Arts

Denise Colomb aux Antilles: photographe édulcorée ou engagée?

30 septembre 2009 | PAR Audrey Saoli

Pour la première fois depuis 1949 une exposition a décidé de rendre hommage à la photographe Denise Colomb. Et c’est un bonheur de découvrir des photographies qui sont restées dans l’obscurité si longtemps.

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La photographe Denise Colomb n’a jamais véritablement connue la gloire que ses contemporains humanistes (Doisneau, Ronis …) ont pu rencontrer.

Avant de réaliser de grands reportages en Martinique, en Guadeloupe ou à Haïti, elle avait réalisé des photos de personnages connus, tel Antonin Artaud. C’est Aimé Césaire qui est à l’origine de son premier voyage et la recommande à l’ethnographe Michel Leiris pour qu’ils fassent équipe.

Leur collaboration ne fonctionne pas et c’est en artiste libre que Denise Colomb réalise sa première série de photos.

Denise Colomb est, à n’en pas douter, une photographe humaniste. Elle décide de saisir les classes populaires créoles dans des moments de beauté quotidienne. La plupart de ses photos représentent des fêtes ou de simples moments d’émotion. Pourtant, aux Antilles, à cette époque, la pauvreté et le racisme règnent. Comment-a-t-elle pu ne pas le voir? s’est demandé Roland Barthes, très critique sur les photos pleines « de bons sentiments »  présentées au MOMA, en 1957, lors de l’exposition Family of man.

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Il est vrai qu’au premier regard aucune de ces photos ne montre la ségrégation ou la misère du pays. Mais pourtant, l’objectif de Denise Colomb ne voit pas qu’un pays où la vie est douce et les filles jolies. Ces photos, qui peuvent au premier abord être prises pour de beaux paysages, dévoilent une réalité plus obscure. Dans un des clichés, on voit une magnifique rivière avec des femmes lavant leur linges mais il se cache dans ce paysage de rêve une rivière qui est en réalité asséchée et des femmes qui luttent pour laver leur linge abimé. Certes, les photos paraissent « gentilles » dans un climat, où les intellectuels et artistes antillais criaient leur révolte. Mais en réalité elles ne sont que l’œuvre d’une femme qui avait choisi de montrer la réalité plutôt que de la dénoncer.

L’art de Denise Colomb ne s’engage qu’en fonction de l’œil qui le regarde.

Ses réticulations, issues d’un accident en laboratoire sont aussi un exemple de son engagement. Quand on voit la gélatine de ses photos craquelées, comment ne pas penser à l’argile séchée sur des visages africains? On peut apercevoir dans ces réticulations le fossé entre les douleurs du passé et les incertitudes de l’avenir.

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L’exposition Denise Colomb: aux Antilles, 1948-1958: du 29 septembre au 27 décembre 2009, Jeu de Paume-Hôtel de Sully, 62 rue Saint Antoine 75004 Paris, M°Bastille, Saint Paul, 01 42 74 47 75, TP 5 euros, TR 2,50 euros.

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