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[Tour de Web] Le street art en crise identitaire

[Tour de Web] Le street art en crise identitaire

31 août 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Sur facebook, on déroule son fil tranquillement quand on voit surgir un courrier du Maire du 4e arrondissement de Paris, Christophe Girard : »Quand reconnaîtrons nous que toute peinture de rue n’est pas synonyme de dégradation » ? Tour de Web d’un phénomène : le street art a-t-il encore sa légitimité dans la rue, la toile s’interroge.

C’est Monsieur Chat qui met à jour ce changement de paradigme.  Dans un article publié par Le Parisien, l’artiste raconte:  « Je ne suis pas quelqu’un de malveillant, je respecte les gens et les lieux où je peins. Je suis passé plusieurs fois à Châtelet il y a trois mois alors que les travaux commençaient. J’ai trouvé les murs gris tristes, et de toute façon je savais qu’ils allaient recouvrir mes graffitis par du carrelage. »…

L’histoire débute ainsi : le 7 août, Thoma Vuille est convoqué par le tribunal. Il refuse de payer les 1800 € de dommages et intérêts réclamés par la RATP. La faute : avoir apposé le sourire de son chat aux larges dents sur une palissade dans les couloirs du métro.

Du street art partout mais pas dans la rue ?

Monoprix est très fier d’afficher dans ses vitrines des mannequins portant des tee-shirts plein de graphs. Le Monde raconte : »Monoprix s’associe à trois artistes parisiens — Nasty et Pro176, deux graffeurs, et Tanc, un musicien et artiste plasticien — pour une collection capsule disponible mercredi 27 août en magasin. A cette occasion, ces artistes de rue se sont attaqués à la mode femme, homme, enfant et aux articles de maison.  On se souvient de Banksy qui entre par effraction dans des musées pour y accrocher ses reproductions de toile. Ici, la subversion semble loin, et Basquiat est depuis longtemps bien présent au Musée D’Art Moderne.  Pourtant, il faut remonter loin, en 2009 pour qu’un média se pose la question de ce qui apparaît comme décalé : le street art dans les musées. Ce sont Les Inrocks qui posent alors la question : Tags et grafs quittent les murs de la rue pour ceux, immaculés, des grandes institutions. Reconnaissance ou non-sens ? « . Et de répondre fraichement : « Pourtant, et c’est une évidence, du mur à la toile, il y a le passage de la rue aux murs immaculés des galeries. L’exercice de style, aussi intéressant soit-il, est loin de faire oublier qu’autrefois exécutées dans la clandestinité et sous la menace de la répression, les oeuvres des grands noms du genre sont désormais devenues ornementations inoffensives destinées à la “haute société”.

Paris, musée en plein air.

Le site Underground Paris propose des visites guidées autour des toiles que sont les murs de la capitale et Culture Box a tenté l’expérience : Avec le street art, « il faut se comporter comme un enfant, selon Kasia. Toujours regarder autour de soi, partout. » Et c’est précisément selon ce principe que Kasia fait découvrir ce quartier qu’elle connaît si bien. Au détour d’une rue par exemple, elle demande à tous les participants de se mettre en file indienne contre un mur. On frôle le mur lentement, puis on en touche les fissures et les trous. « Il paraît simplement endommagé n’est-ce pas ? », interroge Kasia. Puis on se recule doucement en continuant à fixer le mur. Un visage apparaît, gravé dans le mur par l’artiste portugais Vhils, qui utilise burin et explosifs pour révéler des visages sur la surface des murs.

On trouve également des commandes de street art, Jef Aerosol dont La voix du Nord mentionnait très récemment une exposition dans une galerie, est celui qui a orné l’IRCAM de ce visage qui dit shuuut  ! pour encore quelques mois. L’opération de cet autoportrait rappelait alors  RFI  a été « mise en œuvre par la galerie Vertikall, sera inaugurée le samedi 18 juin à 10h30 et marquera le lancement officiel de la manifestation municipale mur4mur. Le pochoir restera en place jusqu’en 2014, début d’un autre « ravalement » de la façade. »

Paris musée en plein air, mais musée tout de même,

La façon dont les street artistes continuent d’occuper la rue reste d’actualité . Le quartier du Marais en est témoin, voyant les visages énervés réalisés par Konny Steding  dont l’évolution se suit sur Facebook, ou les oiseaux rigolos de Birdy Kids, repérés par la presse spécialisée, notamment Streetart-Paris Artiste. C’est également dans ce webzine que l’on apprend que Le Mouv a consacré tout l’été des déambulations dédiées à des artistes de street art.  La démarche de visibilité, la reconnaissance des médias, voient donc le street art quitter totalement l’esprit qui l’a vu naître pour, même en restant plein air, être traité comme les oeuvres placées en musées, leur offrant par la même occasion une passerelle pour être côtées. Fisca on line prend l’exemple de Banksy qui a connu récemment deux records d’enchères dépassant le million de dollars.

Et le chat dans tout ça ?

M CHAT lui sera exposé à l’automne à Vichy apprend-t-on sur le site de la Galerie d’art Berthéas, mais en attendant, il reste  pris dans une situation ubuesque : le maire d’arrondissement du lieu désigné comme dégradé et des articles le soutenant face à la RATP. Que dit le seul maître à bord des transports parisiens ?  Rien. Et pendant ce temps, les soutiens se multiplient auprès de M CHAT. On a vu une pétition se monter il y a quelques heures sur Change.org : »

Pétition adressée à :
RATP
Nous vous demandons de retirer votre plainte à l’encontre de Thoma Vuille, alias Monsieur CHAT, pour avoir égayé les couloirs EN TRAVAUX de la station de métro « Châtelet ».
Cordialement,
[Votre nom]

Déjà 1000 personnes avaient signé le 29 août à 15 heures.

Finalement, ce qui est surprenant dans ce tour de web c’est de voir le miroir se tourner : ce qui choque et cela est très louable, c’est qu’un graphiti soit vu comme une dégradation et que sa présence sur un mur sans autorisation de son propriétaire qui voit le web se réchauffer.  Quelle que soit l’issue de ce procès, l’acte en cours fera changer la perception que l’on a du mobilier urbain et de la façon dont on peut en disposer.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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