Politique culturelle
Élections présidentielles : quel programme pour la pérennité de TOUTE la culture?

Élections présidentielles : quel programme pour la pérennité de TOUTE la culture?

14 avril 2022 | PAR La Rédaction

Cinq ans plus tard, le débat de l’entre-deux-tours des élections présidentielles opposera les mêmes candidats : Emmanuel Macron (27,84%) face à Marine Le Pen (23,25%). Le 24 avril, les électeurs devront faire un choix entre leurs deux projets, qui regroupent quelques sujets de convergence certes, mais qui dans l’ensemble sont tout à fait opposés. Et parmi leur plus grande divergence : la question de la culture. 

Inquiétée par le danger que représente l’idéologie du Rassemblement National et de l’extrême-droite vis-à-vis de la création artistique, de la diversité culturelle, et par extension de la liberté d’expression, la rédaction vous convoque pour décrypter les programmes essentiellement ‘culturels’ des deux candidats afin de ranimer, s’il le faut, votre envie d’aller voter dans deux semaines !  

Un indice sémantique

Si l’on ne parle pas de retraite, de nucléaire, de referendum, d’immigration ou d’Europe mais bel et bien de « culture », comme nous avons plaisir à le faire à la rédaction, il est assez délicat de comparer les programmes des deux candidats pour une raison simple : le thème n’est pas directement abordé par le Rassemblement National. Tandis que le parti En Marche! loue à la « culture » son propre programme, dans celui du Rassemblement National, cette notion se substitue à celle de « patrimoine ». Un livret spécialement dédié à cette thématique ordonne les intentions du projet, dont l’objectif principal sera d' »œuvrer à la restauration, à la protection et à la valorisation de notre patrimoine bâti mais aussi naturel ». Marine Le Pen se veut intransigeante quant à son projet de « grande politique du patrimoine » et développe même le parallèle (très) osé : conduire la politique du patrimoine de la même manière que les programmes d’armement: « même exigence de durée, même nécessité d’expertise, même prédominance de filières économiques spécialisées, mêmes impératifs de programmation ».

Le glissement sémantique de la notion de « culture » à la notion de « patrimoine » dénote la profonde opposition du parti à la logique mondialiste en privilégiant la conservation du bien culturel national, le patrimoine, considéré dans le livret comme notre « histoire pétrifiée ». En accordant tant d’importance (économique et sociétal) au patrimoine, le RN sous-entend réduire la diversité culturelle et multiculturelle jugée « stérile » par le parti, pour investir dans la polyphonie des diverses sensibilités françaises traditionnelles. Comme déclaré en tête du livret, le patrimoine « tient une place majeure dans le programme de redressement moral du pays », un redressement qui utilise le patrimoine culturel comme outil de puissance, de défense de l’«identité nationale» et d’influence de la «civilisation française», en reniant tous les artistes étrangers qui contribuent au rayonnement et à la grandeur de la France. 

Flippé.e pour la diversité     

Pour Emmanuel Macron,  la « culture » est un « vecteur émancipateur de l’individu », « une réponse aux barrières invisibles que crée la société », une définition autour de laquelle il est évidement possible de débattre. Néanmoins, elle laisse entendre l’intérêt porté à la diversité culturelle par la politique En Marche!. En novembre dernier, l’entrée au Panthéon de Joséphine Baker, femme noire, artiste et résistante, et la récente annonce concernant l’admission du héros de l' »Affiche rouge » Missak Manouchian en 2024, se dressent comme preuves à l’appui de la vision culturelle du président-candidat. Une vision « déterminée à défendre la culture française dans son intégralité, ainsi que le mérite des artistes français, résidents, réfugiés ou de langue française, qui participent au rayonnement artistique de la France » comme l’appuie Delphine Goater, journaliste culturelle mais aussi déléguée Horizons pour la Mairie du 11ème arrondissement à la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron, elle ajoute « tout le contraire de la vision repliée sur elle-même proposée par Marine Le Pen ».

En effet face cette logique multiculturaliste la direction du Rassemblement National, que nous avons essayé de joindre sans succès, obnubilée par l’immigration et une identité française fantasmée, est tout à fait contre l’idée de pluralisme culturel. Car bien que Marine Le Pen ait déclaré que les aides dont bénéficient aujourd’hui la création et la promotion des différents secteurs de l’activité culturelle ne seront pas remises en cause (à condition d’être mieux contrôlées), et qu’elle n’envisage plus de suspendre les accords de libre circulation de Schengen comme en 2017, sa politique demeure très hostile à toute forme d’expressions contestataires ou marginales. Rappelons qu’il est un parti de l’ordre et de l’autorité. De fait, il s’inscrit dans un rejet total de l’établissement d’une société interculturelle, et propose d’ailleurs dans son livret- M l’Ecole la suppression des enseignements de langue et de culture d’origine (ELCO) et le rétablissement du port de l’uniforme à l’école primaire et au collège.

Ce n’est évidement pas en explorant uniquement les mesures pour la « culture » de Marine Le Pen qu’on se rend compte de la menace que ce programme représente pour le monde culturel, puisqu’il n’y en a techniquement pas, mais en percevant la globalité de son discours qui renvoie une idéologie radicale. Ses mesures menacent également l’indépendance future des chaines du secteur public, et par extension la liberté de l’information, puisque Marine Le Pen propose la privatisation des médias publics afin de supprimer la redevance audiovisuelle. 

Des ambitions culturelles diamétralement opposées : valoriser la culture futuriste vs les reliques du passé 

Après un quinquennat éprouvant pour le monde culturel, grandement touché par la crise sanitaire, Emmanuel Macron s’engage non seulement à soutenir la diversité mais aussi à poursuivre les investissements dans les industries créatives et culturelles françaises, aider financièrement les jeunes créateurs et ouvrir davantage l’accès à la culture, avec l’augmentation du crédit du PASS JEUNE à 500 euros. Mais le grand projet de son mandat sera surtout de s‘adapter à la transformation numérique, en investissant notamment dans le développement d’un métavers européen afin de proposer des expériences en réalité virtuelle autour de nos musées, de notre patrimoine, et de nouvelles créations, tout en protégeant les droits d’auteurs et droits voisins. 

Peut-être un peu utopiste comme projet, néanmoins il sous-entend « L’idée est de se projeter dans la France de demain, où la culture sera accessible à tous, et où les industries culturelles et créatives seront les premières créatrices de continu » comme nous le confie Delphine Goater. En effet, tandis que Rassemblement National entend rassembler les français autour des vestiges du patrimoine national et de la langue de Molière, porté par son projet d' »Union francophone », la politique En Marche!, elle, souhaite investir dans la culture du futur et la création. Ce sont alors deux visions de la société qui s’opposent diamétralement, dont la culture en est le Fer de lance. 

Rappel des grandes lignes : 

Le Rassemblement National, « M Le patrimoine » : 

-Création d’un Service national du patrimoine ouvert aux volontaires de 18 à 24 ans, d’une durée de six mois renouvelables une fois.

-Création d’un livre blanc qui permette de faire « un état des lieux » de l’état du patrimoine, « région par région, département par département ».

-Le budget annuel alloué à la restauration des monuments passerait de 330 millions à un milliard, et le Loto du patrimoine serait exonéré de taxes.

-Création d’une « Union francophone »

-Privatisation de l’audio-visuel public, suppression de la redevance audiovisuelle

 

En marche!, « Le programme d’Emmanuel Macron pour la culture » :

-Développement du Pass Culture à 500 euros pour tous les jeunes de 18 ans

-Développer de l’initiation aux pratiques artistes dans les écoles et ouvrir l’accès à la culture

-Ouvertures des bibliothèques le soir et le dimanche

-Investissement dans les industries créatives et culturelles françaises via un fonds d’investissement doté de 200 millions d’euros servant à soutenir la création via des commandes publiques et la protection des droits d’auteurs et des droits voisins

-Des nouvelles commandes publiques artistiques a travers la France pour soutenir les jeunes créateurs 

-Un investissement pour construire des métavers européens et proposer des expériences en réalité virtuelle autour de nos musées, de notre patrimoine, et de nouvelles créations, en protégeant les droits d’auteurs et droits voisins. 

-Supprimer la redevance audiovisuelle 

 

Visuel : © TLC 

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