Musique

Live report : Sexy Sushi à la Cigale (3/12/10)

04 décembre 2010 | PAR Mikaël Faujour

Sexy Sushi est-il le meilleur groupe de scène français ? D’après la performance explosive qu’ils ont livrée à la Cigale, la réponse est OUI ! Délirant et régressif, carnavalesque, primitif, le duo électro dada – et avec lui tout le public – a donné un concert incroyable, hilarant, orgiaque et en un mot : mémorable.

L’espace d’une heure et demie, la Cigale, transformée en nef des fous, a pris des allures de grande fête délirante, de cour de récréation, laissant un public déchaîné donner cours à ses pulsions ludiques les plus contenues. Tandis que près du tiers de la fosse envahissait les planches pour danser et sautiller dans une gaîté farcie d’absurde, les limites scéniques explosaient sur fond de compositions technoïdes obsédantes.

Untel se promène à quatre pattes en jouant au chat, tandis que le « bourreau » de Sexy Sushi, préposé à la manipulation d’une poursuite, le fouette. Certains montent sur scène pour en sortir aussitôt ou se lancer dans un slam sur le public exultant. Un catcheur mexicain obèse saisit et jette à la foule des spectatrices. Un marin tape la bise à la chanteuse et à son acolyte rivé à l’ordi. Quelques femmes de l’assistance dansent les seins nus, l’une d’elles déguisée d’une façon délicieusement bouffonne porte même une cape rouge.  La joie débordait, indifférente aux notions de bienséance et de ridicule (abandonnées à la froidure du dehors) – et en ceci orgiaque.

Chef d’orchestre de cette cérémonie gaîment grotesque (qui rejoint sur le fond les opéras paniques de Jodorowsky/Topor/Arrabal), la chanteuse Rebeka Warrior pourrait être couronnée duchesse du dadaïsme, pour le grand n’importe quoi de ce qui ne mérite même plus d’être appelé « concert » tant son caractère foutraque en excède les limites habituelles. Sorte d’Iggy ’pataphysique à nichons (dont les tétons sont cachés chacun par une croix de sparadrap noir), la demoiselle chante, crie, parodie (une incongrue reprise du « Je t’aime » de Lara Fabian, notamment), danse frénétiquement, grimpe quasi jusqu’aux balcons, slamme sur la foule, beugle façon death metal, et  balance de joyeuses obscénités sexuelles.

Ce soir, tout le monde avait 5 ans, et 15, et 20, dans ce grand barnum régressif où tout le sérieux du monde (la mort, la politique, le bon sens – y compris sur l’autoroute –, l’ordre…) était renvoyé à sa plus plate vanité, scandée par les paroles insolentes chantées à tue-tête par la foule.


Ce qui, sur les albums, a des airs d’enfilades de gags, prend en live une toute autre dimension. Servant les impayables punkonneries de Rebeka, les compositions techno de Mitch Silver (sic) s’avèrent de parfaits boutefeux (on sent d’ailleurs bien l’ascendance rave). L’effet est physique et les cavalcades font sauter et gueuler un public rendu dingue comme des marmots à l’heure de la récré. « Vous êtes plus cool que mes parents », lance d’ailleurs la chanteuse. Tu m’étonnes.

Ajoutez à ça un fond ludiquement revendicatif pro-LGBT (le drapeau est même déployé par deux gogo-dancers body-buildés, « de sexe gay ») et certainement féministe, et vous trouvez avec ces deux punks de cœur ce qui est probablement le meilleur groupe de scène en France à l’heure actuelle.

Clairement, le jour où les boîtes de nuit accueilleront de pareilles festivités primitives, la société toute entière pourra bien s’y ruer pour vidanger dans une joie explosive tout ce qu’elle refoule d’énergie gâchée et de ludisme corseté. Long live Sexy Sushi !

Remerciements à Gérard Chic , pour ses photos (galerie complète du concert sur cette page).


Livres jeunesse : Premiers printemps d’Anne Crausaz et A quoi ça rime ? de Junko Shibuya
Louise Bourgeois Moi Eugénie Grandet
Mikaël Faujour

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