Politique culturelle
Louise Bourgeois Moi Eugénie Grandet

Louise Bourgeois Moi Eugénie Grandet

04 décembre 2010 | PAR Bérénice Clerc

Louise Bourgeois, artiste essentielle de la scène contemporaine, a souhaité présenter, jusqu’au 6 février 2011, dans l’intimité de la Maison de Balzac, une exposition dédiée à Eugénie Grandet.

Le roman de Balzac Eugénie Grandet, est célèbre dès sa publication en 1833, il met en scène le père Grandet, vigneron d’une avarice instinctive, sa femme que l’insensibilité de son mari écrase et finit par tuer, et sa fille Eugénie, douce, bonne et aimante, déçue dans ses sentiments, se referme sur elle-même et devient une vieille fille charitable mais amère. Le roman de Balzac traite donc de la famille, de l’adolescence, de la douleur et de la solitude : autant de thèmes explorés par l’inimitable Louise Bourgeois s’occupe du féminin. Depuis  ses premières peintures, à la fin des années 30 Louise Bourgeois explore la Femme sans relâche. Rien d’étonnant à ce qu’Eugénie Grandet soit un personnage central dans la genèse de l’œuvre de Louise Bourgeois, elle y voit « le prototype de la femme qui ne s’est pas réalisée. Elle est dans l’impossibilité de s’épanouir. Ce personnage de Balzac est la prisonnière de son père qui avait besoin d’une bonne. Son destin est celui d’une femme qui n’a jamais l’occasion d’être une femme… »

Entièrement fondée sur la mémoire et les « motivations enfantines », l’œuvre de Louise Bourgeois est autobiographique. Au service de l’inconscient, son art cathartique renvoie aux relations mère /

enfant ou père / enfant.

Louise Bourgeois est un cas particulier de l’histoire de l’art contemporain, sa reconnaissance fût tardive, sa longévité exceptionnelle, sa situation d’expatrié d’un siècle projeté dans un autre, de l’ancien au nouveau monde, la pousse dans une recherche du temps perdu dont les reliques de vie omniprésentes donnent naissance à des oeuvres surprenantes, violentes, actives sans cesse renouvelées au niveau formel.

 

« I’m working on a show about Eugénie Grandet for the Maison de Balzac in Paris, opening next November. I love that story. It could be the story of my life ».ditto Louise Bourgeois dans The Guardian Newspaper, Londres, le 19 septembre 2009

La mort nous a enlevée cette artiste extraordinaire…

Balzac et Bourgeois se rencontrent, hors du temps, de l’espace, cent ans les séparent, ils se rejoignent autour d’une femme par leur analyse puissante de la société, leurs efforts profonds à tenter de percer les plus intimes secrets de l’âme humaine.

Eugénie Grandet, fille ignorante passe son temps à raccommoder des torchons…Louise Bourgeois s’est reconnue dans cette humble activité couturière et revient à la broderie, technique féminine par excellence mais surtout mode de création lié au souvenir de sa mère tisserande, elle nous livre plusieurs séries d’œuvres qui évoquent le temps qui passe, les occupations inutiles, le flétrissement, la solitude. Une incroyable poésie pleine d’humour comme toujours chez Louise Bourgeois pour dégager sans impudeur l’intime, le secret, la solitude, l’isolement de l’artiste cultivés sans cesse puis livrés aux spectateurs émus.

23 oeuvres crées de 2007 à 2009 sont exposées. Des torchons, des mouchoirs, ceux de son enfance, rapportés de France et entassés dans des armoires Américaines pendant toutes ces années dans l’attente d’être recyclés en oeuvres d’art.

 

Seize tableaux, collages, ex-voto, reliquaires évoquent le temps qui passe et nous fuit. Le parfum du passé, les ouvrages de dames, les perles, les fleurs séchées ou artificielles, les boutons, les herbiers, transfigurent le temps, le siècle, la vie.

Les heures s’égrainent sans passion, le nécessaire de couture d’Eugènie, le quadrillage symétrique et rassurant du torchon qui jamais ne brulera, l’ennui, la campagne profonde, le bruit d’une pendule, le balancier d’une horloge, les mouches volantes et bruyantes, l’angoisse, la hantise, la résignation, tout y est.

La marque du traditionnel trousseau en bas du torchon ou des draps devient ici la signature de l’artiste brodée de rouge : LB.

Louise Bourgeois donne une forme plastique au vide de l’esprit, elle sublime les objets pour atteindre l’émotion, elle donne vie à l’âme d’Eugènie Grandet qui la hante depuis toujours.

 

Des lectures, des conférences, des ateliers sont organisés à la Maison Balzac autour de l’exposition, n’hésitez pas à visiter leur site.

Maison de Balzac 47 rue Raynouard 75016 Paris Tél : 01-55-74-41-80 www.balzac.paris.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h sauf jours fériés Tarifs Plein tarif : 4€ / Tarif réduit : 3€ / Demi-tarif et tarif jeune : 2€. Gratuité pour les moins de 14 ans

 

Infos pratiques

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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