Théâtre

Avignon OFF 2019 : « Psychose 4.48 », une immersion dans les méandres de la folie

Avignon OFF 2019 : « Psychose 4.48 », une immersion dans les méandres de la folie

13 juillet 2019 | PAR Magali Sautreuil

Écrit peu de temps avant le suicide de son auteure, Sarah Kane, Psychose 4.48 nous plonge dans les méandres de la folie. Un texte d’une rare violence psychologique, difficile à mettre en scène et à interpréter, mais qui pourtant, parvient à s’incarner dans le corps de la comédienne Cécile Fleury. Une expérience à vivre tous les jours, au théâtre de la Luna, dans la cadre du festival off d’Avignon.   

Les ultimes mots de Sarah Kane traduisent un profond mal-être et une extrême souffrance. Ils s’incarnent dans le corps d’une jeune femme névrosée, qui ne ressent que dégoût et haine pour ce qu’elle est. Elle se considère même comme un échec total sur le plan humain. Elle s’est résignée à l’idée de mourir et espère que la mort est bien le terminus promis. Elle programme donc l’heure de sa disparition et rejoue les séances de consultation avec son médecin, avant de tirer sa révérence à 4 h 48…

Patiente peu coopérative aux idées délirantes et meurtrières, ses discussions stériles avec le personnel soignant font écho au sentiment d’incompréhension totale que ressent la malade. Pour elle, les médecins ne font que poser sans cesse les mêmes questions. Ils ne l’écoutent pas, mais parlent à sa place. Incompétents, ils proposent des remèdes chimiques à sa souffrance et se servent d’elle comme cobaye pour expérimenter, sans succès, de multiples traitements médicamenteux…

À travers un monologue empli de rage et de désespoir, cette écorchée nous plonge dans son intimité et son dégoût de la vie.

Pantin disloqué, la comédienne, par ses gestes dynamiques et compulsifs, retranscrit l’état d’esprit morcelé de la malade. Les mots durs et crus de Sarah Kane résonnent en elle et en nous. Ses changements de personnalité rapides, sans transition, entre le médecin et notre suicidaire, rappelle l’état névrotique et schizophrénique de la patiente.

L’absence d’informations sur le personnage et sur le lieu dans lequel il se trouve permet de s’approprier son histoire et sa souffrance. Son histoire devient la nôtre, au point que, parfois, on peut avoir l’impression d’être prisonnier de l’esprit malade du protagoniste…

Si cette immersion complète dans le cerveau d’un être psychotique a de quoi désarçonner, elle ne vous laissera sûrement indifférent…

Psychose 4.48, écrit par Sarah Kane, mis en scène par Yves Penay, présenté dans le cadre du festival off d’Avignon, au théâtre de la Luna, du 5 au 28 juillet 2019, à 12 h 45. Durée : 1h.

Retrouvez l’actualité du spectacle sur sa page Facebook (ici) et celle de la compagnie du Refuge sur sa chaîne YouTube (ici).

Visuel : Affiche officielle

Infos pratiques

Théâtre des Doms
Théâtre du Petit Louvre
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *