre 2018 à la galerie Au Medicis (5 rue Médicis, Paris). Avec FREAKS FreeArchitects, Julia Gault, Simon Gérard, Audrey Matt-Aubert, Raphaël Maman, Caisa Sandgren, Célia Coëtte

Un commissariat d’exposition de Célia Coëtte

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Elie Petit
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