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[Tour de web] : le mot et la chose

[Tour de web] : le mot et la chose

09 novembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« Je vais le tuer ! » peut hurler une mère folle à un enfant si elle n’a pas un peu de self-contrôle ni de self-estime. Mais rarement, dans la « vraie » vie, elle s’excute. Un fait divers sordide nous rappelle qu’en ce moment, confondre le mot et la chose est devenu si tangible que la démence n’est plus un sujet. Jeudi, la starlette Nabilla a essayé de tuer son compagnon. Elle risque 7 ans de prison ferme.

Des stars de pacotille, des âmes fragiles

Nabilla marquera les années 2012-2014. Elle est l’archétype de ce que la société a produit de pire : un image réelle./ une télé réalité. Rien n’est vrai dans la télé réalité,  tout est scénarisé, peu importe pour le (jeune) spectateur. »Etre scotché aux émissions de télé réalité ou aux séries sentimentales, comme aujourd’hui 42% des ados, provoque une baisse notable des performances scolaires. A savoir, -11 points pour les résultats en maths, et -16 % pour l’acquisition des connaissances. » écris Alain Lieury, chercheur en psychologie cognitive à l’EUB (Université Européenne de Bretagne) cité dans Temps Réél.

Le passage à la réalité hors télé est plus dur. La poupée gonflée est accusée de meurtre, d’autres, Loana en guest ont tenté de se suicider.  D’ailleurs, avec finesse, Cyril Hanouna a charrié sa chroniqueuse d’alors sur le lieu de sa première fois : »Excusez-moi, vous vous êtes Nabilla ou Loana ? », le magazine Public explique l’allusion : « rappelant ainsi les fameux ébats sexuels de la candidate de télé-réalité dans Loft Story, avec Jean-Édouard ». 13 ans Le Loft 1, l’ex bimbo blonde reste cette fille déjà en crop-top sans pull marine au fond de la piscine.

Sur le Grand Journal, Antoine De Caunes a taclé la Télé-Réalité de « merde ». Il faut dire, le Zapping venait d’envoyer du lourd en diffusant une séquence des « Cht’is dans la Jet Set » où des candidats se demandent ce qu’est la lune : « pas un satellite ! » Entendra-t-on sans qu’un petit mot d’explication ne soit rajouté en bas de l’écran. Pourtant, les scénaristes ont l’habitude de tout sous-titrer, mais là non. La bêtise reste là béante, diffusant un message clair : la connaissance ne compte pas, c’est passer à la télé qui « vaut ».

Un président confession

Et cela,  François Hollande l’a bien compris. Vendredi matin, Emmanuel Todd sur France Inter disait « on le critique sur son style, sur sa cravate ». Il pointait l’acte qui voit un chef d’Etat déballer sa vie privée sur un plateau sans entrer dans le fond des choses. « La comédie est la même à droite (…) ces émissions sont un déni de démocratie. » ajouta-t-il.

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Et en effet, l’affaire n’est pas neuve, Jacques Chirac a en son temps changé de lunettes et François Mitterrand s’est fait limer les dents. Doucement, la représentation au sens de l’image perçue des faits a suppléé au tangible. Il faudrait attendre des reformes qui serait produites à un rythme médiatique quand le temps de la Loi reste long. Reste qu’il faut faire le buzz à tout prix. 20 minutes produit un article le lendemain de l’interview sur TF1 de jeudi soir « Les 10 meilleurs tweets sur l’intervention de François Hollande ». Le symbole est fort : la petite phrase prime sur le contenu, rien de nouveau sous le soleil mais tout de même, cela est devenu dangereux. Le cas d’Eric Zemmour est parlant. Celui que le FN voit comme son porte-parole, « un instant de fraicheur » pour Florent Philippot est toujours présent sur les plateaux télévisuels, même après ses propos négationnistes. Dans la joute qui l’a opposé jeudi à Mazarine Pingeot, ce qui a été retenu, c’est la violence de l’attaque. Mais la seule question qui aurait du se poser est : Pourquoi la haine est-elle invitée sur les plateaux de la vraie télé-réalité, non scénarisée cette fois ?

Oui, nous confondons le mot et la chose et prenons ces joutes pour du divertissement. Il n’en est rien. Des Chtis à Zemmour, le fil de la bêtise est tissé, laissant au vide la place suffisante que la « rationalisation de la haine » pour citer Mazarine Pingeot, pourra combler.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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