Expos

Women House à la Monnaie de Paris, une exposition politique et poétique

Women House à la Monnaie de Paris, une exposition politique et poétique

20 octobre 2017 | PAR Alice Aigrain

Après six années de travaux, la Monnaie de Paris inaugure ses nouveaux espaces avec une exposition temporaire consacrée aux œuvres d’une quarantaine d’artistes femmes. À travers leurs créations, la Monnaie s’interroge le rapport du genre féminin à l’espace domestique. Une exposition à ne pas manquer.

C’est en 1890 que la première femme est diplômée d’architecture et c’est dans ce passage du XIXe au XXe siècle que démarre le propos de l’exposition qui s’étend jusqu’à nos jours. Alors que l’espace urbain et public a été longtemps (et reste toujours majoritairement) celui du masculin, l’espace domestique et intérieur a été celui du féminin. Entre le lieu d’un enfermement dicté par les oppressions d’une société patriarcale et celui du seul refuge possible, l’exposition entend montrer comment certaines femmes ont exploré cet espace dans leur création artistique.

En donnant la place à des femmes autour d’un sujet à la fois d’histoire de l’art, mais aussi d’anthropologie, de sociologie et de philosophie, l’exposition évite l’écueil qui consiste à chercher l’essence d’une création féminine. La revendication de l’aspect militant et politique du propos permet de donner une place centrale à des femmes dans une histoire qui les engage. En collaboration avec le National Museum of Woman in the Arts de Washington D.C, la Monnaie de Paris offre un parcours autour de l’ambivalence de l’espace domestique. Photographie, vidéos, dessins, sculptures, installations, les médiums se démultiplient au fur et à mesure des salles.

De l’envie de sortir de cet espace dont l’usage semble lié à des diktats genrés, au besoin de ce lieu comme refuge nécessaire et isolé d’une société qui oppresse plus encore dans l’espace public, les artistes explorent et questionnent. L’injonction au travail domestique est illustrée au début du parcours par les œuvres critiques et acerbes de Martha Rosler dans Sémiotics of the kitchen, Cindy Sherman, ou Birgit Jurgenssen. Non sans humour et ironie, elles explorent les symboles de la soumission à un système patriarcal qui ne leur laissent une place que dans le carcan stéréotypé d’une vie bourgeoise où la femme est cantonnée chez elle. Une maison de poupée, où la femme n’est qu’un élément d’un jeu dont elle ne contrôle pas les éléments externes, tel que le représente Rachel Whiteread dans son jeu d’échecs domestique : Modern chess set. La maison devient alors une prison familière, dont la seule échappatoire est parfois en son sein même : dans cette fameuse « chambre à soi » dont parle Virginia Woolf dès 1929. Le foyer devient alors un refuge, face à d’autres formes d’oppressions, comme l’illustre la photographie de Zanele Muholi, une artiste sud-africaine, qui montre un moment d’intimité entre un couple lesbien. Il faut alors parfois bâtir sa maison pour en sortir, ou bien encore l’incarner, comme le fait Niki de Saint-Phalle avec ses Nana-Maisons dont l’une emplit la cour du 11 quai de Conti.

Ces allers-retours dans la dichotomie de cet espace sont une passionnante exploration d’une composante sociologique et politique, ainsi qu’une façon de découvrir ou de mettre en avant les œuvres d’artistes femmes qui ne sont jamais mises au centre du grand récit de l’histoire de l’art. Puisque là encore, par les mêmes idéologies, il a souvent été statué que l’art n’était pas une chose de femme. Trop politique, trop extérieur, l’art est vu comme une activité qui s’inscrit dans la cité que l’on réserve aux hommes. Une injustice dont le constat a pourtant été fait dès 1971 par Linda Nochlin dans son article au titre polémique « Pourquoi n’y a-t-il pas eu de grandes femmes artistes ? » Ici, le propos n’est donc pas seulement militant et actuel, il se veut aussi poétique, artistique et politique.

Cindy Sherman, Untitled Film Still #35, 1979. © Courtesy of the artist and Metro Pictures, New-York.

Martha Rosler, Woman with Vacuum or Vacuuming pop Art, 1966-72. © Courtesy of the artist.

Rachel Whiteread, Modern Chess Set, 2005. © Rachel Whiteread courtesy of the artist. Luhring Augustine. New York. Lorcan O’Naill. Rome ans Gagosian Gallery.

Nil Yalter, Topak Ev. 1973. © Isabelle Arthuis.

Niki de Saint Phalle, Nana Maison II, 1966-67. © A.A.

 

10000 gestes, le requiem tonitruant de Boris Charmatz
Interview d’Annie Miller, créatrice du Festival Ciné des villes, ciné des champs
Alice Aigrain
Contact : alice.ai@orange.frwww.poumonsvoyageurs.com

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *