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Marine Hugonnier : « Le sourire de la révolte »

Marine Hugonnier : « Le sourire de la révolte »

19 août 2022 | PAR Rachel Rudloff

Avec Le cinéma à l’estomac, le Jeu de Paume nous ouvre les portes du monde de la cinéaste et plasticienne Marine Hugonnier, avec des œuvres choisies sur le thème du climat.

L’art de la sobriété

Face à la crise écologique, que faire d’autre que se tourner vers la sobriété ? Ici, les pièces semblent toutes vides au premier abord. L’art est caché dans un coin, seul au milieu des espaces blancs, en petit sur un mur. La plasticienne s’amuse d’ailleurs à totalement revisiter les formats et les supports des œuvres : une petite carte postale et une bougie succèdent à un tableau gigantesque et un énorme dispositif de projection cinématographique.

Avec cette carte postale de Serge Daney envoyée à Jacques Aumont, vient la citation « L’image absolue, c’est la carte postale« . La carte postale, objet populaire par excellence, plus même sûrement que le cinéma que l’artiste se permet déjà de réinventer, devient œuvre d’art au même titre qu’un tableau.

Cette sobriété lui permet d’ailleurs de travailler les contrastes : contre la lumière et du coucher de soleil du tableau qui se réfléchit sur le blanc des murs, se heurte le noir et le gris des unes de journaux qui annoncent le dérèglement climatique et la crise sociale à venir « Prix de l’énergie, climat : l’heure des choix ». Les contrastes qu’on retrouvent aussi parfois à l’intérieur même des installations : une nature morte avec des fleurs bien vivantes, changées régulièrement, symbole même de cette recherche du paradoxal, des ambiguïtés de l’art et de la vie.

La pratique artistique comme subversion

Dans ses œuvres, Marine Hugonnier souhaite permettre à tout le monde de repenser les mécanismes de pouvoir présents autour de nous (patriarcat, capitalisme, colonialisme) et le rôle des représentations dedans. Ici la pratique artistique tient lieu de subversion, d’acte de résistance.

Sa pratique cinématographique, entre documentaire et ethnographique, lui permet d’explorer dans l’intimité la pensée d’Antonio Negri. Le philosophe italien, filmé dans son appartement à Paris, nous ouvre les portes de sa pensée politique. Le décor -fauteuil, pull, livre- entièrement rouge, sert son discours politique, qui évoquant Tocqueville et Derrida, défend la nécessité de résister à l’individualisme capitaliste pour retrouver la joie d’être ensemble, dans le militantisme, en communauté.

Dans une deuxième partie, ses projet filmiques présentés rassemblent à la fois ces idées de sobriété et de subversion : des documentaires simples, fabriqués à partir de rien, qui montre des pratiques subversives ,dans toutes leurs formes. Qu’elles soient traditionnelles, comme la manifestation à Ramallah après la mort de Yasser Arafat, ou moins avec un film de quelques minutes autour de la statue d’Hermaphrodite, proposition d’un désir non-genré.

« Rallumer les feux »

La philosophe, et l’exposition de manière plus générale, invoque ainsi le besoin de « rallumer les feux », raviver une révolte perdue pour retrouver du collectif dans une société devenue encore plus individualiste les deux dernières années.

Dans une troisième salle, une copie du célèbre Delacroix, La liberté guidant le peuple est restaurée en direct, comme une métaphore, écho de l’entretien avec Antonio Negri « vous ignorez combien le corps est puissant, combien les corps qui luttent ensemble sont puissants. La récolte est toujours constructive. Il n’y a pas de révolte qui destitué, il s’agit de destituer les structures existantes. C’est une foule joyeuse qui se retrouve« .

Le feu devient un thème récurrent de l’exposition, le fil conducteur des salles. Projetées avant l’entretien, des images d’une maison qui brûle. Le feu de la révolte. Dans la dernière salle, une bougie seule posée au milieu de la pièce sur un miroir. Sa combustion dégage une odeur parfumée et une enceinte diffuse du jazz, provoquant une synesthésie étrange mais joyeuse pour terminer cette première partie.

Tout au long de l’exposition, la déambulation parmi les installations, les essais filmiques et les tableaux permettent de réinterroger notre place dans le monde, avec les autres et nos envies de résistance.

Visuel : affiche officielle de l’exposition

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Rachel Rudloff

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