Architecture

August Sander, voir, observer, penser

17 novembre 2009 | PAR Coline Crance

August Sander né en 1876 et mort en 1964, était un portraitiste sous la République de Weimar. Appartenant au courant de la « neue Sachlichkeit », « la nouvelle objectivité », il allie la photographie documentaire à la pratique artistique nous livrant de précieux témoignages de la vie et de la société de cette époque de l’Entre-deux-guerres dont s’est inspiré Haneke dans son film « Le Ruban blanc », actuellement au cinéma. La fondation Henri Cartier Bresson en collaboration avec Die Photographische Sammlung / SK Stiftung Kultur de Cologne, lui consacre une exposition commencée depuis le 9 septembre et qui se prolongera jusqu’au 20 décembre 2009, nous permettant de replonger par ces beaux clichés en noir et blanc dans cette époque de grands changements, de l’innovation mais aussi dans cette période de l’entre deux, annonçant la fin d’un monde qui se clôturera définitivement après la Deuxième guerre mondiale mais qui transparaît déjà à la lumière de ces photographies.

« Rien n’est plus odieux que la photographie saupoudrée de sucre avec des minauderies, des poses et des effets« .

August Sander est avant tout un portraitiste , il souhaite offrir une image de l’actualité tout en restant fidèle à la nature. L’exposition respecte sa démarche, en alliant ainsi galeries de portraits, notamment l’un de ces portraits les plus connus, « la femme à la radio », mais aussi ses clichés de paysages, variant de simples paysages d’openfields , de bocages, à des paysages plus rudes de montagnes où parfois dans cette harmonie de la nature s’interfère la marque de l’homme : pont , route, chemin de fer symbolisant cette innovation encore récente mais qui a déjà beaucoup bouleversé les esprits. En témoigne la photo de la « femme à la radio », arborant déjà un style vestimentaire proche de femmes des années 60, celui d’une femme libérée, une femme du monde, complètement intégrée au monde du travail, opposé au portrait de la femme de Sander lui même, tenant dans ses bras ses deux bébés au sein d’une maison bourgeoise et traditionnelle. Par le biais de ces deux photos, ce sont deux siècle qui se rencontrent mettant en évidence le tournant, la rupture qu’inaugure cette époque de l’entre deux guerres. Alors que Sander photographie sa femme dans cette intimité, dans l’instantanéité de la photographie, son autre portrait le propulse déjà vers l’avenir…

Un autre série de clichés retient aussi l’intention et trahit ce désir d’August Sander d’avoir par l’intermédiaire de la photographie une vision globale, intime du monde qui l’entoure. Sa série de photos sur les mains révèle cette envie de mettre à jour l’intériorité de ces modèles. Et les mains mieux que n’importe quelle partie du corps nous dévoilent une part de la vie de son possesseur. Chaque main est différente selon le métier qu’exerce le modèle, et August Sander, d’ailleurs titre ses photos , en fonction du métier qu’exerçait la personne photographiée : mains de sculpteur, mains de paysan … Mais il ne faut pas associer ces clichés à la prétention de dresser une typologie , un panorama des milieux sociaux de l’entre deux guerres, c’est avant tout bien une composition artistique propre à August Sander guidée par cette quête toujours insatiable de capter, d’occulter l’artifice de la pose photographique pour voler au réel une par de son instantanéité.

Toutefois, en ce qui concerne l’exposition, on peut regretter sa brièveté. Elle nous présente peu de clichés, ils sont repartis seulement dans deux petites salles et abrège un peu sèchement notre plongée dans l’histoire et dans l’univers photographique d’August Sander nous laissant un peu sur notre faim…

« August Sander, voir, observer, penser« , jusqu’au 20 décembre, Fondation Henri Cartier Bresson, 2 impasse Lebouis, Paris 14e, m° Montparnasse, mardi- dimanche de 13h00 à 18h30, samedi, de 11h00 à 18h45, nocturne le mercredi jusqu’à 20h30, fermé le lundi, 6 euros (TR : 3 euros)

Beth Ditto et JC/DC allument le BHV …
Les Publivores au Grand Rex, c’est la pub qui fait son cinéma !
Coline Crance

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *