Politique culturelle
Hissène Habré et son procès, tristes « stars » de la presse sénégalaise

Hissène Habré et son procès, tristes « stars » de la presse sénégalaise

21 juillet 2015 | PAR Elodie Schwartz

Le procès d’Hissène Habré s’est ouvert lundi 20 juillet devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE) au Sénégal. L’occasion pour la presse de faire de l’ancien président tchadien l’homme de toutes les Unes. 

Hissène Habré est désormais devant la justice. Son procès, pour crimes de guerre, crimes contre l’Humanité et torture, s’est ouvert lundi 20 juillet 2015 à Dakar devant les Chambres africaines extraordinaires. Celui qui a dirigé le Tchad entre 1982 et 1990 ne souhaitait pas s’y rendre mais y a « été emmené de force », rapporte RFI. « Il a été conduit au palais de justice de la capitale sénégalaise où il est apparu, entouré de gendarmes, vêtu d’un boubou blanc, la tête entourée d’un turban couvrant sa bouche », explique au Monde son avocat français, François Serres.

Le premier jour du procès d’Hissène Habré a donc connu un début difficile d’autant plus que lors de l’audience, l’accusé âgé de 73 ans aurait crié contre l’institution judiciaire : « A bas l’impérialisme. A bas le nouveau colonialisme ». Maîtrisé par les forces de l’ordre, Hissène Habré, ainsi que ses sympathisants, s’en seraient ensuite pris au tribunal dont ils ne reconnaissent pas la légitimité et dont ils estiment le jugement acquis d’avance. A la suite de cela, une pause de trois heures a été proclamée et l’audience a repris mais pour cinq minutes seulement. « Le temps pour le Président de la Chambre d’assises de lire une déclaration écrite de Hissène Habré, par laquelle il refuse de se présenter devant le tribunal. » Face à cette défiance annoncée, le Président du tribunal, qui peut le faire comparaître de force, a choisi cette dernière option. A moins d’un rebondissement, Hissène Habré sera donc à nouveau présent à son procès mardi matin.

La presse sénégalaise se déchaîne

Face à ce qui peut être considéré comme l’une des plus grosses affaires de l’histoire de l’Afrique, la presse sénégalaise, pays où se déroule le procès, n’a pas manqué d’exprimer sa pensée. « Jour 1 du procès de l’ancien chef d’Etat tchadien : Habrégé ! » note L’Observateur à sa Une, soulignant que « Hissène disjoncte et fait suspendre l’audience ». « Affaire Habré : Le procès s’ouvre dans le chaos » titre Le Populaire, expliquant que l’audience a été émaillée d’incidents, et que Habré refuse de se faire photographier et filmer. Sur les réactions de l’ancien président tchadien, Le Quotidien, lui, estime que « Habré torture la Cour », « harangue ses partisans et irrite les juges ». De son côté, L’As mentionne qu' »Habré se déchaîne » tandis que le journal EnQuête raconte l’ouverture du procès de Habré et estime que c’était « comme sur un ring ». « Habré s’en prend aux politiciens pourris du Sénégal », titre La Tribune, relayant les propos de l’accusé : « En bas les traîtres de l’Afrique ». « Début dans la cacophonie », indique Le Témoin à sa Une, à côté du Soleil qui note que « Habré récuse la chambre et garde le silence ». Pour la première fois, c’est « l’Afrique qui juge l’Afrique », et « l’homme africain est entré dans l’Histoire… de la justice » ironise le dessinateur Rodho.

 

Tous ces titres focalisés sur le procès d’Hissène Habré donnent donc un avant-goût des trois mois de débats à venir : un procès au cours duquel les victimes présumées, qui courent après la justice depuis 25 ans, n’auront probablement pas l’occasion d’entendre les explications de l’ancien chef d’Etat.

Pour rappel, Hissène Habré est jugé depuis lundi 20 juillet pour la mort de dizaine de milliers de personnes. Dès son arrivé au pouvoir, le chef d’Etat et ancien ministre de la défense, impose un régime autoritaire et une répression féroce : le Parti unique est instauré et des exécutions d’opposants sont lancées. A l’époque, les bâtiments situés en face du palais présidentiel servent de de lieu de torture et de prison tandis que d’exécutions, plus sommaires, se déroulent aux portes de Djamena (Tchad). En 1992 des charniers sont même découverts : le régime d’Hissène Habré est responsable de la mort de plus de 40 000 personnes et laisse 80 000 orphelins selon la commission d’enquête tchadienne.

Visuel : © Capture d’écran Twitter

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