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Benjamin Orenstein est mort

Benjamin Orenstein est mort

11 février 2021 | PAR La Rédaction

 

L’un des derniers rescapés de la Shoah en France vient de quitter ce monde qui lui a tant fait de mal. Benjamin Orenstein, un homme entré dans l’Histoire à 14 ans. Il est décédé ce mercredi 10 février, à Lyon, à l’âge de 94 ans.

Par Ilan Levy

 

Natif d’Annopole en 1926 en Pologne, Benjamin Orenstein était l’un des derniers survivants de la Shoah en France et à Lyon où il résidait.
Il avait donné une dernière interview pour Actualité Juive en novembre 2020 dans laquelle il revenait sur son parcours impressionnant de malheur, puis de détermination,
Il était le seul survivant d’une famille de 5 enfants, tous morts en camps d’extermination. Il est déporté dans de nombreux camps et vit toutes les étapes de l’antisémitisme exterminateur, de l’antisémitisme ordinaire des Polonais jusqu’aux chambres à gaz d’Auschwitz, sans oublier les sinistres marches de la mort. Jeune, seul, sans famille, se jurant de ne jamais retourner en Pologne, il part en 1947 pour la Palestine « rejoindre le rêve sioniste ». Il est directement envoyé aux combats de la Guerre d’Indépendance israélienne ; il préfère mourir les armes à la main. De cette époque de combat, il se rappelle surtout que personne ne parle de la Shoah et que les rescapés sont invisibles dans la jeune société israélienne : « avant le procès Eichmann, nous étions mal vus, comme des moutons qui allaient à l’abattoir ». Il rejoint rapidement un cousin en France, le dernier rescapé de sa famille nombreuse qui a gardé une unique photo de sa famille.
Ensuite, il s’installe à Lyon où il se marie dans les années 50, il a 2 enfants et 3 petits enfants. Il se lance dans le commerce de l’habillement et le silence continue à habiter sa vie.
De la Shoah, il est tacitement interdit de parler dans cette France des 30 Glorieuses.
Inlassable travailleur, père de famille bienveillant, il n’en parle pas avant le procès Barbie à Lyon en 1987. Il est révulsé par l’irruption dans le débat public des négationnistes : « c’était insupportable et inacceptable, Faurisson et compagnie, ont voulu transformer Lyon, capitale de la Résistance, en capitale des négationnistes ». Il rejoint l’Amicale des Anciens d’Auschwitz, dont il sera longtemps président, et débute ses témoignages devant les élèves. Malgré ses promesses, il retourne en Pologne pour des voyages de la mémoire. Il se souvient : « avant la guerre, les ministres polonais appelaient à boycotter les Juifs, il régnait contre nous une grande violence. La Pologne ne se préparait pas à la guerre contre les nazis, mais persécutait les Juifs ». Aujourd’hui, « quand je visite le musée juif de Varsovie, j’entends l’orgue comme dans une cathédrale, je suis révolté par la Pologne actuelle, la « Pologne éternelle  » semble toujours bien présente ».
Avec le Covid, il sortait moins mais gardait le moral et l’espoir de continuer à témoigner « jusqu’au bout de mes forces » insistait-il.
Son travail de mémoire restera, les milliers de jeunes élèves qu’il aura accompagné « les témoins des témoins » auxquels il confiait la mémoire de la Shoah, sont aujourd’hui bien orphelins tout comme sa famille, ses amis et les membres des associations qu’il a portées jusqu’au bout.
Une vie de combat sans concession au racisme, à l’antisémitisme et au négationnisme.
Ses mémoires « Ces mots pour sépulture » devenues une pièce de théâtre, mise en scène par Charlotte Jarrix, à l’immense succès, continueront de faire vivre la mémoire de ce grand homme qui a traversé les tourments du siècle…en restant debout jusqu’au bout.

Visuel : ©Ilan Levy

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