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Viola Davis par Dario Carlmese : la Une historique et engagée du dernier Vanity Fair

Viola Davis par Dario Carlmese : la Une historique et engagée du dernier Vanity Fair

15 juillet 2020 | PAR Loïs Rekiba

C’est l’actrice Viola Davis qui est mise à l’honneur sur la couverture du numéro de ce mois-ci. Photographiée par un photographe noir, Dario Calmese, cette Une se veut être une protestation.  

Une couverture historique qui possède une portée politique actuelle.

Deux semaines plus tôt, Dario Calmese ignorait totalement qu’il était en fait le premier photographe noir à shooter la couverture du célèbre Vanity Fair. La rédactrice en cheffe, Radhika Jones écrit dans son édito de ce numéro de juillet-août qu’ « À notre connaissance, c’est la première couverture de Vanity Fair réalisée par un photographe noir ». Le sujet de la couverture c’est elle, l’actrice Viola Davis qui, dans le même numéro, déclare à la journaliste qui l’interview – Sonia Saraiya – que  » les femmes noires n’ont pas non plus été photographiées traditionnellement pour la couverture de Vanity Fair ».

C’est désormais chose faite. En effet, plus d’un siècle après le publication de son premier numéro, Vanity Fair fait un pas en avant. Ce mardi 14 juillet, le magazine mis en scène sur les réseaux la couverture de son numéro d’été mettant en scène Viola Davis prise pour la première fois de son histoire, par le photographe noir Dario Calmese.

Dario Calmese est un photographe déjà bien installé dans le milieu de la mode. Il est notamment proche de certains créateurs afro-américains, et compte parmi ses proches collaborateurs Kerby Jean-Raymond, le directeur artistique de Pyer Moss. c’est lui qui a participé à la conception de la mise en scène du défilé printemps-été 2020 du styliste, qu’il avait nommé “American, Also”, et où il s’agissait de s’intéresser à l’expérience actuelle d’être Noir, aujourd’hui, aux États-Unis.

Viola Davis, souveraine et engagée.

Sur la frontpage de ce Vanity Fair estival, Viola Davis proclame son engagement politique de toute une vie, alors que la puissance du mouvement Black Lives Matter ne fait qu’augmenter outre-Atlantique. : “J’ai passé ma vie à protester”.

Elle est souverainement présente , assise, une main sur la hanche et coiffée d’un afro. Vêtue d’une robe Max Mara qui dénude son dos. Elle adopte une pose que l’on dira fidèle au travail du photographe, puisque il s’agit en fait de faire écho au portrait “The Scourged Back”, une photo de 1863 sur laquelle on voit  d’un esclave du nom de Gordonan marqué de cicatrices fruits de coups de fouet violents et répétés, comme le précise Dario Calmese dans le New York Times.

Pour Dario Calmese, il s’agit d’ancrer cette couverture inédite de Viola Davis dans le fil de l’Histoire,  “Non seulement celle autour de l’esclavage, mais aussi la façon dont les blancs ont toujours regardé les corps noirs”. Il explique fièrement que photographier cette Une aura été pour lui l’occasion de transposer le tout “en quelque chose d’élégant, de beau et de puissant ». Bref, quelque chose de souverain et d’engagé, à l’image de la pose de Viola Davis. Un poste sur son compte Instagram a été publié, il y félicite “toutes les femmes noires qui se sont senties invisibles alors qu’elles ont été en première ligne de tous les combats” : Nous vous voyons. Vous êtes aimées. Vous êtes puissantes et vous êtes belles.” Cette couverture s’inscrit donc bien dans l’idée de rendre visible les acteurs – et plus particulièrement ici les actrices – qui oeuvrent à représenter la minorité afro-américaine dans l’art.

Dario Calmese ou la photographie comme moyen de mettre en visibilité

Pour revendiquer la place des femmes noires en art, le shoot Viola Davis ne fait aucunement office de premier essai de la part du photographe. L’été dernier,  pour la couverture de l’été 2019 du Numéro Berlin, il a répondu à la question « Qu’est-ce que l’Amérique ? » avec une image  de cinq femmes noires coiffées de manières différentes, une image délibérément  inspirée des modèles 70’s  du magazine Ebony. « Les femmes noires ont maintenu ce pays uni depuis sa création ». Et pourtant, dit-il, « elles sont rendues invisibles »; avait-il déclaré.

Vanity Fair lui avait déjà fait appel. Il avait alors choisi le chanteur et acteur Billy Porter comme premier modèle. En mars, il photographiait l’actrice Catherine O’Hara, mais le tournage avait pris fin soudainement à cause des restrictions de l’État sur les rassemblements, et l’actrice a finalement été photographiée par drone. Puis, c’est vers la mi-juin que Dario Calmese reçoit l’appel de Vanity-Fair pour prendre Viola Davis en photo.

Selon lui, l’objectif était que Mme Davis ait l’air incroyable parce que, disait-il, elle mérite tout simplement de l’être. Mais cette mission était également pour lui une véritable occasion de bousculer les habitudes éditoriales du célèbre magazine de mode : régit par ce qu’il qualifie d’ « une norme industrielle banale »  il s’agissait, avec cette Une inédite,  d’insuffler le même vent de renouveau  que celui qui avait valu lors de ses défilés avec Jean-Raymond. « Il s’agit de remplacer les images qui nous ont tous couverts pendant des siècles, de nous dire qui nous sommes, notre position dans le monde et notre valeur », a déclaré de manière engageante le photographe.

Visuel ©Une de Vanity Fair par Dario Calmese 

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