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Archives de la vie littéraire sous l’Occupation

Archives de la vie littéraire sous l’Occupation

16 mai 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Après son succès new-yorkais, la ville de Paris accueille l’exposition « Archives de la vie littéraire sous l’occupation » qui interroge la place des intellectuels qui furent aux avant-postes de la Resistance, comme de la Collaboration.

« Quel est le véritable rôle des intellectuels et des écrivains français, depuis la déclaration de la guerre jusqu’aux lendemains de la Libération? De quels enjeux sont-ils les otages, de quels discours sont-ils les messagers ? Quelles formes donnent-ils à leurs débats politiques et moraux, à leurs errements et à leurs espoirs ? Bien qu’occulté par les stratégies des hommes politiques et des militaires, leur rôle s’avère vraiment décisif pendant l’Occupation : c’est qu’il s’agit aussi d’une guerre intellectuelle, d’un affrontement des cultures, dont les écrivains, les journalistes, les imprimeurs, les directeurs de revues et les éditeurs sont les premiers relais et les témoins engagés.

Pris dans l’engrenage du « désastre » dont parle Jacques Maritain, entraînés au « fond de l’abîme » qu’évoque Henri Bergson, écrivains et artistes, poètes et philosophes, directeurs de revues, journalistes et imprimeurs sont confrontés à une guerre totale, un véritable « crime contre l’Esprit », selon Aragon. Car les autorités d’Occupation veulent tout maîtriser : les informations, les commentaires, et même ce qui est généralement considéré comme moins menaçant, la littérature et la poésie…»

Les intellectuels français se sont alors servis de la première de leurs armes : les mots. En effet, qu’ils aient été collaborateurs, attentistes, déportés, prisonniers, résistants de la première ou de la dernière heure, en exil ou dans la clandestinité, qu’ils aient décidé de ne pas publier, comme Jean Guéhenno, ou au contraire de publier à visage découvert ou sous pseudonyme, « ces voix qui montent du désastre » (Louis Aragon) sont devenues poèmes, tracts, lettres, articles, revues,
brochures, romans, essais, et même des maisons d’éditions.

En une période où l’on risquait sa vie si on lisait, imprimait, diffusait des textes interdits, certains de leurs auteurs furent torturés et fusillés, comme Jacques Decour, certains tombèrent les armes à la main comme Jean Prévost, d’autres furent surveillés et menacés comme Emmanuel Mounier et Jean Paulhan, ou longtemps enfermés dans de lointains camps de prisonniers, comme Georges Hyvernaud et Emmanuel Levinas, d’autres surtout ont trouvé une mort atroce en déportation comme Benjamin Crémieux, Irène Némirovsky ou Robert Desnos. Il y eut aussi des intellectuels qui échappèrent au pire, comme Louis Aragon et Paul Éluard, et ceux qui en revinrent, témoins dévastés, comme Robert Antelme.

Sur l’autre rive, il y eut des hommes de lettres qui profitèrent, sans vergogne, du pouvoir que leur donnait la situation. D’autres qui crurent vraiment à l’Europe que
prônaient Hitler et ses idéologues. À l’heure de l’Épuration dans les Lettres, le Comité national des Écrivains statua sur le sort de ces intellectuels collaborateurs,
qui furent fusillés, condamnés à de lourdes peines, à l’indignité nationale ou à l’interdiction de publication. »

Une exposition événement en lien permanent avec l’actualité à l’heure où les mémoires de Maurice Papon sont éditées et l’œuvre de Céline récemment retirée des programmations officielles.  Une histoire en perpétuel roulement où l’utilisation du terme « Occupation »  semble signer un retour au mythe resistancialiste gaulliste.

Visuel: Loys Masson en compagnie de Louis Aragon et Philippe Dumaine qui tiennent la photographie de Pierre Seghers, directeur de la revue Poésie 41, 42… (Fonds Pierre Seghers/IMEC)

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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