Politique culturelle
« La Maison des Destins » : une histoire de la Shoah en Hongrie par Viktor Orban

« La Maison des Destins » : une histoire de la Shoah en Hongrie par Viktor Orban

15 avril 2020 | PAR Marjorie Le Meur

Les mesures politiques mises en place par le gouvernement hongrois depuis le début de la crise sanitaire suscitent de nombreuses controverses. Un « cap vers la dictature » selon certains parlementaires. Dans ce contexte polémique, un nouveau projet d’une toute autre allure envisage de réviser l’histoire de la Shoah en Hongrie.

Le Premier ministre Viktor Orban s’est attribué la quasi totalité des pouvoirs pour une durée indéterminée au nom de la lutte contre le Coronavirus. Il est désormais habilité à légiférer par ordonnances et à prolonger l’état d’urgence dans le cadre de la pandémie sanitaire. Toute loi peut désormais être suspendue et d’autres peuvent être appliquées, sans recours au Parlement, ni à la Justice. Par ailleurs, la liberté des médias est de nouveau bafouée dans le pays avec la mise en place de sanctions pénales allant jusque 5 ans d’emprisonnement pour diffusion de fausses nouvelles. De nombreuses critiques dénoncent un abus de pouvoir de la part du gouvernement hongrois.

Dans ce même temps, Viktor Orban travaille à sa reconduite au pouvoir pour les élections de 2022 et envisage d’inaugurer avant la fin de l’année la « Maison des Destins », projet commencé en 2014 et en attente depuis trois ans.


Installé à Budapest, dans une gare désaffectée d’où sont partis de nombreux trains pour Auschwitz, au coeur d’un pays comptant 800 000 juifs avant la Deuxième Guerre mondiale et où 600 000 ont péri dans la Shoah, il s’agit d’un musée visant à réécrire cette histoire nationale de la Shoah. Cet édifice doit joindre les témoignages des victimes de l’occupation nazie et saluer les actes de courage des Hongrois à l’égard de leurs concitoyens juifs. Alors qu’il travaille depuis le début avec l’association des juifs de Hongrie et Yad Vashem, le Mémorial de la Shoah à Jérusalem, au début, ce projet a été bien reçu. Mais minimisant le fascisme hongrois, mettant en avant que le pays a subi deux régimes totalitaires et placée sous la responsabilité de l’historienne controversée d’extrême droite, Maria Schmitt,  la « Maison des destins » a  fini par se heurter à de vives critiques. Finalement placé sous la responsabilité du rabbin loubavitch hongrois Shlomo Köves (qui a certes un doctorat d’histoire mais aucune expérience en muséologie), ce projet de musée reprend donc au coeur de la crise du Coronavirus.

Benjamin Nétanyahou, Premier ministre d’Israël, proche d’Orban, a salué cet engagement et ce, malgré les réprobations de Yad Vashem et du musée de l’Holocauste de Washington. Le projet de la Maison des destins s’inscrit dans une série d’initiatives mémorielles largement contestées, d’abord celle de réhabiliter l’image de l’amiral hongrois Miklos Horthy, proche de l’Allemagne nazie qui avait édicté plusieurs lois antisémites puis fait déporter 437.000 Juifs de Hongrie principalement vers Auschwitz-Birkenau et pourtant désigné par Orban d’ « homme d’Etat exceptionnel » en 2017. Et puis en 2014, Orban édifiait le « Mémorial des victimes de l’invasion allemande » sur la place de la Liberté de Budapest. Un monument qui symbolise par un aigle allemand l’invasion nazie sur le peuple hongrois représenté par un ange Gabriel, sans évocation particulière des victimes juives.

Source: Viktor Orban, Premier ministre hongrois (c) CC

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