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[Deauville jour 7] « Madame Bovary », c’est Mia

[Deauville jour 7] « Madame Bovary », c’est Mia

10 septembre 2015 | PAR Olivia Leboyer

Présenter Madame Bovary à Deauville a quelque chose de tout naturel, Flaubert étant très attaché à Trouville. Et un Madame Bovary situé à Yonville et Rouen mais parlant anglais, est-ce bien naturel ? Ce n’est pas le seul décalage avec le roman, Sophie Barthes s’autorisant une lecture assez personnelle. En Emma, Mia Wasikowska impressionne.

[rating=3]

Mia

Curieux Madame Bovary, élégiaque et doux, presque poétique. Où sont les médiocrités bourgeoises, l’atmosphère confinée de la province, le mauvais goût, si bien peints par Claude Chabrol (1991) ? Autour d’Emma, Monsieur Rouault, Charles, Homais, Léon n’offrent pas de ridicules trop affirmés. Aux yeux du spectateur, ils semblent plutôt compréhensifs et bienveillants. La médiocrité, c’est Emma qui la ressent fortement. Ce que nous voyons et ce qu’Emma voit sont deux choses différentes. Sophie Barthes parvient à rendre la perception déformée de la jeune femme.

Ici, Charles est assez séduisant et doux, Léon a les traits juvéniles et charmants d’Ezra Miller (We need to talk about Kevin, Another happy day), seul le fameux Rodolphe (Logan Marshall-Green) affiche une suffisance grossière. Précisément, c’est sur Rodolphe qu’Emma concentre ses plus grandes aspirations. Si les rêves romanesques d’Emma sont évoqués, Sophie Barthes s’attache surtout à décrire les désirs matériels. Les lectures sont mentionnées au passage, tandis que l’addiction au shopping prend davantage de place que dans le roman. C’est là que la démesure d’Emma trouve son terrain d’élection. Une scène frappante, notamment, nous montre le patient Charles promenant à son bras, au milieu des villageois vêtus de couleurs sobres, une Emma en soie orange vif, grotesque et chamarrée.

Oppressée, Emma ressent vivement la banalité de la vie provinciale. Que veut-elle, à la place ? Quelque chose de grand, amours, dorures, raffinements, tout ce qui brille. Joli minois de chatte gourmande ou visage soudain dur, Mia Wasikowska incarne cette Emma excessive et égoïste, qui perd le contact avec la réalité.

La mort d’Emma est filmée avec un parti-pris assez étonnant. Que pensera le juré Louis-Do de Lenquesaing de cette nouvelle adaptation, lui qui a joué dans le Madame Bovary de Chabrol ?

Et le reste de la journée ? La présentation de Dope de Rick Famuyiwa, que nous avions vu à la Quinzaine à Cannes (voir notre critique) : un film plein de tics, assez racoleur, mais très malin et qui emporte naturellement la sympathie. Le sujet, les inégalités d’accès à l’éducation, mérite notre attention et est traité avec une verve et une originalité certaines.

Nous avons également vu aujourd’hui Emelie de Michael Thelin : un couple part fêter ses treize ans de mariage au restaurant (un truc de fou), laissant leurs trois enfants aux mains d’une baby sitter psychopathe. Aucun personnage ne nous émeut dans ce huis-clos malsain très maladroit.

Pour aujourd’hui, sous un ciel normand éclatant, c’est Emma et son spleen que l’on garde…

Madame Bovary, de Sophie Barthes, 2015, 1h58, avec Mia Wasikowska, Henry Lloyd-Hugues, Ezra Miller, Paul Giametti, Rhys Ifans, Logan Marshall-Green, Laura Carmichael.

visuels: affiche et photo officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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