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René Vautier est mort, vive René Vautier

René Vautier est mort, vive René Vautier

05 janvier 2015 | PAR Matthias Turcaud

A l’heure où les nationalismes montent dans l’Europe entière et qu’un Eric Zemmour ne cesse de faire le coq devant une foule de médias aux aguets, la mort du documentariste octogénaire René Vautier tombe, si l’on peut dire, à pic. Elle nous permet d’honorer un cinéaste Robin des Bois, engagé et en colère, dont la vie se confond intimement avec l’oeuvre et les combats.

Après des études secondaires au lycée Quimper et un diplôme à l’IDHEC, l’ancêtre de la Fémis, en section « réalisation », le réalisateur a su tout au long de sa carrière longue de 70 ans – son premier film date de 1944 ; son dernier, co-réalisé avec sa femme, de 2014 – s’atteler avec courage à des sujets tabous.

Sa carrière, essentiellement constituée de films documentaires hormis son œuvre la plus célèbre – Avoir 20 ans dans les Aurès, Prix international de la critique au Festival de Cannes 1972 (voir ici notre critique) – se subdivise en plusieurs thématiques et grands combats : le colonialisme et la guerre en Algérie, le racisme, la pollution notamment …

Surtout il n’a jamais hésité à se mettre en danger : censuré, emprisonné, haï, Vautier a mis en veilleuse son confort personnel voire sa vie pour défendre jusqu’au bout les idées qui lui semblaient justes et les images qui lui tenaient à coeur. Vivre et lutter pour des images s’intitule bien la biographie en deux volumes consacrée au cinéaste par une de ses collaboratrices – Nicole Le Garrec, qui a pu travailler avec lui comme scripte et co-réaliste – et son mari Félix Le Garrec, et publiée chez Coop Breizh, Spézet en 2011.

Mort, René Vautier ? Non, il vit dans d’autres filmeurs-documentaristes investis du même courage – le réalisateur Sylvain Georges, auquel on doit notamment Vers Madrid (2012) sur les expérimentations politiques et poétiques mises en œuvre par des milliers d’individus à Madrid en 2011 et 2012 -, ou Claus Drexel, auteur du récent et bouleversant documentaire Au bord du monde (2014), qui met dans la lumière des figures condamnées à l’ombre, tous les sans-abris innombrables qui peuplent les rues de la ville de Paris.

Visuel : DR

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

2 thoughts on “René Vautier est mort, vive René Vautier”

Commentaire(s)

  • lethierry

    bravo!
    « qu’un mur se dresse sur la route de ce qu’il veut montrer,la seule solution consiste a foncer dans le mur,caméra au poing
    et tete en avant!Les murs n’ont qu’a bien se tenir »
    (h.langlois)

    janvier 5, 2015 at 22 h 38 min
  • TURCAUD Marie

    bravo Matthias TURCAUD quelle prose !

    janvier 6, 2015 at 9 h 35 min

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