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Révélations : le Grand Palais ouvre ses portes aux métiers d’Art et de la Création

Révélations : le Grand Palais ouvre ses portes aux métiers d’Art et de la Création

11 septembre 2015 | PAR Araso

Après une première édition en Septembre 2013, Révélations, la biennale internationale des métiers d’art et de la création a ouvert hier ses portes au Grand Palais. Réunissant plus de dix pays, entre salon et exposition d’œuvres hétéroclites dans une scénographie épurée, Révélations propose au grand public une découverte des métiers d’art d’aujourd’hui et propose de mettre en exergue la création contemporaine.
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Les métiers d’art ce sont, selon l’INMA « des valeurs fortes qui s’expriment dans des activités de production et de création à caractère artistique mais aussi dans le domaine de la restauration du patrimoine. » Les ateliers d’artisans constituant de véritables laboratoires qui « se nourrissent d’une culture ouverte qui connaît les codes du passé tout en osant l’innovation pour répondre aux aspirations d’aujourd’hui ». On retrouve ainsi tout au long du salon des écoles, ateliers de vitrail, joaillerie, céramique, ébénisterie, sculpture, l’imprimerie nationale… et cette année, à l’honneur, la Corée du Sud, dont la scène créative audacieuse et innovante est représentée par la Korea Craft and Design Foundation.

ENTRE TRADITION ET MODERNITE, UNE CONSTANTE : LA QUETE DE L’EXCLUSIVITE
Sur le stand de l’INMA, Robin Poupard, jeune diplômé de l’école Boole en ébénisterie, présente sa chaise « Bend It », intégralement découpée au laser et conçue pour être entièrement montable et démontable facilement, sans colle ni vis. « L’idée est d’avoir une chaise très rapide à construire, avec un matériau très qualitatif, superposition de bois, aluminium et cuir ». Une vision décidément moderne de la création dite « traditionnelle », poursuit Robin : « je me rends compte que je suis à l’aube d’une nouvelle génération. Je suis ébéniste et pourtant je suis loin de ressembler à l’image que l’on peut avoir de l’artisan dans son atelier rempli de poussière. Un ébéniste aujourd’hui fait aussi des choses contemporaines avec de nouvelles techniques, met au point de nouveaux matériaux… Mon objectif est de communiquer cela : l’artisan de métier d’arts et de design d’aujourd’hui est capable de faire des choses contemporaines et innovantes. » Pour lui, il ne fait aucun doute que la mode, l’artisanat et le design sont intimement liés : « on assiste à un certain essoufflement de la standardisation des meubles, comme des vêtements. Ainsi, de plus en plus de clients me demandent de personnaliser leurs meubles et sont prêts à payer davantage pour obtenir une pièce de qualité et se démarquer. Ils veulent acheter moins mais mieux, et ne veulent pas avoir la même table que tout le monde dans leur salon. »

Hervé Brunelle, quant à lui, est dans le métier de la chaussure depuis trente ans. Sur le salon, il présente sa spécialité : la fabrication manuelle d’embauchoirs, avec un paroir et un plan de travail posé sur un sol jonché de copeaux de bois. Il est l’un des rares artisans que l’on peut voir à l’œuvre sur le salon. Ses clients sont eux-mêmes des artisans, les plus grands bottiers, de Paris à Londres, des maisons de luxe ou des particuliers. Comme beaucoup d’artisans, il travaille dans l’ombre. Bottier de formation, il a commencé en travaillant le weekend pour ses amis. Son atelier est enseveli sous dix centimètres de copeaux et c’est justement cela qui plaît à ses clients qui, comme lui, sont des passionnés. « Les clients sont ravis de découvrir que derrière leur produit se cache une vraie personne, un univers qu’ils ne soupçonnaient pas ».

Sur le salon, on croise aussi des artistes, comme le plasticien d’Art Brut Gérard Cambon. « Ce que je cherche, explique-t-il, c’est la fusion des éléments : associer des éléments qui n’ont absolument aucune vocation à être ensemble : une graine de baobab, une dent de cachalot, une vieille bouteille… ». Si Gérard ne manque pas d’imagination, il a aussi beaucoup d’humour. Ses chorales de Golem entassées dans des boîtes en métal rouillé telles de petits théâtres s’appellent « Café purgatifs » ou « Gift », qui signifie à la fois « poison » en allemand et « cadeau » en anglais. Son propos : la création pure, sans fin, a priori, commerciale.

EN FILIGRANE, LA QUESTION DU FINANCEMENT, DU MECENAT AU CROWDFUNDING
En tant qu’artiste établi, Gérard travaille déjà avec plusieurs galeries, y compris aux Etats-Unis. Il fonctionne à la passion, en vit depuis trente ans et n’est pas là pour trouver des mécènes. Le crowdfunding lui importe peu. Ce salon, pour lui, c’est avant tout une occasion de partager et d’échanger avec le public.

En année d’expérimentation après son diplôme à l’école Boole, Robin, quant à lui, espère bien trouver un éditeur sur le salon, qui lui permet aussi de tester la réaction du public. Le mécénat et le crowdfunding ? « Je pense que c’est un très bon créneau. Si je vois que le projet est porteur, pourquoi pas m’inscrire sur KissKissBankBank. Révélations est un salon où les mécènes, typiquement les grands groupes, recherchent de jeunes créateurs. Tout à l’heure nous avons rencontré des personnes de Petit H de Hermès, une maison qui finance beaucoup de jeunes créateurs. L’INMA soutient aussi la jeune création par le biais de prix et de concours. »

Pour le bottier Hervé Brunelle, les artisans sont à l’origine de simples ouvriers, dont la logique de rentabilité à court terme et de l’accroissement des profits à tout prix menace la succession. « C’est un métier très long à apprendre : il faut dix ans avant de faire quelque chose de correct et c’est à mon âge que l’on commence à se sentir à l’aise, que l’on peut réaliser ce que demande le client, c’est-à-dire du sur-mesure. Un bottier c’est avant tout cela : un artisan qui crée des souliers à la mesure du pied et cela nécessite un réel dialogue avec le client. Ceux qui travaillent dans les grandes maisons ont tous mon âge : on se connaît, on est amis dans la vie. Il existe un réel dialogue de fabrication et de mise au point. » Les demandes les plus particulières qu’Hervé reçoit ? « Elles vont du prototypage pour les défilés de mode au SM, en passant par les bottes d’équitation ». Dans tous les cas, aucun travail de série n’est réalisé, que du pur développement, envoyé par la suite à ses confrères. Pour autant, Hervé reste optimiste quant à l’avenir des métiers d’art. « La logique financière dans laquelle les maisons sont aujourd’hui font qu’il y aura de moins en moins d’artisans d’art, mais il y en aura toujours. Si les maisons ne nous montrent pas, si elles ne parlent pas de nous, il est beaucoup plus difficile de susciter le désir d’acheter ». Car le luxe est avant tout une histoire de passion. « J’aurais pu faire beaucoup d’autres métiers. J’ai eu la chance de rencontrer quelques personnes qui m’ont beaucoup aidé, qui m’ont fait confiance et qui m’ont transmis leur passion. Et c’est cela qui est important ».

« Révélations, le salon des métiers d’Art et de la Création » se poursuit au Grand Palais jusqu’au 13 Septembre.

Photos + texte : Araso

Visuel : affiche officiel de l’exposition

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