Arts
Andrés Serrano énerve l’Eglise

Andrés Serrano énerve l’Eglise

08 avril 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’archevêché d’Avignon est en retard, voila qu’il s’affole face au Christ de Serrano, affiche de l’exposition anniversaire pour les 10 ans de la Collection Lambert. « Je crois aux miracles » a débuté le 12 décembre et se termine le 8 mai.

Le photographe Andrés Serrano présentait récemment à la galerie du  108 rue Vieille Du Temple  un nombre imposant de photos, toujours perturbantes par leur grand format et le choix des sujets. Corps flétris nus, militant  du klus Klus Clan . Son travail  dérange et fascine.  L’archevêché d’Avignon a demandé jeudi le retrait de la photographie sous-titrée « Piss Christ » , réalisée en 1987 par l’artiste new-yorkais d’origine haïtienne. Elle met en scène un crucifix trempé dans son urine . « Devant le côté odieux de ce cliché qui bafoue l’image du Christ sur la croix, cœur de notre foi chrétienne, je me dois de réagir. Toute atteinte à notre foi nous blesse, devant le côté odieux de ce cliché tout croyant est atteint au plus profond de sa foi », a déclaré dans un communiqué l’évêque d’Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz.

« Devant la gravité d’un tel affront, j’ai essayé de joindre en urgence le responsable de l’exposition pour lui demander de retirer le cliché mis en cause ainsi que les clichés affichés dans la ville, je n’ai encore aucune réponse de sa part », a-t-il ajouté.

Le directeur de la collection Lambert, Eric Mézil, qui a affirmé à l’AFP ne pas être informé de la réaction de l’archevêché, a démenti tout caractère « blasphématoire » de l’œuvre offerte par l’artiste qu’il présente comme « très catholique ». « C’est une crucifixion comme il en existe des milliers dans l’histoire de l’art. Il faut reprendre le contexte d’une œuvre qui a été faite en 1987 au moment du sida aux Etats-Unis et qui reprenait une thématique un peu médiévale de ce que l’on appelait les humeurs du corps, le sang, la sueur, l’urine, les larmes », a ajouté M. Mézil.

Il a rappelé que l’œuvre avait fait l’objet d’une polémique aux États-Unis dans les milieux « extrémistes » au moment de sa création, mais n’avait suscité aucune réaction lors d’une rétrospective il y a cinq ans à Avignon. La municipalité, qui subventionne la collection, a indiqué dans un communiqué qu’elle n’avait pas « vocation à s’immiscer dans les choix artistiques effectués par les responsables d’un lieu qui n’est pas un musée municipal et dont la collection appartient à un mécène privé ».

Depuis son ouverture en 2000, la Collection Lambert en Avignon a tracé son chemin en devenant, exposition après exposition, un musée réputé en France et à l’étranger et qui a su acquérir une véritable reconnaissance régionale. Tout au long de ces dix années, le musée a ouvert ses portes à de très nombreux artistes de toutes nationalités, de toutes générations, dont beaucoup, amis et proches d’Yvon Lambert, ont réalisé des œuvres uniques, magiques, pérennes ou pensées spécialement pour le musée.

Plus qu’un bilan, l’exposition « Je crois aux miracles », révèle le foisonnement de ces artistes invités à participer à des expositions thématiques qui ont fait date, avec par exemple « Collections d’artistes » en 2001, « A fripon, fripon & demi » en 2003 ou « Figures de l’acteur » en 2006, ou ceux invités à réaliser leur première exposition d’envergure en France, d’Andres Serrano à Candice Breitz, de Francis Alÿs à Christian Marclay, et à quelques grands maîtres, de Cy Twombly à Sol LeWitt, de Miquel BarcelÓ à Douglas Gordon. Tel un portrait en filigrane du collectionneur cette exposition s’organise selon un voyage réel et imaginaire où se télescopent des images qui mettent en résonance les grandes thématiques qui parcourent cette collection commencée dans les années 60 avec ces trois mouvements phare, l’Art Minimal, l’Art Conceptuel et le Land Art, et se poursuit aujourd’hui encore avec plus de 400 nouvelles références dont certaines acquises ou données très récemment.

 

Roméo et Juliette : l’amour contre la société
Cannes 2011, Bong Joon-Ho, Lee Chang-Dong, et Jerzy Skolimowski présidents de Jury
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

4 thoughts on “Andrés Serrano énerve l’Eglise”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *