Politique culturelle
Erri de Luca : Bientôt la prison ?

Erri de Luca : Bientôt la prison ?

25 septembre 2015 | PAR Kalindi Ramphul

Un procès contre Erri de Luca, auteur de Un jour avant le bonheur se tient depuis janvier. L’illustre écrivain est accusé d' »incitation au sabotage » de la ligne ferroviaire Lyon-Thurin. Lundi 21 septembre, le parquet de Turin a requis huit mois de prison ferme. Le verdict sera rendu le 19 octobre. Toute La Culture vous explique les faits.

Le cas Erri de Luca, auteur de Les poissons ne ferment pas les yeux, ne cesse de faire du bruit. Et pour cause, une incarcération potentielle pour « déclarations » sonne un brin anti-démocratique. En effet, l’écrivain de renom et militant d’extrême gauche avait déclaré en 2013, au journal Huffington Post«La TAV doit être sabotée». La TAV est la ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin, qui, depuis plus de vingt ans, est au centre du débat public en Italie. Ce tunnel de la discorde a vu, pendant des années, naître une forme de guérilla. Des opposants au tunnel, chaque jour, sont venus s’allonger sur la ligne de chemin de fer pour manifester leur mécontentement et même leur refus de voir ces travaux aboutir. Les détracteurs brandissent des pancartes au slogan court mais explicite : NO TAV! Leurs arguments ? Les habitants du Val di Susa considèrent les dépenses nécessaires pour la réalisation de la ligne bien trop onéreuse. Par ailleurs, des pelleteuses sont protégées par un fortin grillagé et des centaines de policiers et soldats en permanence, pour un surcoût d’au moins 50 000 euros par jour. Exorbitant! Outre ces dépenses outrageuses, le mouvement No Tav dénonce depuis toujours cette militarisation du Val di Susa au service d’intérêts mafieux, pour un projet qui n’est pas seulement coûteux, mais aussi, toujours selon eux, inutile et néfaste

La déclaration de l’écrivain a donc été considérée comme une parole  « encourageant les actes de sabotage de la ligne ». Erri de Luca se défend formellement d’avoir contribué à ces actions et précise « Je n’ai jamais fait l’exaltation du sabotageJ’ai simplement dit que cette entreprise en Val de Suse doit être sabotée ». ToutefoisAndrea Padalino et Antonio Rinaudo, les procureurs de l’affaire, ont requis une peine de huit mois de prison. De nombreuses attaques auraient, en outre vu le jour après les déclarations de l’écrivain. Sa popularité internationale aurait été, toujours selon les procureurs, le gage de diffusion de ses propos. Il est donc considéré comme initiateur des troubles, et risque pour cela une peine de huit mois. Le verdict final sera donc rendu le 19 octobre.

Les réactions, ne se sont, bien sûr, pas faites attendre. Le Président de la République a même tenu à s’exprimer : « Je ne peux pas intervenir dans les affaires judiciaires, a répondu le président de la République à la presse qui l’interrogeait. Mais au nom de la France, je peux soutenir la liberté d’expression. Cela vaut pour les écrivains français mais aussi pour les étrangers. Les auteurs ne peuvent pas être poursuivis pour leurs textes».

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