Théâtre

Les îles Kerguelen: au bout de la perdition

30 septembre 2009 | PAR Audrey Saoli

Les Iles Kergelen est un voyage vers l’inconnu et la colonisation. Pendant cette dérive initiatique,  les spectateurs partent à la rencontre de l’être humain réduit à ses plus bas penchants.les-iles-kerguelen2

© Antonia Bozzi

Le navigateur français Ives de Kerguelen découvre en 1772 une terre inconnue. Cette découverte va réveiller les désirs de possession de la cour et des salons. Kerguelen se convainc qu’il a touché le continent austral. Une seconde expédition est ordonnée par le roi Louis XV.

A mesure que le bateau se perd, leurs boussoles internes ne montrent plus la bonne direction. Chaque personnage va aller au bout de ses limites. Il n’y a plus de communication au sein de ce bateau, chaque homme est perdu dans son monologue intérieur.

Le beau texte d’Alexis Ragougneau met très bien en valeur cette animalité et cette désocialisation qui s’emparent des personnages. Il est composé de beaucoup de monologues qui, parfois, se font même échos et sont dits simultanément. Les personnages vont retrouver leurs pires penchants à mesure que la faim, la lassitude et la peur vont les gagner.

Le navire le Roland est représenté sur scène en un radeau de la méduse à la dérive. C’est grâce à ce tréteau, sur lequel se balance un mat et une voile de bateau, que toute l’action se déroule.les-iles-kerguelen-2

© Antonia Bozzi

Pendant la pièce, il y a trois espaces différents qui s’entrecoupent. Il y a bien sûr le Roland au centre de l’action. Mais aussi un autre bateau: Le gros Ventre, celui ci a participé à la première expédition en direction du continent austral mais n’a pas pu rentrer comme le Roland et dérive depuis des mois avec à son bord Le Boisguehenneuc. Et enfin il y a la chambre du roi Louis XV dans laquelle il devient fou et meurt de la petite vérole. Ces trois espaces sont tous des enfermements, des futurs cercueils.

La force de cette pièce vient de ce désir et de cette espérance de la colonisation. La pièce semble nous dire que l’homme a un besoin effrayant de possession. Quand Kerguelen devient fou de ne pouvoir posséder la terre de ses rêves, il se renferme sur lui même en oubliant sa petite amie, Louison, qui se travestit en mousse pour rester sur le bateau. Brugnères, le naturaliste, lui, perd la tête en voulant posséder la jeune femme. Cette passion soudaine fait écho à la pulsion animal de la colonisation. Le biologiste avoue même que pour vraiment posséder la femme, il veut la tuer. Ainsi elle sera à lui.

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Dans cette pièce principalement masculine, où la femme n’est là que pour être possédée, Frédéric Ozier a dirigé avec brio sa compagnie acte6 vers le chaos et la bestialité. Les acteurs jouent avec talent la dérive mentale et le naufrage social.

Les hommes censés apporter la civilisation sont aussi sauvages que les terres qu’ils veulent conquérir.

© Antonia Bozzi

Les îles Kerguelen: du 24 september au 25 octobre, Théâtre de la tempête: Cartoucherie route du champ-de-Manoeuvre 75012 Paris, m° Château de Vincennes et navettes gratuites pour la Cartoucherie, réservation 01 43 28 36 36, TP: 18 euros, TR: 10 euros.

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