Arts

Anri Sala en sons et images au Centre Georges Pompidou

03 mai 2012 | PAR La Rédaction

Après nous avoir éblouis avec 1395 Days Without Red dans le cadre du Festival d’Automne (voir notre critique), Anri Sala nous revient pour sa première rétrospective dans une grande institution française. Un accueil qui témoigne du parcours sans faute accompli par le jeune artiste albanais depuis son arrivée en France en 1996. De passage à Paris – il vit désormais à Berlin –, l’artiste a accepté l’invitation de la commissaire de l’exposition, Christine Macel, à venir présenter son travail.

Anri Sala a fait partie de la seconde promotion du Fresnoy, intitulée « John Cage » (1998-2000). Un clin d’œil prémonitoire s’il en est, quand on sait le rôle que devaient jouer par la suite la musique et le son dans son travail. Pour cette exposition, qu’il considère comme un médium et une œuvre en soi, Anri Sala a d’ailleurs imaginé une installation complexe, au sein de laquelle la circulation du visiteur sera régie par l’environnement sonore. Cinq écrans diffusent douze séquences en décalage, remontées à partir de quatre de ses œuvres récentes :

Answer Me (2008) : à Berlin, dans un dôme géodésique désaffecté, une jeune femme tente d’annoncer la fin de leur relation à son partenaire, tandis que celui-ci couvre ses paroles par des soli de batterie pleins de rage.
Le Clash (2010) : à Bordeaux, des habitants viennent jouer sur un orgue de Barbarie et une boîte à musique quelques feuillets perforés qui, mis bout à bout, recomposent le célèbre titre des Clash, « Should I Stay or Should I go ».
1395 Days Without Red (2011) : à Sarajevo, une femme marche, la ville est épuisée par le siège qui a duré 3 ans.
Tlatelolco Clash (2011), qui transpose le dispositif de Le Clash sur la place de Tlatelolco, à Mexico, lieu emblématique de l’histoire de la ville, qui vit les Aztèques livrer leur dernière bataille face à Cortès et connut un massacre en 1968.

Complétant ce dispositif, la paroi vitrée de la Galerie Sud du Centre Pompidou est pour la première fois visible dans toute sa longueur, le flux des passants venant composer un sixième écran dynamique au sein de l’exposition. Un des panneaux vitrés est incrusté d’une boîte à musique miniature, et 10 caisses claires sont alignées devant ce mur-rideau. Poursuivant la réflexion menée dans ses dernières œuvres sur les rapports entre le son et l’espace, Anri Sala s’octroie la fonction de chef d’orchestre. Un système de show contrôle va lui permettre de diriger une véritable symphonie de l’espace, dont il règle actuellement les derniers détails de la partition.

L’effet de surprise est total les premiers instants. Le public est ainsi happé par la musique et l’image qui le fait se déplacer comme un seul homme.

Pour comprendre sa démarche, comme bien souvent, il faut revenir aux sources, et à un de ses premiers films, Intervista (1998). Anri y confrontait sa mère à des images d’archives de sa jeunesse, alors qu’elle militait au sein des jeunesses communistes. La bande son était vierge, et c’est grâce à des spécialistes de la lecture labiale qu’il avait pu tenter une reconstitution de ses paroles, autrement envolées à tout jamais.

Le constat de l’incommunicabilité du langage, son incapacité à reconstituer la vérité du passé, sont des questions essentielles qui taraudent cet exilé temporel autant que géographique, dont l’enfance a été brimée par les atteintes à la liberté d’expression qui avaient cours dans son pays, soumis à un des régimes communistes les plus durs jusqu’à sa chute en 1991.

Quand des bribes d’événements culturels extérieurs parvenaient à filtrer sous le manteau, la temporalité en était de toutes les façons irrémédiablement brisée, asynchrone, décalée. Si bien que pour lui, l’instant à la fois si puissant et fragile qui marque la prise de parole ou l’amorce de la première note, a fini par revêtir avec le temps une importance primordiale, viscérale, tant ce souffle de vie s’empare instantanément de l’espace dans lequel il est projeté, pour en quelque sorte se l’approprier.

C’est pourquoi Anri Sala accorde autant d’importance à la progression des corps dans l’espace et aux errances géographiques. Au-delà des ruptures qui sont introduites dans la narration interne des films montrés, les durées relatives qui sont données à voir dans ces derniers entrent en résonance avec l’architecture de l’espace, à travers les différents dispositifs sonores coordonnés. L’expérience vécue par chaque visiteur est irréductiblement intime et ne s’offre pleinement qu’à ceux qui sauront renoncer un temps à la rationalité organisée du langage pour se laisser guider par leurs perceptions auditives. Alors se mettra en place une métafiction, dont la nécessité interne sera dictée par le rapport au temps qui est propre à chacun.

Visuels :

En une : No Barragan No Cry, 2002 © Anri Sala, 2011
Tlatelolco Clash, 2011 © Anri Sala, 20011. Courtesy : kurimanzutto, Mexico – Marian Goodman Gallery, New York – Hauser & Wirth, Zurich, Londres – Galerie Chantal Crousel, Paris
Title Suspended, 2008 © Centre Pompidou, MNAM-CCI © photo : Florian Kleinefenn
Doldrums, 2008 © photo : Sylvain Deleu

Géraldine Bretault et Amélie Blaustein Niddam

 

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